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Du thé à l’américaine

Publié le , par Xavier Narbaïts et Agathe Albi-Gervy

Il lui en a coûté 15 £, dans une brocante des Midlands. Elle vient d’être adjugée 575 000 £, au Metropolitan Museum of Art de New York. Le vendeur de la théière, qui fait la une des médias britanniques et américains depuis sa vente du 20 février, peut se satisfaire de sa trouvaille. Lorsqu’il l’a confiée à Woolley & Wallis,...

Attribuée à John Bartlam (actif dans la seconde moitié du XVIIIe siècle à Cain Hoy,... Du thé à l’américaine
Attribuée à John Bartlam (actif dans la seconde moitié du XVIIIe siècle à Cain Hoy, Caroline du Sud), théière en porcelaine, vers 1765-1769, peinte sous couverte, h. 17,5 cm.
Adjugé : 575 000 £

Il lui en a coûté 15 £, dans une brocante des Midlands. Elle vient d’être adjugée 575 000 £, au Metropolitan Museum of Art de New York. Le vendeur de la théière, qui fait la une des médias britanniques et américains depuis sa vente du 20 février, peut se satisfaire de sa trouvaille. Lorsqu’il l’a confiée à Woolley & Wallis, il ne connaissait rien de sa valeur ni de son histoire. Il a fallu des examens approfondis pour confirmer l’intuition de Clare Durham, leur spécialiste Céramique et Verre : il s’agit bel et bien d’une porcelaine issue, dans les années 1765-1769, de l’atelier de John Bartlam, le plus ancien des États-Unis (voir Gazette n° 7 du 16 février, page 106). On sait peu de choses de ce potier anglais avant son arrivée sur le sol américain vers 1763. Établi deux ans plus tard à Cain Hoy, en Caroline du Sud  une région riche et située sur l’axe marchand du kaolin des Cherokee , il met au point une porcelaine capable de rivaliser avec les importations des potiers britanniques. Si des fouilles menées en 1991-1992 sur le site de Cain Hoy ont révélé des milliers de tessons, et si les quinze années d’études qui s’ensuivirent ont permis d’attribuer à John Bartlam la paternité de la porcelaine à pâte tendre aux États-Unis, seules six de ses créations étaient connues jusqu’ici. Elles sont toutes conservées aux États-Unis. Il s’agit de quatre bols vendus de gré à gré, à New York en 2002  l’un d’eux a été par la suite adjugé aux enchères, en 2013, pour la somme de 146 500 $ , ainsi que deux saucières. Cette modeste théière, au couvercle manquant et portant des traces de restauration sur son anse, est ainsi la plus ancienne théière en porcelaine américaine connue à ce jour. Un objet historique que le marchand londonien Rod Jellicoe, enchérisseur au nom du Metropolitan Museum, a disputé avec un collectionneur américain tenace. Vingt-trois fois son estimation haute de 20 000 £… Un chiffre qui montre à quel point les Américains ont refusé d’abandonner ce qu’ils considèrent comme un pan de leur patrimoine, aux mains des Britanniques.

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