En toutes lettres

Le 21 juillet 2020, par Laurence Mouillefarine

Présente dans tous les domaines, la vogue de l’acronyme n’a pas épargné le secteur culturel et a de quoi donner le tournis. Et vous, quel est votre favori ?

© BikiniArtMuseum

Nous avons en France la SNCF, les RTT, les Ehpad… Voilà que même le monde de l’art est victime de la mode saugrenue des sigles. Le modèle nous vient des États-Unis bien sûr, patrie du marketing. Le Museum of Modern Art de New York a donné le ton en s’intitulant «MoMA». À moins que ce ne soit le MET, ou Metropolitan Museum ? Dans un élan conformiste, nos institutions et celles de nos voisins ont changé leurs noms – à grands frais – et adopté des enseignes dignes d’une caisse d’assurance maladie ou d’un établissement bancaire : le Mudac, le Mudam, le Mudem, le Mamac… Aussi rébarbatifs que peu éloquents. Ces initiales ne disent rien sur la spécialité d’un musée ni dans quelle ville il se trouve, encore moins quels trésors il abrite. Que le Mucem illustre les civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, à Marseille, il faut le deviner — bientôt, Marseille se dira «ME». Aucun nouvel établissement n’échappe au tic de l’époque. Un musée du maillot de bain et de l’univers balnéaire vient-il d’ouvrir en Allemagne, près de Francfort ? Et, plouf ! il est baptisé «BAM», ou «Bikini Art Museum». Dans le même registre rafraîchissant, signalons qu’une exposition sur les «Baigneuses et Baigneurs» de Picasso se tient cet été au MBALyon. Traduisez : au musée des beaux-arts de la ville. Pourquoi ce raccourci ? Pour aller plus vite ? Vers quoi ? Les œuvres d’art ont l’éternité devant elles. Certes, quelques appellations sonnent joyeusement comme des onomatopées et sont faciles à retenir, tout en amusant la galerie. Le musée des Arts modestes, sis à Sète, est heureusement international, grâce à quoi il peut s’appeler «MIAM» et se distinguer du musée d’Art moderne de la Ville de Paris (MAM Paris). Il y a deux ans, les Arts décoratifs ont annoncé fièrement adopter l’acronyme MAD. Il est vrai que l’institution, regroupant à la fois une bibliothèque, des musées dont celui Nissim de Camondo, une école et des ateliers, a quelque difficulté à imposer son identité. «MAD» joue sur le sens de «fou» en anglais – fou d’objets évidemment. Vous tous, qui êtes forcément bilingues, l’aviez compris ! Au sein de l’agence de publicité BETC, on a dû se creuser les méninges car sachez-le, MAD veut également dire «Mode, art, design». Le public est-il sensible à tant de subtilité ? Sur les supports de communication, un sous-titre explicatif apparaît déjà. Quant à certaines dénominations, elles sont imprononçables. À citer le NMNM, ou Nouveau Musée national de Monaco, on bégaie sur le Rocher ; plus qu’un lieu culturel, le nom évoque une marque de cacahuètes enrobées de chocolat. Seulement voilà, telles les friandises, ce monogramme sans âme coupe l’appétit.

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