Du maillet au club, qui a inventé le golf, réponse par le livre…

Le 25 mars 2021, par Bertrand Galimard Flavigny

Le golf compte aujourd’hui plus de 80 millions d’adeptes. Ceux-là se demandent toujours qui a inventé ce jeu ? Les Écossais, les Hollandais ou les Montpelliérains ? 

Attribué à Joseph Lauthier, Nouvelles règles pour le jeu de mail. Tant sur la manière d’y bien joüer, que pour décider les divers évenemens qui peuvent arriver à ce jeu, Paris, Charles Huguier et André Cailleau, 1717, in-12, relié en veau jaspé, dos à cinq nerfs orné, étui moderne, illustrations (4) sur cuivre, Paris Drouot, le 3 février 2021. Baron Ribeyre & Associés OVV. M. Lhermitte.
Adjugé : 3 840 

Dans un livre d’heures daté de 1540, conservé à la British Library de Londres, la page du calendrier pour le mois de septembre figure des personnages qui pourraient bien jouer au golf. C’est la raison pour laquelle ce manuscrit est appelé Le Livre du golf. Au milieu du XVIe siècle, on connaissait déjà ce jeu de bâton consistant à pousser une balle vers une pierre, un piquet ou un trou. Nous ignorons quelle était la position adoptée par les joueurs afin de mieux la lancer. Nous pourrions nous référer à Mary Stuart, qui était une adepte. Elle se fit d’ailleurs réprimander, car elle fut surprise à jouer en 1568, juste après l’assassinat de son second mari et cousin Henry Stuart, dit lord Damley (1545-1567). Les tableaux qui la représentent club à la main sont tardifs et ne nous renseignent pas. Il est une image, en revanche, qui se rapproche de celle du golfeur contemporain : les bras levés tenant fermement son club, l’épaule sous le menton et le corps tourné. Le joueur en question est coiffé d’un tricorne, emperruqué, vêtu comme dans un salon, s’apprêtant à frapper une balle, à l’aide, non pas d’un club, mais d’un maillet. Cette illustration orne l’ouvrage que l’on attribue à Joseph Lauthier, Nouvelles règles pour le jeu de mail. Tant sur la manière d’y bien jouer que pour décider les divers évenemens qui peuvent arriver à ce jeu (Paris, Charles Huguier et André Cailleau, 1717, in-12), dont un exemplaire relié en veau jaspé, dans un étui moderne, a été adjugé 3 840 €, à Drouot, le 3 février 2021 par Baron Ribeyre & Associés. Cette édition originale, illustrée par quatre planches sur cuivre, porte un ex-libris de la bibliothèque des comtes de Macclesfield, titre créé en 1679 et en 1721. Cet ouvrage semble être, selon les recherches de l’expert Emmanuel Lhermitte, le premier livre imprimé sur ce sujet. Ici, le jeu du mail est présenté comme l’ancêtre du golf et du croquet.

L’Honourable Company of Edinburgh Golfers rédigea en 1744 une dizaine de règles du jeu

Le «colf» ou le «mail» ?
Une assertion qui bat en brèche toutes les histoires présentant l’origine du golf comme étant écossaise, ce qui n’est pas si simple. On rapporte généralement que le golf est né sur les dunes de sable entourant St Andrews, dans le centre de l’Écosse. Pour preuve, la première mention faite de ce jeu date de 1457. Jacques II (1430-1460) en interdit la pratique, car il empêche ses sujets de s’entraîner au tir à l’arc. «Le golf vient de chez nous», contredisent les Hollandais. En 1297, à Loenen aan de Vecht, on pratiqua, au cours d’une fête, un jeu nommé «colf», au cours duquel les participants devaient frapper une balle et l’envoyer vers un point précis. Il semblerait donc, en réalité, que ce furent les marins hollandais qui amenèrent le golf sur la côte est de l’Écosse. La première évocation d’un parcours est datée de 1483, à Haarlem, aux Pays-Bas, avec une tonte d’herbe dans des prés. C’était méconnaître les Montpelliérains. Ceux-ci soutiennent que leur jeu local, le mail, du nom du maillet, était bien antérieur au golf. On y jouait déjà en 1416, Henri II en raffolait comme Louis XIV. Ils affirment, sans donner de date, que le golf fut d’abord exporté en Écosse, puis en Angleterre au XVIIe siècle sous le nom de «pall-mail». On dit encore que l’Honourable Company of Edinburgh Golfers rédigea en 1744 une dizaine de règles du jeu, mais c’est dix années plus tard que le premier réglement officiel fut mis au point par le Royal and Ancient Golf Club of St Andrews, qui édicta au total treize principes à respecter. Alors, quid de Montpellier, de l’Écosse ou de la Hollande ? La bibliographie pourrait départager les protagonistes. Ouvrons les Divertissemens innocens, contenant les règles du jeu echets, du billard, de la paume, du palle-mail et du trictrac (La Haye, A. Moetjens, 1696, in-12), orné d’un frontispice à l’eau-forte par Adrian Schoonbeck (1651-1705), dont un exemplaire a été vendu 450 €, le 16 mars 2015 par la maison Alde. Lisons encore The Goff : an heroi-comical poem, in three cantos (Edinburgh : J. Cochran and Company, 1743), considéré comme le premier ouvrage consacré entièrement au golf et composé par l’avocat Thomas Mathison. Ce récit raconte l’histoire d’un match sur Leith Links entre deux jeunes golfeurs passionnés d’Édimbourg. Mais les Montpelliérains n’avaient pas écrit leur dernier mot. En 1772, un certain J. Sudre fit paraître un traité complémentaire : Le Noble jeu de mail de la ville de Montpellier, Avec ses règlements (Montpellier, Jean Martel Aîné, 1772. In-8°), dont un exemplaire relié en maroquin rouge orné de dentelle aux petits fers sur les plats avec oiseaux, fleurs, branches, rocailles, illustré d’une planche explicative dépliante en couleurs, a été vendu 3 840 €, également le 3 février 2021. Cette édition, inconnue des bibliographes, a été rééditée en 1822 et les golfeurs la connaissent davantage. Un exemplaire a trouvé preneur à 1 024 €, encore le 3 février 2021. Depuis ces périodes pionnières, le nombre des ouvrages consacrés au golf, vous l’aurez observé, s’est notablement démultiplié !

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