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FIAC : et une de plus…

Publié le , par Pierre Naquin

On compte les FIAC comme on compte les années. C’est comme un anniversaire, mais sans les cadeaux ; comme un Noël, mais sans petit Jésus. La FIAC est un marqueur du contemporain qui passe.

Vue du stand de la galerie Perrotin, dominé par des œuvres de Xavier Veilhan FIAC : et une de plus…
Vue du stand de la galerie Perrotin, dominé par des œuvres de Xavier Veilhan
© Photo : Claire Dorn


2018 s’annonçait comme une année compliquée pour la FIAC. Non qu’il y ait d’importants bouleversements, ni dans l’équipe ni côté marché français haut de gamme, client de l’événement. Mais, la FIAC, c’est surtout l’occasion pour toute la France de parler d’art contemporain, pour les chroniqueurs du PAF de moquer la création d’aujourd’hui, pour les acteurs de vanter le dynamisme de notre «écosystème»… Le président ne s’y était pas trompé, et avait choisi cette semaine pour recevoir tout ce qui compte de vieux routiers de l’art contemporain. Pourtant, 2018 a cela de particulier : nos galeries intermédiaires se meurent. Comme nous le confiait Thomas Bernard avant l’événement : «On n’arrive plus à lire le marché. À titre personnel, je m’en sors, mais je ne sais pas l’expliquer. Quand je vois mes collègues qui tirent la langue, alors qu’ils sont aussi bons avec d’aussi bonnes propositions, je m’inquiète. Ce côté aléatoire est très déstabilisant.» Et il suffit de marcher dans le Marais et de noter toutes les galeries vides avec leurs panneaux «À louer» pour constater l’hécatombe… Alors, que va-t-on retenir de cette FIAC de plus ?
Une clientèle française plus importante
Quand on les interroge, les acteurs étrangers, eux, restent très satisfaits… Pour sûr, ils vendent. La zurichoise Mai 36 cédait dès les premiers jours des œuvres de Luigi Ghirri, Robert Mapplethorpe, Matt Mullican, Michel Perez Pollo, Thomas Ruff. Ayant vendu une peinture d’Harold Ancart pour 150 000 $ («placée auprès d’un grand musée européen»), une installation de Carol Bove pour 500 000 $, une pièce de Gordon Matta-Clark pour 30 000 $, deux de Sherrie Levine à 240 000 $ chacune et une sculpture de Richard Serra pour 350 000 $, James Green (David Zwirner, Londres) confiait recevoir «beaucoup d’attention pour la sculpture de Franz West ainsi que pour les œuvres de jeunesse de Jeff Koons». Emmanuel Perrotin, dont le stand à l’entrée de la foire marquait les esprits avec des œuvres de Xavier Veilhan en hauteur   Lilly se cédait à près de 100 000 €  a lui aussi beaucoup vendu : Sophie Calle, Park Seo Bo, Chen Fei, Bernard Frize ou encore Jean-Michel Othoniel… La galerie Karma International plaçait des créations de Simone Fattal, Sylvie Fleury, Markus Oehlen et Vivian Suter auprès de collectionneurs importants. Parra & Romero a notamment vendu plusieurs pièces de Philippe Decrauzat pour 46 000 €, et cumulé 70 000 $ pour Luis Camnitzer. «Nous avons participé à l’organisation de plusieurs expositions de nos artistes dans des musées parisiens ; c’est une autre approche à notre programmation», ajoutait Guillermo Romero Parra. Lisa Spellman, de la 303 Gallery à New York, insiste sur «la part d’acheteurs français beaucoup plus importante que les années précédentes», précisant que «les galeristes ont vendu jusqu’au dernier jour». Notre cher Thomas Bernard se montre aujourd’hui bien plus enthousiaste qu’il y a encore quelques semaines : «Nous avons bien vendu, mais au-delà de cela, nous avons pu rencontrer beaucoup de nouveaux collectionneurs et curateurs avec lesquels nous allons travailler.» Plusieurs galeristes mettent en avant le climat particulièrement clément cette année pour justifier ce très beau succès, comme Victor Gisler (Mai 36 Galerie) ou Sadie Coles (Londres), qui a vendu «deux exemplaires de Bumpman de Paloma Varga Weisz pour 285 000 € ; le dernier est déjà réservé. Nous avons également cédé dès les premières minutes de la foire le portrait de Cy Twombly par Elizabeth Peyton, pour 90 000 $, et plus tard une grande peinture de Laura Owens pour 650 000 $ ainsi que The Reunion de Kati Heck pour 60 000 €». Les Français de Ceysson & Bénétière réalisaient ici leur «meilleure FIAC». 