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Etienne Bréton, conseiller en peinture ancienne

Publié le , par Carole Blumenfeld

Président de Saint Honoré Art Consulting, Étienne Bréton est l’acolyte de Marc Blondeau et de Nicolas Schwed. Il est actuellement co-commissaire scientifique, avec Pascal Zuber, de Boilly. Chroniques parisiennes au musée Cognacq-Jay.

Etienne Bréton, conseiller en peinture ancienne
© Guillaume Benoit

Quel est le meilleur tableau passé entre vos mains depuis votre départ de chez Sotheby’s en 1994 ?
Un Poussin sublime, La Fuite en Égypte à l’éléphant de dos, qui s’en va vers l’Afrique, et qui symbolise le continent. Il provient comme son pendant (aujourd’hui à la Wallace Collection) des collections Rospigliosi et Fesch. C’était il y a vingt ans et depuis j’ai découvert d’autres Poussin…

Vous n’en direz pas plus… Justement, comment définiriez-vous votre métier, si confidentiel ?
Je conseille les collectionneurs et les musées. J’accompagne d’une part les collectionneurs qui veulent se dessaisir de leurs tableaux en analysant l’opportunité de les vendre, en les aidant à les estimer et en définissant pour eux la meilleure stratégie. L’autre volet, c’est cette activité très importante auprès des musées français, européens, américains, et même au-delà. C’est avant tout un travail de signalement d’œuvres fondé sur une analyse précise de leurs collections et de leurs capacités à rassembler des fonds pour chacun des achats ; et en sachant éventuellement quels seraient les mécènes susceptibles de les soutenir. Il faut aussi savoir si le vendeur est prêt à jouer le jeu car le temps d’acquisition d’un musée est nécessairement plus long…

Quel est le profil type de vos clients ?
Quelqu’un qui ne me demande pas combien vaudra un tableau le lendemain de son achat ! (Rires). Acheter un tableau ancien, c’est acheter une valeur qui est déjà sûre. Si le tableau a été considéré comme important au XVIIe siècle, puis au XVIIIe et au XIXe… et qu’il l’est encore en 2022, c’est qu’il sera encore plus désirable dans le futur car les musées achètent énormément et les œuvres majeures seront de plus en plus rares. Je ne suis pas un dictateur du bon goût. Néanmoins, je sais montrer mon opposition à un achat en raison de l’attribution ou de l’état de conservation d’un tableau. Je n’aime rien tant que présenter un tableau dans mon bureau avec mes livres et parfois une autre peinture pour inciter à la comparaison. En touchant un tableau, en le retournant, le désir vient… Mon rôle est d’ouvrir aux collectionneurs des fenêtres sur des domaines qu’ils ne connaissent pas forcément, ou dont ils ne se doutaient pas qu’il était possible de collectionner. Souvent ces fenêtres s’ouvrent à l’occasion de voyages que nous faisons ensemble pour mieux nous connaître et mieux nous comprendre, mieux définir aussi leur goût face à des pans nouveaux de l’histoire de l’art. Ce sont toujours des moments intenses, j’en ai fait de nombreux avec le regretté Aso Tavitian, grand collectionneur new-yorkais, et d’autres amis, eux aussi collectionneurs.

Que collectionnent vos clients ?
Le marché ne peut aujourd’hui être que très sélectif car nos clients le sont de plus en plus. Les collections d’amateurs qui achetaient des tableaux en quantité vont se raréfier. La collection classique telle qu’on la connaissait au XIXe et au début du XXe va disparaître. C’est sans doute une question de mode mais c’est la réalité du sujet. Les amateurs vont aller vers des œuvres plus pointues, plus rares, plus étonnantes. J’ai de plus en plus de clients aux goûts extrêmement éclectiques pour lesquels ce qui compte, c’est l’originalité du sujet et la force de l’image. Certains sont parfois concentrés sur un sujet mais plus rarement sur une période de l’histoire de la peinture.
 

Jacques-Louis David (1748 – 1825), Comte Henri-Amédée-Mercure de Turenne-d’Aynac, huile sur toile , 71,8 x 56,2 cm, vendu en 1999 au Sterl
Jacques-Louis David (1748 – 1825), Comte Henri-Amédée-Mercure de Turenne-d’Aynac, huile sur toile , 71,8 56,2 cm, vendu en 1999 au Sterling & Francine Clark Art Institute, Williamstown.
© Saint-Honoré Art Consulting © Saint-Honoré Art Consulting

Comment se porte le marché de l’art ancien en 2022 ?
Il n’existe plus un seul marché, mais trois marchés avec des écarts de prix de plus en plus importants pour les tableaux de référence, les tableaux de qualité et les tableaux décoratifs. Pour acquérir les tableaux «iconiques», le facteur de la «dernière chance» joue un effet de levier substantiel sur la cote de l’artiste. Si le marché de l’art a pâti et pâtit encore des difficultés actuelles à se déplacer en raison de la crise sanitaire, ce n’est pas le cas pour ce type d’œuvres. J’ai observé certes un petit ralentissement en 2020, mais 2021 a été une très bonne année. Les musées ont beaucoup freiné leurs achats mais les collectionneurs ont gagné beaucoup d’argent en cette période de crise et ils ont eu soudainement du temps. Les incertitudes économiques sur les placements et le rendement de l’argent les ont incités à débloquer des fonds, non pour investir, mais pour se faire plaisir.

