Extension du domaine du bouddhisme

Le 24 janvier 2019, par Caroline Legrand

Provenant du temple Todai-ji, à Nara, ce gardien céleste affiche sa volonté de protéger la parole sacrée du Bouddha. Une sculpture qui témoigne des échanges entre les empires japonais et chinois.

Japon, Nara, époque Horeki, 1757. Statue de Tamon-ten en bois laqué or, rouge et vert. h. 67 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €


Terrassant un démon (jaki), il avance vers nous, revêtu de son armure ornée sur le devant de phénix, fleurs et feuillages, et en fourrure de tigre dans le dos ; la boucle de sa ceinture est une tête de lion, une cape en peau de panthère recouvre ses épaules et un ruyi retient son chignon. Il affiche le regard décidé d’un puissant guerrier. Rien ne saurait lui résister. Son nom ? Tamon-ten. Aussi appelé Bishamon-ten, il est l’un des quatre gardiens japonais des directions. En charge du Nord, on le reconnaît grâce à ses attributs, la lance et la pagode qu’il tient dans la main droite, symbole du trésor divin qu’il doit surveiller, et dont il offre le contenu aux plus méritants. Sculptée en bois, cette figure est en outre rehaussée d’une laque or, rouge et vert. Dans un très bel état de conservation, elle mesure 67 cm de hauteur. Sa datation et ses origines se sont rapidement dévoilées après son étude stylistique, typique du XVIIIe siècle, mais aussi grâce aux inscriptions situées sous sa tête amovible. Celles-ci révèlent la date de 1757, le nom du sculpteur  inconnu à ce jour  Hatta Jokei, celui du temple dont il provient, le Todai-ji, à Nara. Comme la majorité des sculptures du Soleil-Levant, elle a été réalisée à partir de plusieurs bois assemblés. Au Japon, en effet, les troncs sveltes des arbres, souvent des résineux, ne permettent pas de réaliser des statues en un seul bloc, comme en Chine.
La puissance de l’Empire et du Bouddha
Mais revenons à notre sujet, le plus puissant des rois célestes japonais  les quatre Shitenno. Placés aux quatre points cardinaux du temple, ils protègent ce lieu saint où Bouddha délivre sa parole. Ce Tamon-ten veillait dans le Todai-ji de Nara, l’un des plus célèbres ensembles bouddhistes de cette ville qui fut la première capitale du pays, véritable berceau de la civilisation nippone, au VIIIe siècle. Elle est d’ailleurs à l’honneur au musée Guimet à Paris, où, jusqu’au 18 mars, sont exposés «Trois trésors du bouddhisme japonais», dont deux sculptures médiévales de gardiens du Kôfuku-ji  des œuvres prêtées pour la première fois, célèbres dans le monde entier pour leur attitude hautement expressive et leur réalisme anatomique. Mais, si ces statues témoignent de la spécificité de l’art japonais, celle bientôt en vente évoque quant à elle les échanges culturels avec la Chine. Elle s’inspire en effet largement des lokapala, les gardiens chinois de la loi bouddhique d’époque Tang, Tamon-ten correspondant à Vaisravana. Au VIIIe siècle, influencé par son voisin, l’empire morcelé décide de créer une administration centralisée et une capitale forte, placée sous la protection du bouddhisme, auquel les Japonais se vouent désormais. Des temples majestueux commencent alors à s’ériger pour démontrer la puissance de l’empire, mais aussi celle du Bouddha. Le Todai-ji, le «Grand Temple de l’est» à Nara, est l’un des plus importants d’entre eux ; il figure aujourd’hui au patrimoine mondial de l’Unesco. Cet ensemble comprend le plus grand bâtiment en bois du monde, le Daibutsu-den, abritant une statue en bronze du bouddha Vairocana haute de trente mètres, mais aussi deux gardiens célestes monumentaux, Komoku-ten (celui de l’ouest) et un Tamon-ten très proche de notre sculpture. Des statues réalisées au XVIIe siècle, lors d’une phase de reconstruction de ce temple qui subit les aléas de l’histoire et connut
plusieurs destructions et incendies.

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