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Frieze Fever

Publié le , par Alexandre Crochet

L’édition 2018 de Frieze et de Frieze Masters, à Londres début octobre, n’a pas démérité, avec des affaires plus abondantes chez la première, et un niveau de qualité supérieur pour la seconde.

Installation Man Ray, sur le stand de Gagosian à Frieze Masters. Frieze Fever
Installation Man Ray, sur le stand de Gagosian à Frieze Masters.
© Man Ray Trust / Artists Rights Society (ARS), NY / ADAGP, Paris 2018 - Photo Lucy Dawkins - Courtesy Gagosian


Alors que Frieze se sent pousser des ailes et poursuit son développement aux États-Unis, où, après New York, elle lancera une bouture à Los Angeles en février prochain, la foire «historique» de Londres continue d’être la locomotive de la marque. L’édition 2018, organisée du 4 au 7 octobre dans l’immense Regent’s Park, aux couleurs à peine automnales, a maintenu son rang. Cœur de la «Frieze Week», ce premier grand rendez-vous du marché pour l’art contemporain au second semestre a attiré une foule curieuse, y compris un grand nombre de personnes issues du marché français. Mais peut-être pas autant de collectionneurs français que d’autres années, certains se réservant pour Paris, une dizaine de jours séparant Frieze et la FIAC. On pouvait aussi observer, au vernissage, la présence croissante des Asiatiques, seuls, en couple ou en groupe.
Un patchwork un peu confus
Premier constat : esprit british oblige, Frieze reste un brin excentrique, pop, voire kitsch, un spot pour les amateurs de selfies et autres posts sur Instagram, parfois venant des prescripteurs. C’était le cas avec Yayoi Kusama chez Victoria Miro, qui négociait avec un musée son Infinity Room à plus d’un million de dollars. Son stand consacré à l’artiste pop japonaise a fait un carton auprès des acheteurs. Le joyeux duo brésilien Osgemeos était sold out chez Lehmann Maupin, avec des prix allant jusqu’à 200 000 $. Mais ailleurs, souvent dans le fond de la foire, tout n’était pas du meilleur goût, et il n’était guère indispensable de s’arrêter devant chacune des cent soixante galeries… «Ce qui semble mauvais ne l’est pas pour tout le monde, nuance le curateur Jérôme Sans. Il ne faut jamais oublier qu’il existe non pas un, mais des marchés de l’art». Toutefois, comme à l’accoutumée, la manifestation a laissé à beaucoup de spécialistes et d’amateurs aguerris, familiers de la FIAC ou de Bâle, l’impression d’un patchwork un peu confus. Il fallait ainsi garder l’œil ouvert pour repérer la petite section baptisée «Social Work», dont l’un des clous était l’installation d’Ipek Duben, chez Pi Artworks. Pour ces huit stands dédiés aux artistes femmes, la foire avait fait appel à une palanquée de critiques et curators. Un principe dans l’air du temps, destiné à enrichir le propos, qu’il était fréquent de retrouver sur cette édition pour un secteur ou un stand. Comme chez Almine Rech avec «Neo Geo & Beyond», concocté  à partir d’une exposition de 1986 à la Sonnabend Gallery de New York  par Éric Troncy, codirecteur du Consortium à Dijon, qui réunissait des œuvres de Jeff Koons, Olivier Mosset et Steven Parrino ; ou Hauser & Wirth, avec un focus sur le poète et critique Stephen Spender incluant des œuvres de Freud, Morandi, Poliakoff…
Une cohorte de conservateurs et leurs trustees
Dans l’ensemble, les efforts pour concevoir des stands exceptionnels se sont révélés payants, tant en termes de communication que commercialement. Presque encagées derrière des grilles, les sculptures abstraites en métal de l’artiste chinois Liu Wei attiraient les foules chez White Cube. L’installation spectaculaire de Tatiana Trouvé chez le Parisien Kamel Mennour  une énorme racine d’arbre émergeant d’un bassin aquatique assorti de couvertures en marbre , placée juste à l’entrée des VIP, était réservée par une institution. La galerie en demandait 650 000 €. Sur Frieze Masters, associé à la puissante enseigne Lévy Gorvy, Kamel Mennour présentait un remarquable ensemble d’œuvres anciennes de François Morellet, entre 250 000 et 850 000 €, dont un grand nombre ont trouvé preneur. Les affaires sont allées bon train, avec un rythme plus rapide sur Frieze London que chez sa petite sœur Frieze Masters, dont la plupart des visiteurs louaient la qualité. «Sur Frieze, ce n’était toutefois pas le rush comme certaines années, les gens prenaient le temps de réfléchir», confie la conseillère Patricia Marshall. Chez Perrotin, cette édition «s’est très bien passée, avec la rencontre de nouveaux clients. Nous avons vendu 90 % du stand, pour moitié consacré à Josh Sperling et pour moitié aux autres artistes», précise Rudy Lacroix. Spécialiste de la seconde école de Paris participant à Frieze Masters, Franck Prazan confie que ce cru 2018 était «moyen». «Nous avons cédé un très bel Hartung à 430 000 € à un Allemand et sommes en phase de finalisation d’un Soulages à 1,5 M€, et avons bien avancé sur une toile de Nicolas de Staël, avec un Canadien et un Français», explique-t-il. Dans un autre registre, celui des antiquités gréco-romaines, la galerie française Chenel, qui exposait pour la quatrième fois sur Frieze Masters, a rencontré entre autres «une nouvelle cliente qui habite à Londres. Cela s’est bien passé mais sans être la folie. Très bien organisée, la foire reste très positive pour nous, avec de beaux contacts, et du passage quasiment tout le temps, comme c’est assez court sur cinq jours», explique Gladys Chenel. Venu pour la première fois, l’excellent marchand belge Eric Gillis a vendu une étude d’arbres de Cézanne. Si la manifestation reste moins pointue que le Salon du dessin ou moins exhaustive que la Tefaf de Maastricht, elle a attiré néanmoins une cohorte de conservateurs et leurs trustees, venus spécialement des États-Unis. Le conseiller en tableaux et dessins anciens Nicolas Joly a ainsi repéré le directeur et la conservatrice pour les tableaux du musée des Beaux-Arts de Dallas, le conservateur de peintures italiennes du Met, le directeur des peintures du Getty ou encore la conservatrice en chef des peintures européennes du Clark Institute de Williamstown ! N’en déplaise aux alarmistes du Brexit, Londres garde  pour l’heure ?  sa capacité à être le premier hub international en Europe, avec une clientèle de choix pour les marchands.

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