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Étienne Liotard, Jacob Tronchin en quelques nuances de gris…

Publié le , par Anne Doridou-Heim
Vente le 18 novembre 2022 - 14:00 (CET) - Salle 1 - Hôtel Drouot - 75009

Il n’en faut pas plus au maître suisse Étienne Liotard pour brosser le portrait d’une figure de la haute société genevoise du XVIIIe siècle et révéler une nouvelle fois sa virtuosité.

Jean-Étienne Liotard (1702-1789),  Portrait de Jacob Tronchin, sanguine et crayon... Étienne Liotard, Jacob Tronchin en quelques nuances de gris…
Jean-Étienne Liotard (1702-1789),  Portrait de Jacob Tronchin, sanguine et crayon noir, 24,2 17,8 cm (détail).
Estimation : 70 000/100 000 

Le visage est sympathique, la pose réfléchie, les yeux regardent au loin, le vêtement dégage une grande sobriété tout en traduisant aussi un certain rang social… Tout dans ce modèle témoigne d’une autorité calme empreinte d’intelligence. Sur un fond uniforme baigné de lumière, Jacob Tronchin (1717-1801) apparaît en pleine lumière dans des nuances de traits de crayon noir hachuré et de quelques touches de rehauts de sanguine. La simplicité d’exécution n’est qu’apparente, elle témoigne en réalité d’une grande maîtrise technique, de celle que seuls les grands maîtres possèdent. Ce maître, c’est Jean-Étienne Liotard. Le XVIIIe siècle a tout juste 2 ans lorsqu’il naît à Genève dans une famille de protestants français exilés. Ses prédispositions pour les différentes techniques du dessin, le pastel tout particulièrement, vont le mener à devenir le portraitiste de la haute bourgeoisie genevoise, de l’aristocratie européenne – il a fixé les traits de toute la nombreuse famille de Marie-Thérèse d’Autriche –et plus loin encore, jusqu’à la Sublime Porte. La fascination pour l’Orient chatoyant est telle qu’il adopte la tenue vestimentaire locale et fixe des scènes de genre décrivant dans leur univers quotidien les femmes occidentales des quartiers de Péra et Galata. Artiste de cour cosmopolite sollicité par l’Europe entière, il construit, à la différence de nombre de ses contemporains, une œuvre confinant à l’exactitude et témoignant d’une observation stricte sans céder à la complaisance – une rigueur qui lui vaudra le qualificatif de «peintre de la vérité». Un souci de vérité qu’il applique à lui-même lorsque, à l’âge avancé de 80 ans, il se représente avec ses cheveux blancs, ses rides creusées et un sourire édenté ! Sans que le peintre l’ait pour autant flatter, Madame d’Épinay (musée d’art et d’histoire, Genève), éminente femme de lettres, a tout de même eu droit à plus d’égards, et de ce pastel Ingres disait : «Je ne sais s’il est un plus beau portrait que celui-ci en Europe.» Ici, Liotard a choisi de fixer le visage de Jacob Tronchin, l’un des fils d’une famille ayant pour le moins une certaine place dans la cité de Calvin. Sa fortune croissant au fil du temps, elle lui a en effet donné toute une lignée de magistrats, pasteurs, médecins et bien sûr banquiers. Le jeune Jacob est loin d’être un inconnu pour l’artiste aussi qui, entre 1757 et 1761, a réalisé au moins sept portraits des membres de cette dynastie, dont celui de son oncle François – ce dernier sera le prête-nom de Voltaire pour l’acquisition de la propriété Les Délices, à Saint-Jean. Liotard installe l’éminent financier, arborant habit noir et lourde perruque, devant une table encombrée d’instruments scientifiques et de dessins témoignant de son esprit éclairé. Pour l’épouse, née Anne-Marie Fromaget, il retient la délicatesse du satin ivoire relevé de la chaleur d’une bordure de fourrure de marte et d’un manchon de plumes couleur «ventre d’ibis», qui viennent apporter toute la couleur au pastel d’un raffinement inouï. S’il n’y a aucune ostentation en revanche dans les visages des parents de Jacob, reflétant certainement l’austérité affichée de ce couple d’une profonde religiosité, l’acuité psychologique est prégnante. Nul ne doute que le fils va inscrire son prénom dans la généalogie de ces «Tronchins et Tronchines», ainsi que le philosophe de Ferney les nommait malicieusement.

vendredi 18 novembre 2022 - 14:00 (CET) - Live
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De Baecque et Associés
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