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Fine Arts Paris & La Biennale : un nouveau salon sous le signe de l’esperluette

Publié le , par Christophe Dorny

L’union crée la force. Le très attendu salon parisien Fine Arts Paris & La Biennale réunissant les beaux-arts et les antiquités a su convaincre la profession, se diversifie et il monte en puissance.

Hans Bol (1534-1593), Paysage panoramique avec ville portuaire, Samson combattant... Fine Arts Paris & La Biennale : un nouveau salon sous le signe de l’esperluette
Hans Bol (1534-1593), Paysage panoramique avec ville portuaire, Samson combattant le lion au premier-plan, peinture sur panneau, 52 66,7 cm (détail). Galerie De Jonckheere.

D’un côté, le jeune salon Fine Arts Paris créé en 2017, en progression d’année en année, de l’autre l’historique Biennale des antiquaires, dont les éditions ont marqué une certaine époque. Le premier, créé par un groupement de marchands, la seconde, organisée par le Syndicat national des antiquaires (SNA). Deux vitrines de prestige embrassant un spectre très important du marché de l’art qui souhaitaient exposer le même mois, comme ce fut le cas l’année passée. Le choc concurrentiel s’était alors montré peu convaincant. Pour cette édition, et les suivantes, les deux entités agrègent désormais leurs compétences sous le signe chantant de l’esperluette et du «et» commercial : Fine Arts Paris & La Biennale, avec comme accroche «L’unique rencontre»... La lutte fratricide entre les deux salons n’aura donc pas lieu. «Il était indispensable de réunir les forces de Fine Arts Paris et de la Biennale», confirme Anisabelle Berès-Montanari, présidente du SNA. «La réunion de ces deux entités est extrêmement positive», affirme de son côté Georges De Jonckheere, un fidèle de la Biennale. C’est une «décision qu’il fallait prendre», pour Christophe Hioco, président du Printemps asiatique ; «une très bonne chose», abonde Michel Descours. La raison a donc gagné et c’est vers l’avenir que les participants regardent, avec pour enjeu immédiat l’intégration au renouvellement colossal, actuellement en cours, de l’offre parisienne artistique sous toutes ses formes.

 

Manufacture Fabry et Utzschneider, paire de vases «Médicis», poterie fine de Sarreguemines, commande de 1810 pour le Garde-Meuble impérial
Manufacture Fabry et Utzschneider, paire de vases «Médicis», poterie fine de Sarreguemines, commande de 1810 pour le Garde-Meuble impérial, h. 68 cm avec le socle en bronze. Galerie Steinitz.


Le haut de gamme comme ADN
Face aux salons et autres événements thématiques, l’identité généraliste de Fine Arts Paris & La Biennale doit s’affirmer. Son offre ? Le haut de gamme dans tous les champs artistiques de la part des 85 participants. Beauté, rareté, découverte, professionnalisme et expertise les réunissent. Au gré des stands, les visiteurs iront au devant d’un paysage panoramique de Hans Bol, peintre flamand du XVIe siècle (De Jonckheere), d’un Saint Jérôme dans le désert, vers 1437, de Bartolomeo di Tomaso (galerie Sarti), ou encore d’un tableau jusqu’ici non répertorié de Pietro Antonio Rotari, peintre vénitien du XVIIIe à la cour de Russie (F. Baulme Fine Arts). Illustrer les époques par la diversité des pièces exposées et les techniques employées, faire se croiser les domaines de collection, et donc les collectionneurs, sont les souhaits affichés des organisateurs. Royal Provenance, galerie spécialisée dans les objets historiques, montrera ainsi un service de table en métal argenté inédit, réalisé par Jacques-Augustin Gandais pour Louis-Philippe, vers 1830-1834. Six enseignes de renom représentent la sculpture, dont la galerie Ratton-Ladrière avec un buste en marbre de l’avocat Target par Claude-Martin Monot (1733-1803). Une paire de vases réalisés en poterie fine de Sarreguemines, destinée au Garde-Meuble impérial en 1812, est l’un des chefs-d’œuvre annoncés à la galerie Steinitz. Autres points forts, l’art moderne et le XXe siècle avec, entre autres, un pastel épuré d’Edgar Degas (de Bayser) et une Divinité protectrice de Victor Brauner (Alexis Pentcheff). Aux frontières de l’art contemporain, on admirera une ardoise monumentale de Raoul Ubac (Antoine Laurentin), des papiers gouachés de François Rouan (Ditesheim & Maffei) ainsi qu’une grande toile de Simon Hantaï (galerie Berès). Un couple en bronze nous rappellera les qualités de cette grande sculptrice que fut Germaine Richier (Jacques de La Béraudière).

