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Élections présidentielles : la culture à l'état vaporeux de décor

Publié le , par Vincent Noce

Les arts et la culture n’ont pas été les seuls absents de la campagne électorale. Des secteurs aussi essentiels que la recherche ou la santé publique ont été pratiquement oubliés. La culture pour sa part conserve encore un effet d’image : tenir un meeting devant le Louvre ; se faire filmer devant la pyramide, sans se soucier...

Élections présidentielles : la culture à l'état vaporeux de décor
© Wikipedia

Les arts et la culture n’ont pas été les seuls absents de la campagne électorale. Des secteurs aussi essentiels que la recherche ou la santé publique ont été pratiquement oubliés. La culture pour sa part conserve encore un effet d’image : tenir un meeting devant le Louvre ; se faire filmer devant la pyramide, sans se soucier des droits du musée et de l’architecte ; ou, sur un mode plus intime, devant une bibliothèque – à la rigueur. Quant à s’intéresser vraiment au fond du sujet, c’est une autre affaire, qui semble décidément hors de la portée de nos politiciens, de plus en plus enclins à la déclamation, plutôt qu’au discours et au débat. Comme le relève si justement Michel Guerrin dans Le Monde, ce qui l’emporte, c’est «une culture comme décor». Valérie Pécresse en tête, les candidats ont, peu ou prou, suggéré un renforcement de l’éducation artistique à l’école, réclamé depuis longtemps. On pourrait s’en féliciter, si ce mot d’ordre n’était devenu une antienne désespérante, tant que ne sont pas précisés le financement et une mise en œuvre dépassant la résistance farouche de l’Éducation nationale. Sinon, le niveau de la campagne dans le domaine culturel peut être calculé à l’aune des programmes qui s’emmêlent dans les chiffres : Yannick Jadot et Nicolas Dupont-Aignan ont proposé de «sanctuariser» le budget de la culture à 1 % de celui de l’État, alors qu’il dépasse ce niveau depuis des années. Jean-Luc Mélenchon – qui réclame d’éliminer tous les avantages fiscaux en faveur du patrimoine (lequel appréciera !) – et Fabien Roussel ont dû confondre budget et produit intérieur brut, puisque tous deux proposent de l’instaurer à 1 % du PIB. Ce tour de passe-passe ferait passer son montant de 4 à 25 Md€, sans qu’on sache d’où proviendrait cette manne. Sans surprise, Yannick Jadot entendait favoriser la création artistique et Éric Zemmour le patrimoine. Mais lui aussi doit être fâché avec les chiffres puisqu’il suggère, pour le soutenir, un montant à peu près équivalent à celui atteint aujourd’hui. Il aurait aussi bien voulu «détruire le ministère de la Culture», selon ses propres termes, quand Fabien Roussel prônait un grand ministère.

Au vu de ces maladresses et incohérences, on se dit qu’il vaut peut-être mieux que les candidats évitent de parler de culture

La vraie bataille, plus sérieuse et qui va animer le duel à venir pour le second tour, est celle de l’audiovisuel public, dont les candidats d’extrême droite proposent de se passer. Il faut reconnaître que les grandes chaînes nationales se sont affaiblies elles-mêmes, tant il est difficile de les distinguer des stations privées pour justifier l’ampleur d’une telle aide publique, même en berne. Au vu de ces maladresses et incohérences, on se dit qu’il vaut peut-être mieux que les candidats évitent de parler de culture. Ce sentiment est renforcé par l’expérience de la campagne de 2017, dont la seule initiative saillante préfigura l’introduction du «pass culture jeune», ce gadget sorti du chapeau d’une équipe en panne d’idées, qui voulait copier une expérience chancelante en Italie. Hélas, hors une vague référence aux «métavers européens», la seule proposition émanant d’Emmanuel Macron est d’étendre ce chèque aux plus jeunes, alors que son coût cette année s’élève à 200 M€, alimentant en priorité l’achat de mangas. Il faudra bien que le monde culturel, affrontant une crise jamais vue dans son histoire, se rende compte que le budget de cette fantaisie dépasse désormais celui du Louvre ou de l’Opéra de Paris, laissant loin derrière celui du Festival d’Avignon et rivalisant avec celui du Festival de Cannes. La propédeutique à l’imaginaire des arts, qui est essentielle, requiert du temps et des moyens, c’est du moins ce que ses ministres auraient pu rappeler au président s’ils avaient joué leur rôle.


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