Et Cimabue fut…

Le 03 octobre 2019, par Anne Foster

Premier artiste à se dégager quelque peu de la tradition byzantine, Cimabue est considéré comme le père de la peinture occidentale. L’apparition de l’une de ses œuvres bouleverse le monde de l’art.

Cenni di Pepo, dit Cimabue (connu de 1272 à 1302), Le Christ moqué, peinture à l’œuf et fond d’or sur panneau de peuplier. Dimensions totales 25,8 20,3, épaisseur actuelle 1,2, surface picturale 24,6 19,6 cm.
Estimation : 4/6 M€

Longtemps, ce panneau de petit format fut considéré comme une icône et sans intérêt… Appelée pour dresser un inventaire, Philomène Wolf lui trouve quelque chose en plus et l’apporte au cabinet Turquin pour expertise. À partir de là, l’histoire se déroule comme un conte de fées (voir l'article Deux primitifs redécouverts : Cimabue et le maître de Vissy Brod de la Gazette n° 32, page 20). Cette peinture s’intègre dans un diptyque de dévotion dont deux éléments, dûment authentifiés comme de Cimabue, se trouvent l’un à la Frick Collection, l’autre à la National Gallery de Londres. Le Christ se tient sereinement au centre de deux groupes, se détachant sur un fond d’or. Les visages sont individualisés, exprimant des sentiments plus proches de l’incompréhension que de la haine. Il se passe pourtant quelque chose de violent. Les personnages de part et d’autre ont des gestes contradictoires : l’un, sur la droite, semble vouloir enlacer Jésus, tandis qu’un autre esquisse un mouvement de recul ; l’homme placé derrière lui paraît attraper le bras du Seigneur et, tout à fait à gauche, un autre a tiré une épée. Dans la partie supérieure, deux tours évoquent Jérusalem, motifs que l’on retrouve sur un autre panneau. La composition, vivante, tranche avec la peinture codée de l’époque. Selon Vasari, «Cimabue fut pour ainsi dire la source première du renouveau de la peinture». Dans la série des Vies, publiée en 1550, il rapporte que Cimabue «peignit, ensuite, sur un petit panneau à fond d’or, un saint François, en le figurant de son mieux au naturel, chose nouvelle en ce temps-là». Il évoque plus loin «un petit tableau sur bois […] représentant sainte Agnès, entourée de tous les épisodes de sa vie traités en miniature». L’artiste brossa donc des œuvres destinées à être transportées facilement pour une dévotion privée, soit au sein d’une église, soit pour l’oratoire personnel d’un abbé ou autre ecclésiastique. Revenons au tableau présenté aux enchères prochainement. Deux épisodes de l’évangile selon Matthieu peuvent avoir inspiré Cimabue : (26, 47-50) «Comme il parlait encore, voici Judas, l’un des Douze et avec lui une bande nombreuse armée de glaives et de bâtons. […] Alors, s’avançant, ils mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent. (26, 51) Et voilà qu’un des compagnons de Jésus, portant la main à son glaive, le dégaina […]». Ou bien, au chapitre suivant (27, 30-31) : «Et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête. Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la chlamyde, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier».

dimanche 27 octobre 2019 - 14:30
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