El Anatsui, en majesté à la Conciergerie

Le 06 juillet 2021, par Virginie Chuimer-Layen

Invité de la Conciergerie pour une carte blanche, l’artiste ghanéen propose un parcours sensible, en harmonie avec le lieu et sa mémoire. Une œuvre tout en majesté et discrétion.

El Anatsui (né en 1944), En quête de liberté, détail de l’installation, 2020 (détail).
© Éric Sander - CMN

Née à l’initiative du Centre des monuments nationaux et en collaboration avec la galerie RX – qui défend l'artiste à Paris –, l’installation En quête de liberté d’El Anatsui, initialement annoncée pour décembre 2020 mais reportée pour cause de pandémie, investit la salle des Gens d’armes du palais de la Cité. Sous le commissariat de N’Goné Fall, commissaire générale de la Saison Africa 2020, cette intervention à la fois monumentale et minimaliste se déploie sur les 1 700 mètres carrés du réfectoire des officiers du Roi — créé au XIVe siècle —, avec des pièces emblématiques de son corpus et d’autres révélant une facette plus inattendue de son talent. Dans une atmosphère paisible, diffuse, presque silencieuse, deux grandes «rivières» en mouvement parcourent la salle dans toute sa longueur : deux vidéos de la Seine, projetées sur des toiles de parachute ondulant grâce à un système de ventilateurs et installées sur deux chemins de traverses en bois. «À la demande de l’artiste, qui n’a pu se déplacer, elles ont été réalisées à l’automne 2020 par l’équipe de production artistique Factum Arte de Madrid, avec le soutien d’October Gallery de Londres», explique Cécile Rives, administratrice des lieux. Les reflets du ciel, des arbres – dont les feuilles jaunies en cette saison voguent à la surface de l’eau – et les soubresauts du fleuve au passage des bateaux produisent un effet très poétique. De chaque côté de ces bras dont le dispositif fait aussi écho aux ogives des voûtes gothiques, quatre premières grandes résilles métalliques sont présentées dans l’âtre des cheminées. Les brillantes tonalités de ces mantilles réalisées dans son atelier de Nsukka, au Nigeria, à partir de capsules de bouteilles et de canettes de soda, jouent avec l’éclairage et les teintes minérales. Au fond du vaste réfectoire, deux pièces plus imposantes offrent un spectacle majestueux, en regard du lieu. Enfin, sur les côtés, cinquante fac-similés de roches sont autant d’invitations à s’asseoir et contempler, à son rythme, cette production méditative voire introspective qui convoque à la fois l’eau de la Seine, l’air soufflé par le vent, le feu de la lumière et des reflets, la terre (le bois, le minéral) et le métal. «L’eau peut également s’envisager comme la métaphore du temps qui passe et les sculptures, comme des portes de ce temps», ajoute Cécile Rives. Lion d’or à la Biennale de Venise en 2015, Praemium Imperiale en 2017, le sculpteur de 77 ans laisse toute liberté à chacun pour interpréter sa carte blanche et «refaire l’histoire». Toutefois, celle-ci parle indéniablement d’enfermement et de passage, à travers la Seine «capturée» in situ et la présence de ces peaux chatoyantes de métal récupéré. Au-delà de son aptitude à transcender la puissante architecture médiévale par son propos et sa plasticité délicate, cette intervention est intéressante à plus d’un titre. Sans effet d’overdose, elle entame une conversation intime avec le public et le monument, en en proposant une nouvelle lecture. Surtout, cette exposition personnelle est la première en France de l’artiste, dont Chantal Colleu-Dumond, directrice du domaine de Chaumont-sur-Loire, a eu la bonne idée d’inclure des œuvres dès 2015 dans son parcours pérenne. En 2021, on ressort de la Conciergerie rempli d’énergie et de sérénité.

«En quête de liberté : carte blanche à El Anatsui»,
Conciergerie, 2, boulevard du Palais, Paris 
Ier, tél. : 01 53 40 60 80.
Jusqu’au 14 novembre 2021.
www.paris-conciergerie.fr
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