Femme ou rien

Le 27 octobre 2020, par Virginie Chuimer-Layen
Marjane Satrapi, Le Geste du regard, 2020, acrylique sur toile, 140 140 cm.
© Galerie Françoise Livinec

Que faut-il voir dans les tableaux de Marjane Satrapi (née en 1969), dans ces bouches carmin, ces poitrines rondes et chevelures noir corbeau, exposées à la galerie Françoise Livinec ? Des autoportraits? Le mystère reste entier car la dessinatrice et réalisatrice franco-iranienne, qui peint depuis l’enfance, ne se dévoile pas facilement sur la toile. Sept ans après avoir montré ses œuvres pour la première fois à la galerie Jérôme de Noirmont, l’artiste – primée pour son roman graphique «Persépolis» puis pour le film dont il est adapté – est de retour avec quinze portraits s’imposant par leur palette récurrente, vive, et leur stylisation. Des peintures presque silencieuses, sans narration apparente, montrant des femmes contemporaines, dignes, rebelles, qui se ressemblent tout en étant singulières, à la présence physique indéniable. Dans cette série conçue comme une ode à la femme «combattive, qui se bat pour ses droits», pas de place pour l’anecdote. Sans ornements ou presque, aux premiers plans souvent rapprochés, les figures sont constituées d’aplats successifs de couleurs pures et de lignes simples, graphiques. Il y a un peu de la cinéaste dans le traitement des ombres irisées comme dans les cadrages, un peu de ces peintres fauves tels Van Dongen, dans les regards cernés de noir et presque charbonneux, Henri Matisse pour certains plans de couleurs, voire du nabi Félix Vallotton, qu’elle apprécie tant. Ces femmes qui ne dénoncent rien et n’esquissent aucun sourire sont là, plantées dans leur corps immobile, et se dérobent par leur regard hors cadre. Incarnant la vie par leurs formes sensuelles, Sphinge, Éris et Léthé, Atomic Women, Skyscraper et toutes les autres peuvent déstabiliser par leur ambivalence et leur rage intérieure, qu’on sent prête à exploser. «Femme ou rien» est une exposition claquante qui plonge avec bonheur le visiteur dans un monde incertain, entre le réel et l’irréel.

Galerie Françoise Livinec,
24, rue de Penthièvre, Paris VIIIe, tél. : 01 40 07 58 09.
Jusqu’au 30 décembre 2020.
www.francoiselivinec.com
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