Quel regard portez-vous sur les marchands français ?
La France reste un endroit où de nouvelles œuvres réapparaissent très régulièrement et c’est indéniablement une prérogative de poids. Mais la vraie supériorité de Paris, c’est l’âge moyen des professionnels ! C’est une réalité. Plus que partout ailleurs, les professionnels ont assumé la responsabilité de former de nouvelles générations. À Londres ou New York, ce sont de nouveaux marchands italiens mais aussi a toute une génération qui est sur le point de prendre sa retraite sans avoir su transmettre. À Paris, les marchands très en vue n’ont pas étouffé les jeunes, et c’est flagrant lorsque l’on visite Fine Arts Paris et surtout la Tefaf, où les Français prédominent. Ces jeunes marchands ont des idées nouvelles, ils savent mélanger les genres et ils savent prendre des risques. C’est la clé du succès. Il faut être ambitieux et franchir les étapes en matière de qualité et donc de montants investis. Il faut surtout de l’audace, et Paris en a !

Quelles sont les chances pour que le salon né du mariage de la Biennale et de Fine Arts Paris supplante la Tefaf Maastricht ?
Elles sont grandes mais, par provocation, je dirais que l’idéal serait d’organiser ce salon à Vierzon ! J’ai toujours pensé que Maastricht et Bâle étaient de véritables pièges géographiques ! Quand un collectionneur de Minneapolis va à la Tefaf, il est forcé d’y passer une nuit et il ne veut pas rentrer les mains vides. Il n’a pas d’autres tentations, alors qu’à Paris… Il y a quelques années, la Tefaf avait conduit une étude sur le temps moyen d’un visiteur sur son salon, il était deux fois plus important que celui passé par un visiteur à la Biennale de Paris. Récemment, sans avoir jamais exposé, car ce n’est pas mon métier, j’ai dit à plusieurs marchands, qui l’ont très mal pris, qu’il faudrait également songer à un salon, très bien organisé sur «le goût méditerranéen» au sens large, des fonds d’or jusqu’à Signac. Pourquoi pas en Avignon, qui offre une belle capacité hôtelière ?
 

Nicolas Poussin, Le Repos pendant la fuite en Égypte avec un éléphant, huile sur toile, 84 x 108 cm. Collection privée. © Saint-Honoré Art
Nicolas Poussin, Le Repos pendant la fuite en Égypte avec un éléphant, huile sur toile, 84 108 cm. Collection privée.
© Saint-Honoré Art Consulting

Comment s’est déroulée votre «double vie» avec Boilly pendant plus de vingt-cinq ans ?
Nous avons laissé du temps au temps, comme écrivait Mitterrand, car c’est cela aussi l’histoire de l’art. Tant que le rythme des découvertes a été soutenu, nous avons pris du temps et nous avons décidé de ne préparer la publication qu’à partir du moment où ce rythme s’est infléchi. Pendant six ans, nous avons travaillé à un rythme effréné avec le soutien d’Arthena, une maison d’édition exceptionnelle avec une équipe de premier plan.

Quels sont vos prochains projets scientifiques ?
Je ne tiens pas à me relancer dans une nouvelle monographie. J’ai trop aimé, été fasciné, été intrigué par Boilly, par la diversité de ses sujets, la qualité de leur réalisation et surtout la variété de ce qu’il voulait exprimer. Je pense à tout à fait autre chose, peut-être un sujet précis. Après six années frénétiques, je voudrais recommencer à voyager pour être sûr de saisir les nouvelles aspirations des musées et leurs récentes évolutions. Je songe aussi à une nouvelle corde à mon arc, qui serait peu lucrative mais fort enthousiasmante.

Un nouveau métier ?
J’ai été enchanté de travailler aux côtés d’Annick Lemoine et Sixtine de Saint-Léger. J’ai compris tout ce que cela impliquait d’organiser une exposition et j’ai dorénavant une admiration sans limite pour les conservateurs qui en organisent. Je me demande s’il ne serait pas possible d’envisager un travail de «curateur» dans le domaine de l’art ancien. Cela consisterait à proposer des idées et à fédérer des personnalités qui réfléchiraient à des sujets précis d’expositions. A priori, je connais mieux les collectionneurs qu’un conservateur de musée et, surtout, je suis à même de déterminer les nouvelles inflexions de ce que les gens cherchent. Avec Pascal Zuber, nous sommes peut-être les deux premiers professionnels du marché de l’art à être commissaires scientifiques dans un musée français. Je suis membre de conseils d’administration de plusieurs monuments ou musées en France. Les mentalités ont beaucoup changé et ce n’est pas fini.

Étienne Bréton
en 5 dates

1960

Naissance à Deauville

1982

Maîtrise d’histoire de l’art à la Sorbonne (Paris-IV) sur Matthias Stomer

1986

Entrée chez Sotheby’s

1994
S’associe avec Marc Blondeau

2019
Publication aux éditions Arthena de Boilly. Le peintre de la société parisienne
de Louis XVI à Louis-Philippe
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