Eurantica Brussels, un modèle qui séduit

Le 02 avril 2019, par Valentin Grivet

Dans une ambiance chaleureuse et décomplexée, la 38e édition d’Eurantica a fermé ses portes à Bruxelles le 31 mars. Une foire qui a cultivé l’éclectisme et tenu ses promesses avec un marché dynamique, surtout en début de salon.

Vue du stand de la galerie Bie Baert, Eurantica Brussels 2019
PHOTO V. G.

Il n’est pas question à Eurantica Brussels de chercher à rivaliser avec la Tefaf de Maastricht ou la Brafa de la capitale belge. Lors de sa 38e édition, la foire a conservé ce qui fait sa singularité et qui lui vaut son succès : une marchandise très variée, et à tous les prix. «Nous ne voulons pas d’un salon élitiste, l’objectif est que nos visiteurs, qu’ils soient de grands collectionneurs ou de simples amateurs de beaux objets, puissent se faire plaisir. Ici, on peut repartir avec une gravure à moins de 100 €, ou un tableau de maître à plusieurs dizaines de milliers d’euros», explique l’organisateur Luc Darte, également à la tête de la foire Antica Namur. Nombre de marchands participent d’ailleurs aux deux salons. Eurantica a réuni cette année une centaine de galeries (soit 20 % de plus qu’en 2018), réparties sur une surface d’exposition agrandie. Invité d’honneur, le musée Horta célébrait ses 50 ans. Au gré des allées perpendiculaires, organisées autour d’un convivial bar à champagne, les visiteurs belges et internationaux ont pu voir  et acheter  du mobilier ancien, vintage ou anglais (Delobelle & Delobelle), des miniatures de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle (le beau stand de la galerie Jaegy Theoleyre), ou de l’art asiatique (Blue Elephant). Mais aussi des montres de collection, des objets de curiosité, de la peinture ancienne ou moderne, et de l’art contemporain, notamment chez Axel Pairon, qui présentait un ensemble d’œuvres lumineuses de Régine Schumann et des portraits photographiques de Denis Rouvre. En ce samedi de veille de fermeture du salon, le public est au rendez-vous, malgré une météo printanière plus propice à une promenade au soleil. Stable, la fréquentation devrait une nouvelle fois approcher les 20 000 entrées. En organisant deux soirées d’inauguration et de vernissage, qui ont accueilli plus de 6 000 invités (le mardi et le mercredi avant l’ouverture au public le jeudi), Eurantica assure ses arrières. Beaucoup de transactions se font à ce moment-là. Et même avant. À peine rentrés de la Tefaf, cent cinquante marchands et de grands collectionneurs ont eu accès au salon pendant son montage, pour y faire leurs emplettes. «J’avais déjà vendu deux importantes commodes avant le début de la foire», confie Édouard de Potter d’Indoye, spécialiste de la période Empire. Depuis, plusieurs points rouges ont fait leur apparition sur un stand où l’on découvrait, entre autres, du mobilier estampillé Jacob, un secrétaire-coffre-fort, orné de plaques décoratives en marbre de Carrare (75 000 €), et une paire de candélabres signés Thomire (130 000€). Une marchandise de qualité muséale, que le galeriste déniche auprès de familles de collectionneurs, souvent américaines. De façon générale, les marchands interrogés s’accordent à dire que l’essentiel des ventes se fait en début de manifestation. «Depuis, c’est plus calme, entend-on du côté de la galerie Humeurs, venue de Bordeaux. Mais le dernier jour est souvent intéressant. Certains amateurs sont venus dans la semaine, ont réfléchi, et reviennent pour leurs achats.»
Travail sur la durée
Comme toujours, l’éclectisme est de mise, y compris au sein d’un même stand. Ainsi de la galerie Yannick David, qui mêle allègrement les sculptures contemporaines de Paula Swinnen avec des travaux de compagnonnage, des boîtes à cigares et des objets érotiques. Mais, au regard de l’ensemble du salon, de grandes tendances se dégagent. Le mobilier classique est assurément moins présent à Eurantica Brussels qu’à Antica Namur  l’un des rares endroits où il continue, contre vents et marées, à régner en maître. «Dans les grandes villes, où les maisons et les appartements sont plus petits, les objets de vitrine, les tableaux, les pièces de petites dimensions séduisent davantage que le mobilier régional ou XVIIIe », remarque Sébastien Tercelin de Joigny (Mons). Le secteur bijoux anciens et montres de collection se porte bien, avec un nombre conséquent de marchands, dont Véronique Malaise, Pierre-Emmanuel Béguin, Philippe Huret, Hervieux-Motard, Jacques Gonthier ou la maison Riondet. L’art animalier reste également une valeur sûre (Hervé t’Serstevens, Kunsthandel Shimanovich…), comme la verrerie et l’orfèvrerie (Ian Panné, Emil Fonfoneata, Lassus…). Curieusement, la peinture ancienne flamande et hollandaise se fait plutôt rare. «Je suis l’un des seuls sur la foire à être spécialisé dans ce domaine», précise Thierry Barrez (Paris), présent à Eurantica Brussels depuis 2000. À l’heure où nous le rencontrons, il a déjà vendu plus d’une dizaine de tableaux, dont deux œuvres en diptyque de Pieter Coecke Van Aelst. «J’ai une clientèle d’habitués. Le travail se fait sur la durée. Il faut bien connaître le marché et les collectionneurs. Ici, il ne faut pas chercher à vendre des œuvres à 500 000 €. Mes prix ne dépassent pas 75 000 €, et je les affiche. Il n’y a pas de raison de les cacher, nous sommes là pour vendre. Ce qui n’empêche en rien la négociation. Si un visiteur tombe amoureux d’un tableau, mais qu’il est freiné par ses moyens, nous faisons un geste. C’est un métier de rencontres, de partage», souligne le marchand. Comme la plupart de ses confrères, il est déjà convaincu de revenir l’an prochain. Et d’ici là, rendez-vous est pris pour Antica Namur 2019, qui ouvrira ses portes le 9 novembre.

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