Fuji, pays de neige au musée Guimet

Le 01 septembre 2020, par Emmanuel Lincot
Katsushika Hokusai (1760-1849), époque d’Edo, 1831, Vent frais par matin clair, série des «Trente-six vues du mont Fuji», impression originelle, en bleu, de la vue dite «Fuji rouge», xylogravure monochrome en bleu (aizuri-e), 25,6 37,5 cm.
© RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

Qu’il soit un trésor renfermant l’élixir d’immortalité pour les shintoïstes ou le symbole de l’impermanence de toutes choses pour d’autres, le mont Fuji reste avant tout l’image la plus représentée du Japon. Un parcours chronologique, pensé avec pédagogie par les commissaires Sophie Makariou et Vincent Lefèvre, en montre toutes les subtilités au fil de quelque soixante-dix estampes exceptionnelles sorties des réserves. Les scènes hivernales d’un Utagawa Kuniyoshi (1797-1861) rappellent que chacune d’elles est empreinte de spiritualité : ainsi la référence au moine Nichiren (1222-1282) fait-elle écho à celle du lettré chinois Su Dongpo (1037-1101), connu pour ses pèlerinages au mont Emei – province du Sichuan. Ces œuvres dialoguent et nous renvoient à une période où le pays met en scène une société qui n’est déjà plus.
Ce Japon des gens modestes ou de la petite noblesse que s’attache à dépeindre un Utagawa Hiroshige 
(1797-1858) est celui des ronin, les samouraïs sans maître. Certaines de ces figures de l’époque médiévale sont immortalisées dans des pauses hiératiques, en studio, par le photographe Felice Beato (1832-1909), contemporain du Japonais Suzuki Shin’ichi II (1855-1912), dont les argentiques seront parmi les tout premiers réalisés sur la mythique route du Tokaido. On admirera enfin une estampe de Kawase Hasui (1863-1957), d’autant plus rare que la quasi-totalité des œuvres du maître furent détruites lors du tremblement de terre de Tokyo de 1923. Non dénuée de mélancolie, elle s’inspire de l’univers naturaliste du romancier Kafu Nagai (1879-1959), souvent considéré comme le Zola japonais. Acquise très récemment par le musée, elle vaut à elle seule le détour.

 

Musée national des Arts asiatiques
Guimet, 6, place d’Iéna, Paris 
XVIe, tél. : 01 56 52 53 00
Jusqu’au 12 octobre 2020.
www.guimet.fr
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