François Depeaux, « charbonnier » et collectionneur au musée des beaux-arts de Rouen

Le 23 juillet 2020, par Annick Colonna-Césari

L’industriel normand fut l’un des principaux découvreurs de l’impressionnisme. Le musée des beaux-arts de Rouen le remet à l’honneur, dans le cadre du festival Normandie impressionniste.

Pierre Auguste Renoir (1841-1919), En été (Lise ou La Bohémienne), 1869, huile sur toile, National Galerie, Staatliche Museen zu Berlin.
© BPK, BERLIN, DIST. RMN-GRAND PALAIS/JORK P. ANDERS

Son nom est tombé dans l’oubli, mais brille au firmament du musée des beaux-arts de Rouen. Et pour cause : François Depeaux (1853-1920) fait partie de ses bienfaiteurs historiques. Grâce à lui, en 1909, l’institution a reçu une cinquantaine de tableaux signés Monet, Sisley, Pissarro, Renoir ou encore Lebourg. Car le notable, enrichi dans l’exploitation et le négoce d’anthracite provenant du pays de Galles, fut également un amateur d’art, entre les mains duquel transitèrent, de 1880 à 1920, près de six cents tableaux impressionnistes. Sa donation, s’ajoutant aux legs consentis à la même époque par Gustave Caillebotte et Étienne Moreau-Nélaton au musée du Louvre, a sans aucun doute participé à la reconnaissance du mouvement, dont elle constitue toujours le principal ensemble en dehors de Paris. Raisons pour lesquelles Sylvain Amic, directeur du musée, a souhaité lui rendre hommage, à l’occasion du centenaire de sa disparition. Une première : aucune exposition ne lui avait été consacrée jusqu’à présent. Quelque quatre-vingts œuvres retracent donc les grandes étapes de la vie de François Depeaux. L’homme d’affaires n’appartient pas à la première vague des découvreurs des impressionnistes mais à la seconde, celle qui a conforté leur succès durement acquis. Proche des artistes, dont il appréciait la compagnie, comme des marchands, dont le fameux Paul Durand-Ruel, il avait un œil. En 1893, « le charbonnier », ainsi qu’on le surnommait dans la bonne société rouennaise, acquiert le premier tableau de la série des Cathédrales de Claude Monet, auprès du peintre lui-même que Léon, son frère cadet ingénieur chimiste, avait dû lui présenter. D’Auguste Renoir, il possède la sensuelle Petite bohémienne, à présent conservée par la National Galerie de Berlin, ou encore Danse à Bougival, que détient le Museum of Fine Arts de Boston. Une salle entière est consacrée aux paysages de Sisley : le plus incompris des impressionnistes fut aussi celui que Depeaux a le plus soutenu, et dont il savourait particulièrement la peinture. Une soixantaine de ses tableaux ont figuré dans sa collection… Si l’industriel normand achetait beaucoup, il n’hésitait pas à revendre. Une autre salle évoque une séance d’enchères organisée le 25 avril 1901 à l’hôtel Drouot. Ce jour-là, ont été dispersées soixante-trois de ses toiles, dont seize Sisley, cinq Monet, quatre Toulouse-Lautrec, deux Pissarro et un Renoir. Probablement entendait-il remettre de l’ordre dans sa collection. Les historiens de l’art considèrent aussi cette vente comme le signe d’une nouvelle orientation. En effet, le « charbonnier » avait alors simultanément acquis des œuvres de peintres rouennais, tels Joseph Delattre, Charles Fréchon ou Albert Lebourg. Lui qui n’avait pas participé à la naissance de l’impressionnisme s’érigera en défenseur de ce que l’on appellera bientôt l’« école de Rouen », formée dans le sillage du mouvement. Il montera même de nombreuses expositions pour faire connaître ses protégés, dont on redécouvre aujourd’hui avec ravissement les toiles remplies de poésie. Une chose est sûre : François Depeaux était un homme d’engagement. En 1906, suite à un divorce houleux, il est contraint de se séparer de sa collection. Il parvient toutefois, grâce à l’entremise de Paul Durand-Ruel, à racheter une cinquantaine de tableaux : ceux-là même qu’il tenait à offrir au musée de Rouen.

« François Depeaux, L’homme aux 600 tableaux », musée des beaux-arts,
esplanade Marcel-Duchamp, Rouen (76), tél : 02 35 71 28 40.
Jusqu’au 15 novembre 2020.
www.mbarouen.fr
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