Florence version XXIe siècle

Le 10 novembre 2016, par Virginie Chuimer-Layen

À Paris, la fondation Étrillard valorise la culture et la tradition européennes, dans un esprit contemporain. Regards inspirés sur la cité toscane, emblème de la Renaissance, pour sa première exposition.

Massimo Vitali, Firenze Via Via, 1998, tirage chromogène, 180 x 235 cm.
© Massimo Vitali. Courtesy of the artist

En 2015, le financier français Gilles Étrillard crée la fondation éponyme à Genève, qui vient d’installer cette année ses quartiers, à l’hôtel de la Salle, rue de l’Université, dans le septième arrondissement de Paris. Son credo ? Proposer des événements artistiques dont l’objectif est de mettre en exergue la richesse du patrimoine culturel européen, à travers la vision sensible de jeunes plasticiens. À sa tête, Anna Morettini, historienne d’art florentine ayant fait ses armes à New York, et commissaire d’exposition. Au cœur de cette somptueuse demeure bâtie dès le XVIIe siècle, accompagnée par un comité scientifique pointu de personnalités artistiques, elle développe un ambitieux programme. «En 2016, nous avons soutenu les événements «Carambolages» au Grand Palais et «Paul Klee, ironie à l’œuvre» au Centre Pompidou, explique-t-elle. Désormais, nous allons plus loin avec «Renaissances, un hommage contemporain à Florence». En janvier 2017, le prix Ana Morettini distinguera également un artiste témoignant «d’une véritable recherche contemporaine sur la ville», avec une dotation de 20 000 € et une exposition à Florence et à Paris.
Renaissance revival
Pour sa première parisienne, la fondation célèbre donc la cité-musée, à travers trente œuvres imaginées par quatorze peintres, sculpteurs, vidéastes et photographes. Leurs interprétations interrogent l’image que celle-ci suscite dans la mémoire collective, certaines de ses «icônes» picturales, mais aussi les matériaux et techniques utilisés à la Renaissance. Sous le porche, le visiteur est accueilli par des sculptures en marbre de Carrare de Jan Fabre, vanités poétiques surréalistes évoquant le rapport entre art et science, la pureté et la noblesse du marbre toscan, réputé dès l’Antiquité. La résine de marbre, employée par l’artiste britannique Ryan Gander dans son installation I is (xii), donne l’illusion parfaite des plis marmoréens des études préparatoires des artistes florentins italiens. De cette précieuse matière, il est encore question dans la vidéo The Column d’Adrian Paci. «Ce plasticien albanais engage une réflexion sur l’origine du matériau désormais en provenance de Chine, évoque la commissaire. Voyageant en bateau, il est travaillé tout au long de son périple pour devenir une colonne de style antique. En son temps, Brunelleschi créa aussi une embarcation pour le transporter.» Plus loin, quelques œuvres de Laurent Grasso, dont Studies into the Past, peinture onirique tirée d’une œuvre de Paolo Uccello, exposée à côté d’une splendide sculpture dorée à la feuille, «nouvelle production de l’artiste», représentant la sphère illustrée dans la peinture précitée. Toujours du même, un portrait de Savonarole, prédicateur mort à Florence, d’après le tableau de Fra Bartolomeo au couvent de San Marco de la ville. «Laurent [Grasso] souhaitait soulever le rapport entre pouvoir et religion, d’où son choix de peindre le sulfureux réformateur italien», précise-t-elle. Cette réinterprétation de symboles intouchables se retrouve au cœur du processus du jeune artiste parisien, Guillaume Bresson. Celui-ci nous livre des compositions en grisaille, aux lignes serpentines et personnages exacerbés, inspirés de peintures maniéristes, et réinventés pour l’occasion dans un décor de chantier industriel. Avec D’après Uccello, la bataille de San Romano, le virtuose Patrick Neu représente la version londonienne de la célèbre peinture, sur un verre en cristal, à l’aide de noir de fumée. Parmi d’autres encore, des photographies reflètent une cité confrontée aux réalités actuelles. Firenze Via Via de Massimo Vitali met en scène l’architecture immuable de sa cathédrale, devant laquelle se joue le spectacle de l’expulsion de vendeurs à la sauvette, sous l’œil de la police. Celles de Thomas Struth font la lumière sur ce que l’on déplore dans de nombreux musées, comme à la Galleria dell’Accademia de Florence : des hordes de touristes, ne regardant pas toujours ce qu’ils devraient contempler. Dans les yeux de certains, on devine indirectement la présence du David de Michel-Ange. Enfin, on notera sept petites huiles sur photographies du grand Gerhard Richter, projets pour la couverture d’un disque compact du musicien Steve Reich, présentant une vision quelque peu anéantie de la ville, par ses coups de pinceaux colorés balayant la surface du support. Cet intéressant propos aurait mérité un nombre plus important d’œuvres ainsi qu’une mise en scène parfois plus clairement axée sur les différentes approches du sujet. Présenté à Florence en 2017, celui-ci offre cependant des interprétations rafraîchissantes d’une cité encore figée dans son patrimoine, dans un splendide écrin.

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