Foujita, un bon ami bricoleur

Le 11 mai 2018, par Philippe Dufour

L’artiste dandy des années 1920 aimait décrire, avec humour, certains de ses faits et gestes dans des lettres et dessins ; issue de cette veine, une feuille resurgit fin mai à Montauban, et avec elle toute la saveur d’un univers bohème.

T.L. Foujita (1886-1968), Foujita installant la cuisine de son ami l’illustrateur et caricaturiste Oscar Fabrès (1895-1961), 1928, encre de Chine, aquarelle et lavis d’encre sur papier, 32 x 21 cm signé en bas à droite, inscrit et daté.
Estimation : 4 000/6 000 €

Emménagement ou aménagement ? Le débat est ouvert : quel que soit le cadre dans lequel ce dessin humoristique, à l’encre rehaussée d’aquarelle, a été réalisé, il témoigne du sens de l’autodérision dont son auteur, Tsuguharu Foujita, a toujours su faire preuve. La feuille porte la date du 18 octobre 1928 et une heure précise : «6 h». Ce soir-là, le peintre d’origine japonaise aide son ami Oscar Fabrès, visiblement dépassé par la tâche, à installer sa cuisine. Né en 1895 au Chili, Fabrès, venu à Paris, est l’une des figures marquantes du Montparnasse de l’entre-deux-guerres. Il exerce ses talents d’illustrateur et de caricaturiste pour des éditeurs et des journaux ; l’un de ses ouvrages les plus recherchés demeure l’in-folio Montparnasse. Bars, cafés, dancings, comptant dix dessins de sa main sur un texte d’André Salmon et paru en 1929 aux éditions Bonamour, à Paris. En 1940, le voici à New York, où il deviendra vite célèbre pour ses illustrations de livres pour adultes et enfants, de cartes postales et de calendriers. Ici, on peut imaginer que c’est Foujita qui affirme qu’«on n’a pas besoin de tant des choses» ; il est en train de planter des pointes dans une étagère pour accrocher des casseroles. Une râpe posée sur le sol va les rejoindre, sans doute destinée à une cuisine des plus chiches, ce que semble indiquer les conseils inscrits sur la gauche, concernant l’utilisation du «vieux fromage» râpé dans les «macalonis»...
Foujita, un adepte de correspondance illustrée
On le sait, Foujita le dandy était un touche-à-tout aux talents multiples, peintre comme styliste de mode, et toujours prêt à donner un coup de main à ses amis montparnos, des bohèmes souvent dénués du moindre sens pratique. L’artiste a peut-être offert ce dessin aquarellé à Fabrès pour immortaliser ce drôle de moment, à moins qu’il ne l’ait adressé à un autre de ses amis par courrier. Coutumier du fait, il laisse de nombreuses lettres illustrées de sa main… que l’on se dispute aujourd’hui dans les salles de ventes. Son inspiration, il la puise sans aucun doute dans les journaux satiriques parisiens, tel Le Rire, mais y ajoute toujours une touche de poésie très personnelle. Il s’y met souvent en scène de manière burlesque, parsemant ses écrits de petits autoportraits pleins de vie. Comme dans une lettre autographe signée, vendue à Marseille le 28 juin 2016 (Leclere - Maison de ventes OVV) et adressée à Mme T. Bartholomeiuss de Paris ; en date du 7 mai 1924, elle a été expédiée de l’hôpital de la Charité, rue Jacob, où l’homme aux lunettes rondes était hospitalisé après un accident de la circulation : il s’y représente en train de lire et fumer sur son lit ! Actuellement à Paris, au sein de l’exposition «Foujita - Peindre dans les Années folles», sous le commissariat notamment de Sylvie Buisson, qui se tient au musée Maillol jusqu’au 15 juillet, une autre de ces fameuses lettres historiées, celle-ci envoyée au marchand Georges Chéron en 1918, se laisse aussi détailler.

jeudi 24 mai 2018 - 14:15
Montauban - 1, rue Porte-du-Moustier - 82000
3MA (Monteillet)
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