 

Victor Brauner (1903-1966), Divinité protectrice, 1953, huile sur toile, monogrammée, 27 x 22 cm,dédicace postérieure (1960) à Christophe
Victor Brauner (1903-1966), Divinité protectrice, 1953, huile sur toile, monogrammée, 27 22 cm,
dédicace postérieure (1960) à Christophe et Robert Thurman. Galerie Alexis Pentcheff.
La Semaine des arts permettra d’établir des ponts avec les richesses parfois négligées de la capitale.


Arts extra-occidentaux : une entrée en force
Le comité de sélection s’appuie sur des marchands de référence – tel le libraire Stéphane Clavreuil dans le domaine du livre et des manuscrits – et des galeries : Chevalier & Parsua pour les tapisseries anciennes et contemporaines et Paul Prouté concernant les estampes. Helmut H. Rumbler, spécialisé en gravure ancienne (notamment de Dürer et Schongauer), a ainsi l’occasion d’accéder à un salon de rang international. Des experts et spécialistes d’autres domaines ont été proposés par le SNA en matière de joaillerie et d'arts extra-occidentaux. L’art premier réalise ainsi une «entrée en force» avec les Belges Didier Claes et Patrick Mestdagh, le Barcelonais Montagut et les galeries parisiennes bien connues du Parcours des mondes : Monbrison, Anthony Meyer et Flak. Cette dernière présentera un masque chamanique yup’ik (Eskimo) d’Alaska en bois sculpté, plumes et pigments datant du XIXe siècle. Cette volonté d’ouverture est confirmée par la présence de l’historique galerie Kevorkian et de Kent Antiques, toutes deux dédiées à l’art de l’Islam. Enfin, deux galeries d’art contemporain, RX (Paris, New York) et Christophe Gaillard, ouvrent le salon à cette spécialité. La photographie sera-t-elle présente l’année prochaine ?

 

Aimé-Jules Dalou (1838-1902), buste d’Henri Rochefort, plâtre patiné et retravaillé, h. 72 cm. Galerie Trebosc & Van Lelyveld.
Aimé-Jules Dalou (1838-1902), buste d’Henri Rochefort, plâtre patiné et retravaillé, h. 72 cm. Galerie Trebosc & Van Lelyveld.


Créer un fleuron international
Du constat largement partagé «qu’il manqu[ait] un grand salon classique à Paris» (Franck Prazan), qu’il était temps de rétablir «un salon digne de ce nom» (Maxime Charron), chacun appelant au retour des importantes galeries étrangères, l’ambition des participants se retrouvera certainement dans les mots du galeriste Antoine Laurentin : «Créer une nouvelle grande foire internationale dans une capitale très attractive.» Le bon créneau d’exposition au Grand Palais, dont la réouverture est prévue en 2024, est acté (voir notre entretien avec Louis de Bayser, page 22). Ensuite, pour retrouver les clients habituels, en capter de nouveaux et créer l’événement, on saura mettre en pratique le savoir-faire à la française en matière d’accueil, de mise en scène et d’accompagnement. L’entrée du salon est conçue par l’architecte d’intérieur Jacques Garcia. Comme à l’accoutumée, le SNA, accompagné de son comité d’honneur, organise le traditionnel et recherché dîner de gala. Nouveauté, la Semaine des arts, imaginée sous forme de partenariats avec des institutions, permettra d’établir des ponts avec les richesses parfois négligées de la capitale: visites privées d’ateliers d’artiste et de lieux emblématiques d’une époque, comme le Salon 1900 du musée des Arts décoratifs, avec la présentation de décors aquarellés récemment redécouverts, ou la Rotonde Balzac. La Semaine résonne comme le pendant de celle du dessin, qui a su ancrer le Salon éponyme, à la Bourse, dans une offre culturelle de qualité. Rien d’étonnant quand on sait que la même structure commerciale, l’Agence d’événements culturels, est derrière les deux manifestations, dont l’un des actionnaires est le magazine Connaissance des arts, appartenant au groupe Les Échos-Le Parisien, filiale de LVMH. De quoi peut-être redonner à la place de Paris, dans les domaines des arts et des antiquités, un éclat pérenne avec ce salon ambitieux qui table sur 15 000 visiteurs.

