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Fine Art Asia, le creux et la vague

Publié le , par Pierre Naquin

Le 3 octobre dernier, à Hong kong, les portes du centre des congrès et des expositions se fermaient sur Fine Art Asia. L’heure du bilan pour l’une des foires d’antiquités les plus installées d’Asie.

Sur le stand Koopman Rare Art, l’un des quatre-vingt-treize exposants de Fine Art... Fine Art Asia, le creux et la vague
Sur le stand Koopman Rare Art, l’un des quatre-vingt-treize exposants de Fine Art Asia 2017, à Hong Kong.

Alors qu’aux mêmes dates, dans le même bâtiment, Sotheby’s organisait ses enchères en présentant des pièces prestigieuses, lors de cette édition, Fine Art Asia poursuivait son petit bonhomme de chemin entamé en 2006. Quatre-vingt-treize exposants avaient fait le déplacement soit une hausse de 9 % , provenant du voisinage aussi bien que de l’autre côté du Pacifique. Huit mille œuvres étaient présentées, dépassant en valorisation les résultats du géant américain (3,5 Mrds HK$). Andy Hei, coprésident et directeur de l’événement , exposant spécialisé en mobilier antique chinois est bien entendu satisfait, insistant sur «la centaine ou presque d’exposants locaux et internationaux de premier plan, qui ont fait l’effort de proposer des pièces de qualité muséale d’Orient et d’Occident». Mais au-delà des objets exposés, il y a les ventes… et l’on comprend vite que la fortune n’a pas été équitablement répartie.
Musées de chine continentale
Selon Fabio Rossi, de Rossi & Rossi, présent à Londres et à Hong Kong, membre de l’advisory committee de la foire, «le sentiment général est bon, même si nous avons connu de meilleures années. Les collectionneurs d’Europe et des États-Unis étaient davantage présents. De notre côté, nous avons vendu des pièces de quelques dizaines de milliers de dollars à plus d’un million». Susan Ollemans, galeriste à Londres, constate un déplacement de la demande : «Il y avait moins d’acheteurs continentaux que les années précédentes. Cela s’est compensé pour nous par plusieurs clients importants de Hong Kong, qui soutiennent activement la foire. Mes ventes ont été plutôt bonnes et dans l’ensemble, je suis contente d’être venue. » Floris J. van der Ven, de Vanderven Oriental Art à Bois-le-Duc, également membre du comité consultatif, note une présence accrue de curateurs en provenance de Chine : «Le nombre de conservateurs de musées qui visite la foire est en forte augmentation, en particulier concernant la Chine continentale. Nous avons reçu des délégations de musées de Shanghai, Henan, Xian et Shenzhen. Beaucoup d’entre eux sont en train de constituer leur fonds et sont à la recherche de pièces de très belle qualité. Fine Art Asia est le meilleur événement pour répondre à cette demande.» Mais il y a aussi des déçus, comme Stéphane Marteau, d’Arteau Paris (spécialisé en joaillerie), qui n’a rien vendu pour sa première expérience : «Nous avions choisi de participer afin de rencontrer des collectionneurs locaux et chinois. Nous pensions que cette clientèle viendrait visiter le salon, car il avait lieu en parallèle des ventes Sotheby’s. Mais ce n’était pas du tout les mêmes acheteurs.» Et d’ajouter : «Si Fine Art Asia veut continuer de se développer, il faudra attirer plus d’exposants étrangers, augmenter le nombre de galeristes et créer un environnement plus luxueux». Malheureusement, il n’était pas seul à faire grise mine. Chiffre d’affaires et nombre de visiteurs (à peine 23 000) semblaient en baisse sur plusieurs stands…
Bilan positif pour la photographie
Andy Hei insiste pourtant sur l’effort de renouvellement : «Pour 2017, nous avons étendu nos sections dédiées aux arts décoratifs européens, aux armes et armures asiatiques et à la photographie.» Cette dernière section paraît, elle, avoir rencontré un certain succès comme en témoignent Vanessa Franklin et Xavier Mahe, de Boogie Woogie Photography, deux Français installés à HongKong. «Le bilan est extrêmement positif ! Nous avons vendu quinze photographies entre 2 et 4 000 €, et les six autres galeries de photo ont également bien travaillé».» L’espace contemporain, même s’il était moins flamboyant, s’en est sorti honorablement. Pine’s Art, galerie taïwanaise spécialisée dans la calligraphie contemporaine, se défaisait des trois quarts des 80 œuvres de son stand, montrant encore une fois l’intérêt très marqué pour cette discipline. Pour Chang Tsong-Zung, de la Hanart TZ Gallery (Hong Kong), «Même si Fine Art Asia est traditionnellement une foire d’antiquités, l’art moderne et contemporain reçoit une attention plutôt conséquente». La galerie cédait ainsi deux huiles sur toile de Chu Hing Wah (entre 30 et 50 000 €) et un acrylique sur bois de Gaylord Chan. Alberto Santos, qui dirige la galerie Santos à Londres, résume bien le paradoxe : «Le marché chinois commence à afficher quelques signes de trop-plein. Il y a un excès d’œuvres, même si les clients sont toujours prêts à acheter lorsque la qualité est exceptionnelle. Mais le marché reste actuellement beaucoup plus solide ici qu’en Europe ou aux États-Unis.» La foire ferme à peine ses portes que l’équipe de Fine Art Asia a déjà les yeux rivés sur son prochain événement. Non pas l’édition 2018, mais la plus petite et axée sur l’encre Ink Asia, une spécialité qui a le vent en poupe. Rendez-vous est donc fixé du 15 au 17 décembre. 

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