Éloge de l’insouciance sous la forme d’une sculpture de François-Xavier Lalanne

Le 01 avril 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Le gigantisme du Grand canard de François-Xavier Lalanne résume toute la fantaisie de l’artiste. Une ode à la légèreté, comme un remède à la morosité ambiante. 

François-Xavier Lalanne (1927-2008), Grand canard, 1971, jette-habits en tôle de fer calaminée et peinte, 144 209 96 cm. 
Estimation : 800 000/1 200 000 

Désacraliser la sculpture, la faire entrer dans l’expérience intime du quotidien et, finalement, glorifier l’œuvre d’art fonctionnelle : François-Xavier Lalanne aimait brouiller les pistes. À la croisée des arts appliqués et des beaux-arts, il a su imposer sa conception utilitaire de la sculpture avec malice ; aucun collectionneur ne sut y résister : les Noailles, les Rothschild, Yves Saint Laurent et Pierre Bergé furent des inconditionnels de la première heure. Le réalisme de son travail s’inscrit pourtant à contre-courant des tendances de l’époque, l’abstraction dominant alors. Et les heures de gloire de la sculpture animalière appartiennent au passé. Mais l’humour et les clins d’œil du sculpteur auront raison des tendances. Espiègle et enfantin, il dévoile un univers poétique aux frontières du surréel. Ainsi, les commandes affluent jusqu’à ce jour où des amateurs expriment leur souhait d’un jette-habits unique pour le hall d’entrée de leur maison, en France. Nous sommes en 1971, le Grand canard, première grande œuvre réalisée par Lalanne pour un collectionneur privé, voit le jour. Il fait alors partie d’une plus vaste collection dispersée en 2010. Cette pièce majeure du colossal bestiaire de l’artiste consacre le renversement d’échelle. Le Grand canard, de plus de deux mètres de long, signe l’ambivalence de la démesure, entre humour et inquiétante étrangeté. Sans être menaçant, le canard bouscule par ses dimensions ! Si l’artiste a su évacuer les contraintes conventionnelles de la sculpture, il n’était toutefois pas étranger à certains principes classiques. Lui qui fut gardien au musée du Louvre en 1949 a probablement eu tout le loisir de se familiariser avec la sulpture animalière classique mais aussi, ailleurs, avec Barye, Bugatti et Pompon. Les formes sont simplifiées, les surfaces polies, sans jamais sacrifier au réalisme. Les sculptures-objets de François-Xavier Lalanne se fondent ainsi dans les espaces sans pour autant se faire oublier. En virtuose du métal, il combine avec force les matériaux pour ce jette-habits. Le Grand canard est une prouesse technique en tôle de fer calaminée et de maillechort poli : le rendu argenté de cet alliage de cuivre, zinc et nickel vient appuyer le relief de l’animal. Mais cet éloge de la faune et de la flore ne saurait être qu’un prétexte à des développements plastiques. Il en va d’une philosophie de vie qui fait fi des obstacles et d’une certaine idée de la légèreté que l’artiste résumait en une phrase : « L’art, c’est comme la vie, ça ne devrait pas être pris au sérieux. »

lundi 12 avril 2021 - 04:00 - Live
Salle 9 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Gros & Delettrez
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