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Étretat, un lieu d’inspiration pour Claude Monet

Publié le , par Caroline Legrand
Vente le 05 décembre 2022 - 14:30 (CET) - 32, place des Lices - 35000 Rennes

Demeurée dans une collection particulière bretonne depuis près de vingt-cinq ans, cette rare toile de la falaise d’Aval a été peinte par Claude Monet en 1864. Un travail à la fois précoce et emblématique.

Claude Monet (1840-1926), Étretat, porte et falaise d’Aval, 1864, huile sur toile... Étretat, un lieu d’inspiration pour Claude Monet
Claude Monet (1840-1926), Étretat, porte et falaise d’Aval, 1864, huile sur toile rentoilée, non signée. 28 50 cm (détail).
Estimation : 300 000/500 000 

Étretat et ses falaises ont accompagné Claude Monet tout au long de sa carrière. Il faut dire que le lieu s’y prête. Avant lui, de nombreux artistes ont été transportés par ce site normand déjà éminemment célèbre au XIXe siècle, promu par les cartes postales et les journaux avec ses trois arches, Amont, Manneporte et la plus haute, Aval, culminant à 80 mètres. Offenbach venait y chercher l’inspiration ; Maupassant s’en servait de cadre pour ses contes. Simple village de pêcheurs au XVIIIe, Étretat va connaître au siècle suivant un fabuleux essor, porté par l’arrivée du train en Normandie. Eugène Isabey ouvre le défilé des peintres en 1820, suivi en 1838 par Delacroix. Parmi les élèves du premier, Eugène Boudin, natif d’Honfleur, devient vite un habitué des lieux. Oscar-Claude Monet rencontre ce dernier en 1856, à peine âgé de 16 ans. Le jeune garçon est alors connu au Havre pour ses caricatures, mais le paysagiste va changer sa vision de la peinture, l’entraînant, dans ses séances de travail en plein air. Après ses années de formation à Paris, Monet reprend le chemin de la Normandie régulièrement au début des années 1860, renouant avec l’influence de Boudin, mais aussi de son nouvel ami Barthold Jongkind. Son traitement particulier du ciel et de la lumière perçant derrière les nuages est visible dans cette toile de 1864, Étretat, porte et falaise d’Aval. Selon Gustave Geffroy, c’est en ces lieux que le peintre apprit « les couleurs de l’air, le secret des brouillards »…
À en devenir fou…
Au-delà de la fidélité au paysage, Monet cherche à retranscrire dans cette œuvre toute la monumentalité de ces falaises crayeuses se découpant magistralement dans le ciel. Ici, il utilise un format en double carré, idéal pour créer des vues panoramiques – un procédé inspiré de Charles-François Daubigny que Boudin lui a fait découvrir. Mais il se distingue déjà de ses aînés par ses couleurs audacieuses, avec la grève presque mauve, par le traitement libre de la falaise ne recherchant pas la précision, ou encore celui, vaporeux, de l’eau. En 1864, il passe six mois en Normandie, à Honfleur, à Trouville et donc à Étretat, qu’il découvre alors véritablement. Cette année-là, le peintre fait part à Bazille : « Ici mon cher, c’est adorable et je découvre tous les jours des choses plus belles. C’est à en devenir fou tellement j’ai envie de tout faire, la tête m’en pète »… Seules trois toiles sont aujourd’hui connues de cette époque, dont celle-ci, acquise lors d’une vente à Paris le 4 décembre 1998 (M
e Briest) et depuis restée dans la même collection bretonne. Mais l’on retrouve Monet à Étretat dès 1868, avide de se confronter à nouveau à cette nature grandiose. Sa solidité technique s’affirme alors, pour bientôt donner naissance à une manière inédite. L’étape est franchie avec les quelque 80 tableaux peints entre 1883 et 1886, décrivant les falaises en de longues touches linéaires et mouvementées, forgées dans la matière épaisse, résultat de la volonté de désormais capter l’instant et la lumière plus que la monumentalité des lieux. Un face-à-face avec la nature et les éléments que Claude Monet convoquera toujours.

lundi 05 décembre 2022 - 14:30 (CET) - Live
32, place des Lices - 35000 Rennes
Rennes Enchères Bretagne
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