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Edmond Sussfeld, un collectionneur séduit par la touche Signac

Publié le , par Sophie Reyssat
Vente le 18 novembre 2022 - 17:30 (CET) - Salle 9 - Hôtel Drouot - 75009

Une correspondance avec le peintre Paul Signac retrace l’acquisition de ce tableau, en 1924. Il sort de sa réserve quelque soixante ans après sa dernière exposition.

Paul Signac (1863-1935), Le Pilote de la Meuse, 1924, huile sur toile signée et datée,... Edmond Sussfeld, un collectionneur séduit par la touche Signac
Paul Signac (1863-1935), Le Pilote de la Meuse, 1924, huile sur toile signée et datée, 50 65 cm. 
Estimation : 800 000/1 200 000 €. Adjugé
1 884 800 €

Sélectionné par le Petit Palais comme l’une des œuvres les plus représentatives du travail de Paul Signac, lors de la rétrospective de 1934, un an avant sa mort, Le Pilote de la Meuse n’a pas été vu depuis sa dernière exposition au Salon du souvenir de Corot, à Viroflay, en 1965. Ce tableau prend le chemin des enchères presque cent ans après son acquisition par Edmond Sussfeld. Fuyant l’Alsace annexée par la Prusse, il s’installe à Paris où il devient un homme d’affaires prospère, multipliant les allers et retours vers New York pour son entreprise d’import-export. Homme avisé et esthète, il s’entoure d’œuvres d’art de son temps, comme des sculptures de François Pompon, et des tableaux de Pierre-Eugène Montézin et Léon Lhermitte. Il manque cependant un Signac à sa collection. En 1924, il écrit donc directement au peintre, afin de le rencontrer à son atelier pour acquérir l’une de ses œuvres. Celui-ci accepte, mais précise qu’il ne peut disposer que de ses aquarelles, toutes ses peintures étant réservées à ses marchands. Les deux hommes se rencontrent à de multiples reprises. Des trois tableaux sur lesquels travaille alors l’artiste, Sussfeld arrête son choix sur Le Pilote de la Meuse. Un lavis préparatoire a été retrouvé dans les archives, pour ce sujet hollandais assez rare dans le travail de Signac. Il s’agit sans doute d’un souvenir de ses séjours à Rotterdam, en 1895, mais surtout en 1905, à la suite desquels sept tableaux ont été exécutés. Dans cette composition construite par les orthogonales de l’horizon, des coques et des mâts, et les obliques des voiles, il anime la froide lumière du Nord avec une touche particulière, interprétant le ciel changeant et les brumes dissolvant les formes. Ce petit vapeur tirant un voilier battant pavillon néerlandais, par une belle éclaircie d’après-midi, est revenu au galeriste parisien Léon Marseille, auquel le collectionneur l’achètera quelques mois plus tard. Comme toute la correspondance relative à cette œuvre, sa facture de 4 500 francs (environ 4 300 € en valeur réactualisée) a été conservée. Quatre ans plus tard, Sussfeld écrira de nouveau à Signac pour lui signifier que Gaston Lévy, préparant le premier catalogue raisonné sur son travail, souhaite photographier le tableau. Le peintre a naturellement donné son accord. Caché pendant l’Occupation, et conservé dans la descendance d’Edmond Sussfeld, il a traversé les époques sans perdre son scintillement lumineux, qui confère une touche presque abstraite à ce paysage illustrant la passion de l’artiste pour la voile.

vendredi 18 novembre 2022 - 17:30 (CET) - Live
Salle 9 - Hôtel Drouot - 75009
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