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Édouard Lièvre modernité et exotisme

Le 11 janvier 2018, par Caroline Legrand

Au cœur de l’éclectisme, des styles néogothiques ou Louis XV, Édouard Lièvre s’est fait une place de choix grâce à ses créations japonisantes d’exception. Des meubles qui restent en mémoire.

Édouard Lièvre modernité et exotisme
Jardinière de la maison Barbedienne (1838-1955), attribuée à Édouard Lièvre (1828-1886), piètement tripode en bronze patiné et doré imitant le bambou, guéridon signé par le fondeur Ferdinand Barbedienne, h. 138, diam. 85 cm.
Estimation : 40 000/50 000 €

La vente après décès d’Édouard Lièvre organisée à l’Hôtel Drouot, du 21 au 24 mars 1887, vit défiler les personnalités les plus en vogue de l’époque, à l’image de Samuel Bing, de Pierre Manguin ou du banquier Simon Lazard : «On s’écrasait à la salle 8. Depuis longtemps, les amateurs de bel ameublement d’art n’ont pas eu l’occasion de voir paraître aux enchères un ensemble aussi remarquable que l’œuvre du maître regretté. Ses meubles feront époque comme ceux de ses célèbres devanciers des siècles passés». On ne s’y trompait pas. Les créations de cet artiste au talent rare figurent désormais parmi les plus célèbres de l’éclectisme qui vit le jour durant la seconde moitié du XIXe siècle. Redécouvert notamment grâce à la publication d’un article de Roberto Polo, «Édouard Lièvre, un créateur des arts décoratifs au XIXe», dans L’Estampille-L’Objet de l’art (n° 394, septembre 2004), l’homme était d’origine modeste, venu de Blâmont, en Meurthe-et-Moselle. Il travaille dans une fonderie nancéienne lorsqu’il se décide à rejoindre Paris pour tenter sa chance. Apprenant le métier d’aquarelliste auprès d’un artiste de sa région, Théodore Valerio, il commence par exécuter des portraits et des copies de tableaux de maîtres, tels Watteau ou Thomas Couture, avec lequel il collaborera. Cultivé et curieux, Lièvre s’est largement intéressé aux ornements de tous styles ; on lui doit les gravures des objets du Moyen Âge et de la Renaissance de la collection Sauvageot, recueil conservé au musée du Louvre, et il participe en 1870 à un ouvrage consacré aux Arts décoratifs à toutes les époques. Laissant bientôt libre cours à son imagination, poussé par le renouveau des arts décoratifs, il crée seul de nouveaux modèles de meubles et objets d’art, tout d’abord de style Renaissance, puis japonisants et chinoisants.
Bambou, tortues, dragons…
Inspiré par le goût ambiant pour l’exotisme et la redécouverte de l’art japonais, lors de l’Exposition universelle à Paris de 1867, Édouard Lièvre sera l’un des précurseurs en la matière. Parmi ses importants clients figurent le peintre Édouard Detaille et la grande Sarah Bernhardt. Il réalise pour eux des œuvres uniques, frappées de leurs initiales. S’il produit une partie de ses créations dans un petit atelier, dans lequel travaille également son frère Justin, il vend la majorité de ses dessins à de grandes maisons, comme Christofle, l’Escalier de cristal ou encore Barbedienne, à qui il fait appel pour les bronzes. C’est le cas de cette jardinière, créée vers 1880, montée sur un important piètement tripode au superbe décor imitant le bambou et largement habité d’animaux fantastiques et exotiques, tortues, dragons, chien de Fô, poissons et autres éléphants… Un univers à la fois symboliste et occulte, qui attise la curiosité de ses contemporains, tel Émile Zola, qui immortalisera le dessinateur dans son livre Nana au travers du personnage de Labordette, créateur du lit de la courtisane inspiré de celui de parade réalisé par lui vers 1875 pour la fameuse Valtesse de La Bigne, aujourd’hui au musée des Arts décoratifs de Paris. Un lit devenu célèbre à plusieurs titres… Quand elle donnait des fêtes, la demi-mondaine ouvrait à ses visiteurs la chambre de l’appartement que lui avait offert le prince de Sagan, boulevard Malesherbes, et se vantait de l’avoir payé quelque 50 000 francs…

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