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Élégante compagnie en bord de mer

Publié le , par Anne Foster

Bien avant Boudin, Joseph Vernet a une prédilection pour les scènes de bord de mer, où des promeneurs admirent la beauté de cieux émaillés de nuages, des flots venant mourir sur la grève, et le pittoresque du retour des pêcheurs.

Claude-Joseph Vernet (1714-1789) et collaborateurs, Mer calme au coucher de soleil... Élégante compagnie en bord de mer
Claude-Joseph Vernet (1714-1789) et collaborateurs, Mer calme au coucher de soleil avec un groupe de figures sur le devant qui est la famille de l’auteur, 1788, huile sur toile, 88 x 117 cm.
Estimation : 200 000/300 000 €

Les derniers rayons du jour éclairent d’une lumière légèrement rosée les nuages poussés par la brise marine, les voiles des bateaux à l’ancre et un groupe élégamment vêtu, se tenant à l’extrémité d’un quai. Le premier plan, déjà dans la pénombre, dépeint les travaux des pêcheurs et de leurs familles : la barque halée sur le sable, un homme rentrant avec son épuisette, un autre allongé, s’étirant devant une grande ancre fichée dans le sable, et des femmes assises, profitant d’un moment de repos. Le groupe de promeneurs attire cependant l’œil. Deux couples contemplent le coucher du soleil sur une mer calme, ainsi que l’activité de la baie ; un cinquième personnage, tenant un portefeuille de dessins, regarde vers la grève. Joseph Vernet (1714-1789) se représente tenant un pinceau, accompagné de sa fille Émilie, alors âgée de 18 ans, abritant son visage sous une ombrelle rose. Derrière eux, son fils Carle, vêtu à la dernière mode d’un manteau bleu et d’une culotte jaune, converse avec Fanny Moreau, épousée l’année précédente, dont un pan de la robe rose fait écho à l’ombrelle de sa belle-sœur. Derrière eux se tient probablement Saint-Jean, serviteur de l’artiste depuis trente ans. Portrait de famille ou marine ? La question peut se poser, à juste titre : ce tableau est une reprise de celui éponyme réalisé par l’artiste en pendant d’une Tempête, fruit d’une commande de son collectionneur et ami M. Pope et qui, à sa mort, est exposée au Salon de 1789. Vernet y remporte un grand succès critique, son ultime il décède quelque temps plus tard, en décembre. Le peintre avait-il voulu conserver pour lui le souvenir d’une escapade familiale heureuse, dans la suite des divertissements dont il était féru depuis son mariage, à Rome en 1745, avec Virginia Parker, «veramente graziosa», selon Natoire ? Son beau-père, catholique anglais et officier dans la marine pontificale, amène à l’atelier une clientèle de Britanniques effectuant leur «Grand Tour». Léon Lagrange, dans Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècle (Paris, 1864), note : «Malgré les distractions de l’amour et du mariage, il trouve le temps de produire seize tableaux, et marque à son avoir 4 278 livres.» Cela malgré les fêtes dont lui et son épouse seront toujours friands. «Spectacles, promenades en carrosse, parties de campagne, parties de chasse, dîners champêtres et soupers fins» se succèdent, tant à Rome qu’à Marseille et Paris ; le couple «ne néglige rien pour faire bonne figure aux yeux du monde.» L’artiste n’hésite pas à inclure dans ses toiles, comme dans une Vue du port de Marseille prise de la Tête-de-More, des portraits des siens.

mercredi 13 juin 2018 - 14:00 (CEST) - Live
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