Fu Baoshi la tradition renouvelée

Le 01 décembre 2017, par Caroline Legrand

Rare en France, le passage en vente d’une œuvre  de l’artiste chinois est un événement. D’autant qu’elle présente un pedigree irréprochable et témoigne de l’histoire d’une famille.

Fu Baoshi (1904-1965), Shenshan Tingquan Tu, vers 1942-1946, encre et couleurs sur papier, sceau«Baoshi si yin wangwang zui hou», 90 x 56 cm (détail).
Estimation : 30 000/50 000 €

Fu Baoshi (1904-1965) se fait rare en France comme en Europe, voire en Occident… tandis qu’en Chine le peintre accumule les millions au fil des enchères. Pour arriver jusqu’à l’hôtel des ventes de Cannes, ce dessin, Shenshan Tingquan Tu, a fait bien du chemin. Ses propriétaires ? Ils se nommaient André Guillabert et Thérèse Wang. Le premier est né à Shanghai en 1898, et la seconde à Canton en 1905. Mais si Thérèse est d’origine chinoise, André est issu d’une famille française. Son père a travaillé durant trente-quatre ans comme percepteur pour la concession de Shanghai. Quand il tombe malade en 1918, d’une entérite chronique qui le terrasse en deux mois à peine, André, alors âgé de 20 ans, doit chercher un travail afin de compléter la maigre pension versée à sa mère, sa sœur et lui-même par l’administration française.
De Shanghai à cannes
Tout naturellement, il suit les traces de son père et devient percepteur. Quant à sa sœur, elle est embauchée à la station TSF de Koukaza. André Guillabert est lui aussi passionné par ce média, et tiendra durant de nombreuses années une radio amateur, destinée à faire le lien entre la France et la Chine. Mariés à la fin des années 1920, avant l’adoption de leur fille en 1934, André et Thérèse habitent dans la vieille ville de Shanghai, au 370, avenue Joffre (l’actuelle Huaihai Lu) puis au 1131, rue Bourgeat (Changle Lu). Mais en 1946, suite à la fermeture de la concession française, ils doivent quitter la Chine. De retour en Europe, ils s’installent à Cannes, avec leurs affaires et quelques souvenirs réunis de leur vie en Asie, comme cette peinture de Fu Baoshi. Un choix judicieux puisque, de son vivant, le peintre était déjà considéré comme un artiste majeur.
Nature et poésie
Depuis qu’il a reçu en cadeau, à l’âge de 9 ans, un dictionnaire de l’époque Kangxi (1661-1722), Fu Baoshi s’est intéressé à la taille des sceaux. Puis vient la peinture, notamment lors de son apprentissage dans un atelier de décoration de porcelaine. Son attrait pour les peintres traditionnels se confortera durant ses études à l’École normale n° 1 du Jiangsu, où il écrit en 1925 un ouvrage entier sur ce thème. Grâce à une lettre de recommandation de Xu Beihong, il part étudier au Japon en 1932. Il y rencontre de nombreux artistes, dont Guo Moruo, qui restera son ami, et expose ses toiles avec succès. De retour en Chine en 1935, il obtient un poste de professeur à l’Université nationale centrale de Nanjing. Après le début de la guerre sino-japonaise, Fu Baoshi et sa famille s’installent en 1939 au pied des montagnes de Chongqing. Là, en plein cœur de la nature, il donnera naissance, durant une décennie, à des paysages d’une grande beauté, à l’image du nôtre. L’eau et les arbres s’y confondent dans un tumulte, tandis que quelques petits personnages, en partie basse, sont comme noyés dans l’immensité de la nature. Xu Beihong admirait ces peintures «libres et non conventionnelles». Malgré des conditions de vie difficiles, Fu Baoshi réussit à trouver l’inspiration pour ses vues inspirées de la peinture traditionnelle, tout en renouvelant le genre grâce à une technique de pinceau particulière, aussi bien puissante et cassée dans ses traits que fluide et mouillée dans ses lavis. Spirituel, son art est également très lié à la poésie, comme en témoignent les titres choisis ici, « Shenshan Tingquan Tu » signifie « le sage qui écoute la source (ou la fontaine) dans les montagnes ».

vendredi 08 décembre 2017 - 14:30 - Live
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