Entre manga et animation : l’art de Matsuura

Le 13 décembre 2018, par Anne Foster

Enfant de son temps, Hiroyuki grandit avec les dessins animés, comics ou mangas. SON univers virtuel devient réel à partir de 2005, lorsqu’il en adapte les règles à la peinture.
 

Hiroyuki Matsuura (né en 1964), Windy Bunny Baby, 2007, acrylique sur toile, 162 x 162 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €

Un double regard fixe. Vous craignez déjà un état hallucinatoire, mais ce n’est qu’un tout jeune enfant, caché dans la peau d’un lapin tout aussi craintif que lui. Ensemble, ils peuvent affronter un monde qui les rebute, un univers qui les effraie. Le personnage de Windy Bunny peut enfiler plusieurs peaux, et donc plusieurs couleurs pour transmettre ses états d’âme. Ici, une palette de blanc et de bleu indique une fraîcheur à découvrir tout ce qui entoure le bébé-lapin. Tableau lié à une certaine avant-garde japonaise, il se rattache cependant à un art ancestral nippon. Ainsi, au musée Cernuschi, au sein de l’exposition «Trésors de Kyoto. Trois siècles de création rinpa», qui se tient jusqu’au 27 janvier, on a pu admirer une paire de paravents de Tawaraya Sotatsu (actif entre 1600 et 1640), Dieu du Tonnerre et Dieu du Vent ; considérés comme «trésor national», ils ne furent exposés que les quatre premières semaines. La divinité représentant le vent possède ces mêmes larges yeux fixes. Une ascendance qui paraîtrait probablement incongrue à Matsuura… qui vit en parfaite symbiose avec le monde virtuel, se permettant toutefois des incursions dans le monde des samouraïs et des geishas, qui partagent l’espace illusoire des autres héros. Ces personnages offrent une consolation à la morosité ambiante, deviennent des amis qui ouvrent les portes du fantastique, servent de modèles de vie (rêvée). Les peintures de Matsuura soulignent de manière subtile l’impossibilité de cette génération à distinguer le réel du virtuel. Au lieu de camper des figures légendaires ou de véritables héros, l’artiste prête à ses créatures la possibilité de revêtir une autre peau, non pas un déguisement, mais une identification qui leur permet de sortir d’une vie si éloignée du monde qu’il fréquente à travers les dessins animés, les mangas, ou les bandes dessinées. En 1984, année où il travaille en qualité de graphiste, concevant des logos et des publicités, sort le premier volume des aventures d’Usagi Yojimbo (le lapin garde du corps), ronin solitaire qui parcourt le Japon à pied dans une quête appelée «pèlerinage du guerrier». Une histoire intemporelle, connue de tous, agissant comme métaphore d’une recherche existentielle. La figure du lapin, de même taille qu’un enfant, peut le remplacer. Matsuura lui confère la même expression, à la fois mécanique et exprimant une fascination ; cadré serré, sur un fond neutre, quasi monochrome, il est partie intégrante du monde fabriqué. Reste quand même chez ce Windy Bunny Baby, le côté attachant du lapin, doudou, tendre et malléable compagnon des jeunes enfants. Une œuvre plus complexe qu’il n’y paraît.

Mercredi 19 décembre 2018, salle 10-16. Drouot-Richelieu, à 13 h 30.
Thierry de Maigret. MMe sevestre-barbé, M. de louvencourt.
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