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Émile Friant, un peintre au naturel étudié

Le 04 novembre 2021, par Sophie Reyssat

Portraitiste subtil, Émile Friant se joue de la peinture académique pour donner du réalisme à ses sujets, sans se départir d’une sensibilité qui rend son œuvre complexe et unique.

Émile Friant, un peintre au naturel étudié
Émile Friant (1863-1932), L’Étudiante, huile sur toile, 1923, 129 104 cm (détail).
Estimation : 25 000 € Adjugé : 369 050 €

Ce portrait peint par Émile Friant devrait susciter l’intérêt des collectionneurs au-delà de nos frontières, la toile étant inédite sur le marché. Conservée au sein de la même famille jusqu’à aujourd’hui, elle a été acquise auprès de l’artiste par le grand-père de son propriétaire actuel, un ami nancéien du peintre, en 1924. Friant, qui a alors 60 ans, privilégie le dessin et la gravure depuis une vingtaine d’années déjà. Ainsi L’Étudiante est-elle la seule toile qu’il présente au Salon des artistes français, à Paris, en 1923. Cette année-là, il voit le travail de toute une vie récompensé par ses pairs, qui l’élisent à l’Académie des beaux-arts. Cette distinction couronne une carrière féconde débutée très tôt, ses œuvres ayant été exposées pour la première fois en 1878 à la Société lorraine des amis des arts, alors qu’il n’avait que 15 ans. Il a ensuite traversé toutes les sensibilités de la peinture moderne sans jamais franchement souscrire à aucune d’elles, demeurant fidèle à la voie qu’il s’était tracée. Il n’oubliera jamais sa première leçon apprise auprès de Théodore Devilly, un artiste romantique disciple de Delacroix, un Lorrain réfugié comme lui à Nancy après l’invasion prussienne et nommé directeur de l’école des beaux-arts de la ville en 1871 : bannir la copie et puiser son inspiration à la source, celle de la nature et des êtres vivants.
S’éloigner de l’académisme
Fort de ces préceptes, mis en pratique tout au long de son apprentissage nancéien, de 1874 à 1879, Friant obtient une bourse pour étudier aux Beaux-Arts de Paris, où il est accueilli dans l’atelier de l’un des chefs de file de l’académisme, Alexandre Cabanel. Bien qu’il ne s’y plaise pas, il sait qu’il doit en passer par là pour se faire connaître. Effectivement, ses envois sont d’emblée remarqués, et il obtient le second grand prix de Rome en 1883 pour Œdipe maudissant son fils Polynice. Sa carrière est lancée, et l’artiste, qui rejette l’étiquette de peintre pompier, peut s’éloigner du dogmatisme académique pour donner libre cours à sa sensibilité. Deux ans plus tard, sa rencontre avec les frères Coquelin lui permet de trouver ses principaux mécènes, les célèbres acteurs de la Comédie-Française l’introduisant en outre dans le monde des arts et des lettres. Si Friant a exécuté pour eux une douzaine de portraits, il en a également réalisé un grand nombre tout au long de sa vie pour répondre aux demandes d’une large clientèle. Les œuvres les plus grandes demeurent académiques, alors que les images de ses amis, de format plus intime, adoptent une manière plus spontanée et chaleureuse. À travers ces portraits, le peintre dévoile l’âme de ses modèles. Attentif aux harmonies colorées et aux nuances subtiles, il immortalise cette étudiante avec grâce et simplicité. Elle pose avec sérieux dans un décor savamment étudié, dont la rigueur est compensée par une touche rappelant celle des impressionnistes, utilisée pour animer l’arrière-plan. Son visage se détache devant une mappemonde, représentation allégorique du savoir, derrière laquelle se devine dans l’ombre une enfilade de pièces. Le carnet et le crayon sont également symboliques de son activité. Cette jeune étudiante, d’un réalisme presque photographique, donne la leçon : nul besoin de modernité quand on est intemporelle.

à savoir
Lundi 29 novembre,
Épinal. Marquis OVV.

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