Ferdinand Loyen du Puigaudeau et la lanterne magique

Le 03 décembre 2020, par Philippe Dufour

Peintre breton, Ferdinand Loyen du Puigaudeau nous entraîne à la fête foraine pour découvrir une attraction fort appréciée en son temps… Mise en scène avec esprit, elle devrait également séduire les admirateurs de cet artiste rare.

Ferdinand Loyen du Puigaudeau (1864-1930), La Lanterne magique, huile sur toilen signée en bas à droite, 50 65 cm (détail).
Estimation : 20 000/30 000 

À la foire, ils sont huit badauds des deux sexes, à s’être laissé tenter par le spectacle de la lanterne magique… Dans leurs habits du dimanche – coiffe et collerette pour les unes, gilet brodé et chapeau enrubanné pour les autres –, ces Bretons saisis par Ferdinand Loyen du Puigaudeau semblent médusés par ce qu’ils voient dans les hublots de la machine à rêves. Au centre, l’imposant appareil, grâce à des vues placées devant un éclairage interne, leur propose un voyage immobile où l’on peut découvrir parmi d’autres merveilles les grandes capitales étrangères, les palais des mille et une nuits, des indigènes emplumés et leurs étranges coutumes… Si en cette fin du XIXe siècle, l’attraction constitue toujours l’une des rares occasions de s’évader d’un quotidien un peu gris, elle ne date pourtant pas de la veille. Il semblerait que le procédé ait été inventé autour de 1650 par un prêtre thuringien, Athanase Kircher (1602-1680), puis perfectionné par l’astronome hollandais Christian Huygens (1629-1695). Il s’agit alors de projeter sur un mur blanc des images translucides peintes sur des plaques de verre, et ce depuis une lanterne équipée d’une lentille. Au siècle des Lumières, ce divertissement fait fureur, aussi bien dans les salons aristocratiques que sur les foires, où, au-delà des visions exotiques, voire coquines, la lanterne peut prendre un tour plus pamphlétaire. À la même époque, des colporteurs spécialisés sillonnent les campagnes…
et stupéfient villageois et paysans pour quelques sous.

Les lumières de la fête
Par la suite, le terme de lanterne magique va s’appliquer, de manière élargie, à des attractions similaires. Aussi, pour notre toile, il pourrait s’agir de boîtes d’optique ou de dioramas éclairées, en particulier pour les lucarnes visibles à l’arrière-plan… Dans tous les cas, la scène vivement éclairée atteste de la fascination qu’éprouve Ferdinand Loyen du Puigaudeau, pour la lumière, qu’elle soit naturelle ou artificielle. De son vivant, on l’a qualifié de « peintre de feux d’artifices, fusées, soleils et gais paysages », comme l’écrit un critique dans le New York Herald du 17 mai 1903, à l’occasion d’un de ses accrochages à la galerie des Artistes modernes, à Paris. Au centre de cette recherche permanente, il y a la représentation des fêtes populaires de sa Bretagne natale ; elle lui permet de jouer sur les forts contrastes entre les stands forains illuminés et les personnages en sombre costume traditionnel. Sur ces derniers, manèges, baraques de foire et lampions projettent mille éclats, subtilement rendus grâce à la technique divisionniste de l’artiste, faite d’une juxtaposition de petites taches de couleurs. Ici, la composition, par sa facture en légers aplats, semble plutôt se souvenir des leçons de Pont-Aven, où du Puigaudeau a côtoyé Paul Gauguin en 1886. Quant au thème de la lanterne magique, il semble avoir séduit l’artiste, qui en a laissé une seconde version (collection privée) : toutes deux ont eu les honneurs de la rétrospective consacrée au peintre par les musées de Pont-Aven et de Morlaix, en 1998-1999.

samedi 12 décembre 2020 - 14:00 - Live
Brest - Hôtel des ventes, 26, rue du Château - 29200
Thierry - Lannon & Associés
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