facebook
Gazette Drouot logo print

Du grand art en miniature

Le 19 juillet 2018, par Philippe Dufour

Avec ce paysage aux mille nuances, la micromosaïque livre l’un de ses petits chefs-d’œuvre. Et comme la scène orne une boîte en or réalisée par l’un des meilleurs orfèvres de l’Empire, on peut espérer un joli score lors de son passage à Morlaix.

Du grand art en miniature
Boîte ronde en or guilloché, micromosaïque et émail, orfèvre Léger-Fortuné-Alexandre Ricart, fin XVIIIe ou premier tiers du XIXe siècle, poinçon une tête d’animal surmontée du chiffre «3», diam. 7, h. 2 cm.
Estimation 30 000/35 000 €


C’est le fruit d’un mariage heureux entre l’orfèvrerie parisienne la plus sophistiquée et l’art de la micromosaïque à l’italienne… Cette boîte ronde en or arbore un décor de festons et rosaces rehaussé de fleurons, tandis que le fond et le montant sont ornés d’un guillochage à motif de cercles concentriques espacés de quartefeuilles. Elle sert aussi de support à un délicat paysage avec cascade et pêcheurs, composé de minuscules tesselles. L’objet d’exception porte un poinçon à tête d’animal surmontée du chiffre «3», qui indique son auteur : Léger-Fortuné-Alexandre Ricart. Œuvrant à Paris – il dépose son insculpation en 1808 – l’orfèvre fut l’un des fournisseurs attitrés de la cour impériale. Façonnées de sa main experte, plusieurs boîtes ont été proposées aux enchères en France et à l’étranger, dont le plus bel exemplaire demeure une tabatière en or (Paris 1809-1815) au chiffre de Napoléon Ier, adjugée 247 500 € par Christie’s à Paris le 29 novembre 2017. Portant sa marque également, une tabatière en or de plusieurs tons, décorée d’un portrait de l’impératrice Joséphine par Daniel Saint, occupait les vitrines du Metropolitan Museum de New York en 1978 (à l’époque, collection Calvin Bullock), lors de l’exposition «Les arts sous Napoléon». Mais revenons à notre boîte, qui se révèle d’une qualité exceptionnelle tant par la finesse de son guillochage que par celle de sa scène mosaïquée, probablement un travail de la fin du XVIIIe siècle.
La micromosaïque, une spécialité romaine
La scène lacustre reprend un thème alors très en vogue, notamment magnifié par le pinceau de Joseph Vernet. Son auteur, virtuose de la micromosaïque, a su reproduire les nuances de coloris d’une véritable peinture, donnant ainsi de la profondeur à la composition. Cette technique minutieuse aurait vu le jour à Rome, dans le deuxième quart de ce même siècle, dans les ateliers du Vatican ; elle puise son inspiration dans la faune et la flore, avant de goûter aux délices du néoclassicisme. Un art qui est basé sur l’utilisation de tesselles d’un ou deux millimètres de côté, fabriquées à partir de baguettes d’émail réduites à la chaleur d’une flamme en fils minces (smalti filati). Le Saint-Siège contribue à la promotion de ces objets en les offrant à des personnages de haut rang à travers toute l’Europe ; dans le même temps, les jeunes aristocrates qui effectuent leur «grand tour» dans la Ville éternelle les recherchent pour en faire présent à leur famille, restée en France ou en Angleterre. En 1813, le comte Camille de Tournon, préfet du département de Rome et du Latium, peut ainsi écrire que «plus de cent artistes de la région vivent de cette production» ; pendant que d’autres villes italiennes s’en emparent, comme Venise… La mode est telle, qu’on en fait même des bijoux que les élégantes s’arrachent, à l’instar de Marie-Louise, qui commande en 1811 au joaillier François-Régnault Nitot une parure en or et micromosaïque. Sous l’Empire et la Restauration, se développe la thématique des vues de Rome et de ses environs, célébrant tout particulièrement les ruines antiques.

tableaux anciens et modernes, mobilier et objets d'art, argenterie, bijoux, art d'Asie
lundi 06 août 2018 - 14:30 (CEST) - Live
37, rue de Paris - 29600 Morlaix
Dupont & Associés
Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne