François Tajan, figure du marché de l’art parisien

Le 03 mars 2020, par Vincent Noce

Son décès, à l’âge de 57 ans, des suites d’une intoxication alimentaire, a surpris autant qu’ému.

© FLAVIEN PRIOREAU POUR ARTCURIAL

Lorsque la nouvelle de la soudaine disparition de François Tajan a été annoncée au siège d’Artcurial, à l’hôtel Dassault des Champs-Élysées, tout le monde était en pleurs, tant l’homme était apprécié de ses collègues. Grand, mince, cheveu argenté, toujours élégant en costume bleu nuit, le commissaire-priseur avait fait son chemin dans cette maison de ventes, dont il était devenu le président délégué, en surmontant une timidité naturelle. Dès sa jeunesse, il manifestait sa curiosité pour tous les arts. Après des études très classiques, pour un fils de commissaire-priseur, de droit et d’histoire de l’art, il avait été tenté par le cinéma. À 28 ans, il prit le parti de rejoindre l’étude de son père, Jacques Tajan, où il s’occupa des ventes d’art déco, avant de prendre en charge le département du XXe siècle. Il ne devait pas être aisé d’être le fils d’un personnage de cette trempe, un entrepreneur qui fut si longtemps le leader incontesté de la profession. Il fut aussi affecté par les ennuis judiciaires que connut son père à la fin des années 1990. Jacques Tajan vendit son étude en 2000 à LVMH, qui entendait l’associer à Phillips et Bonhams. François Tajan y demeura à sa tête encore cinq ans. En 2002, Bernard Arnault jeta l’éponge et revendit la société à la financière américaine Rodica Stewart. C’est alors que François Tajan croisa la route d’Artcurial, relancée entretemps par la famille Dassault. Francis Briest raconte que la nouvelle entreprise qu’il dirigeait cherchait à se rapprocher de l’étude Tajan. «Nous avons discuté en vain pendant six mois. Nous avions bien constaté que Mme Stewart n’amenait jamais à la table des négociations François Tajan», qui était pourtant président du directoire. «Voyant que ces tractations ne débouchaient sur rien, en 2005, je lui proposai de nous rejoindre. Il accepta tout de suite, avec un grand enthousiasme, car il comprenait qu’il y avait là un challenge qu’il pouvait relever. Et, en quelques années, je l’ai vu s’affirmer et s’émanciper d’un père omniprésent pour nous apporter beaucoup.» «La transition n’était pas évidente, reprend Hervé Poulain, terriblement ému par cette brusque nouvelle, ce n’était pas facile pour François : il arrivait après les premiers échecs retentissants de Bernard Arnault sur le marché de l’art, il ne figurait pas comme nous parmi les fondateurs d’Artcurial. Mais nous lui avons laissé l’espace dont il a besoin et il a su trouver toute sa place dans sa nouvelle maison.» L’éclectisme de François Tajan se retrouve dans ses succès. Il a développé les ventes de bijoux et d’objets de luxe, qui se tiennent deux fois par an à l’hôtel Hermitage de Monaco. Il a encouragé l’ouverture de bureaux à Monte-Carlo, en Belgique, en Italie, en Autriche et plus récemment au Maroc. C’est lui qui a abattu le marteau à une enchère d’un demi-million d’euros pour un morceau de l’escalier de la tour Eiffel, décuplant l’estimation. Cet amateur d’art contemporain et de rock and roll était aussi particulièrement à l’aise dans les ventes de bandes dessinées, dont il s’était fait une spécialité, en étant même l’un de ceux à l’initiative de son irruption sur la scène des enchères, dès 1996, avec le spécialiste Éric Leroy.

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