800 000 € de chiffre d’affaires sur les trois premières heures, ça donne le sourire ! À la fin de la foire, le million d’euros est presque atteint sur plus d’une vingtaine d’œuvres. À noter, deux pièces de Louis Cane, de 1966 et 1967, pour 120 000 et 150 000 €, une douzaine de Viallat entre 10 000 et 120 000 € et cinq tableaux de Pierre Buraglio entre 5 000 et 38 000 €. «Il apparaît que depuis quelques années le marché est favorable aux redécouvertes. Pour nous  et il semblerait que ce soit le cas sur de nombreux stands  les ventes étaient donc rapides, fermes et orientées vers de grandes pièces emblématiques.» Comme le dit Thomas Bernard, «il y a indubitablement une course à la puissance entre les grandes foires. Mais là où Art Basel veut être la plus grande, la FIAC cherche, elle, à être la plus belle»… et ça marche !
Les satellites
Côté manifestions parallèles, les fortunes étaient plus diverses. Le P/CAS (Paris Contemporary Art Show)  anciennement YIA  faisait pâle figure. «Aucun de mes amis parisiens n’avait entendu parler de P/CAS», nous indique ainsi Nakamura Fuminori de la galerie Kamakura, à Kanagawa. Dommage pour une foire dont c’était la dernière participation au Carreau du Temple ; la place sera reprise l’année prochaine par Galeriste, l’événement de Stéphane Corréard qui voulait initialement créer un autre rendez-vous de l’art contemporain… Néanmoins, la galerie belge Nationale 8 a vendu huit pièces et, même si elle n’atteint pas le point d’équilibre avec cela, Silvie Erzeel nous confie être «satisfaite» de sa semaine : «J’ai rencontré pas mal de nouveaux collectionneurs. J’espère conclure d’autres ventes dans les semaines à venir.» Même avec un passage limité (surtout en semaine), les exposants de FramExperience s’en sont globalement bien sortis. La Galerie des Petits Carreaux a vendu trois œuvres sur papier pour 9 000 € le dimanche ; l’espagnole About Art a cédé deux petites toiles de Bobadilla Fran pour 3 200 €. La galerie organisatrice (55 Bellechasse) a réalisé un peu plus de 40 000 €, dont 32 000 pour son artiste phare, Niloufar Banisadr. Une première expérience réussie avant une édition à Miami plus ambitieuse. Juste à côté de Drouot, l’Atelier Richelieu accueillait la sixième édition de l’Outsider Art Fair, avec une fréquentation légèrement en hausse. Sa directrice, Becca Hoffman, se montre très enthousiaste : «Tout le monde a fait de très belles ventes. Les galeries sont tellement contentes. Je suis ravie !» Kristine Kimo, de la Copenhagen Outsider Art Gallery, renchérit : «L’Atelier Richelieu est un espace sublime. Nous avons eu de belles ventes et beaucoup d’intérêt de la part des visiteurs ; les sculptures attirent énormément.» Tout près du Grand Palais, au troisième étage d’un hôtel particulier, la très curatée Private Choice accueillait les visiteurs uniquement sur invitation. Nadia Candet, sa directrice, nous confie : «La fréquentation a été excellente. Nous avons reçu beaucoup d’enthousiasme pour notre démarche. Les visiteurs apprécient le calme et l’attention portée à l’accrochage.» Les ventes étaient également au rendez-vous avec un sold out pour les œuvres d’Angelika Markul ainsi que plusieurs achats pour le luminaire de Jean-Michel Othoniel. S’il est impossible de couvrir tous les événements, il semble que cette semaine ait redonné du «peps» à la scène française. Et, comme le dit Thomas Bernard : «On avait besoin de ce déclic, de cette étincelle. Elle a été là. Ça fait du bien !»

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