 

Masque chamanique yup’ik (Eskimo), Bas Yukon, Alaska, XIXe siècle, bois sculpté, plumes et pigments, 29 cm (32 cm avec les plumes). Galeri
Masque chamanique yup’ik (Eskimo), Bas Yukon, Alaska, XIXe siècle, bois sculpté, plumes et pigments, 29 cm (32 cm avec les plumes). Galerie Flak.


 

4 questions
à Louis de Bayser
président de Fine Arts Paris & La Biennale

N’y avait-il donc pas de place pour deux rendez-vous consacrés aux arts et aux antiquités à Paris ?
Avant la pandémie, les deux salons ont cohabité, certains marchands participaient aux deux, mais dès lors qu’ils ont été distants d’une quinzaine de jours, cela s’est révélé un frein à leur développement. L’association est donc apparue comme une évidence et lorsqu'on a annoncé le rapprochement avec le SNA, de nombreux marchands nous ont contactés pour participer au nouvel événement. On a senti une réelle attente de leur part.

Vous n’avez cessé au fil des années de diversifier l’offre de Fine Arts Paris…
Le mélange des spécialités, c’est le principe même d’un salon généraliste à condition qu’il y ait bien sûr une sélection des exposants. Cela permet aussi de faire venir plus de collectionneurs et de leur faire découvrir d’autres domaines. Qu’ils soient acheteurs ou non, nous espérons qu’ils retiendront du salon son image et son dynamisme.

Quelles seront les prochaines étapes ? L’année prochaine le salon sera présenté non plus au Carrousel du Louvre mais au Grand Palais Éphémère et nous augmenterons le nombre d’exposants, jusqu’au nombre de 105 ou 110. Puis, en 2024, il intégrera le Grand Palais, où nous serons encore plus nombreux. Ces étapes nous permettent de grandir sans aller trop vite tout en maintenant notre exigence de qualité. Notre souhait est d’accueillir plus de galeries étrangères, mais les différents reports et annulations depuis mars 2020 compliquent leur venue. Une année sans annulation et une édition réussie sauront, je l’espère, les motiver pour venir exposer à Fine Arts Paris & La Biennale.

Comment se positionne ce nouvel événement par rapport à la Brafa et à la Tefaf ? Ce sont deux foires généralistes qui ont chacune connu leur propre histoire et leur propre développement. C’est ce type de rendez-vous que nous souhaitons développer aujourd’hui à Paris, à savoir un grand salon généraliste présentant des œuvres de l’Antiquité jusqu’à nos jours. À nous, par notre sélection de marchands et d’objets exposés, de tirer notre épingle du jeu, d’écrire notre histoire. Nous comptons également sur la Semaine des arts, que nous mettons en place en partenariat avec des institutions, pour faire valoir le dynamisme de la place de Paris.
à voir
Fine Arts Paris & La Biennale, Carrousel du Louvre, 99, rue de Rivoli, Paris Ier.
Du mercredi 9 au dimanche 13 novembre 2022

www.fineneartsparislabiennale.com
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