Drouot et le Louvre partenaires dans la recherche de provenance

Le 18 mars 2021, par Vincent Noce

Alexandre Giquello a signé une convention avec le musée du Louvre pour l’ouverture des archives de Drouot et la création d’un prix à destiné à un jeune chercheur.

Nombre de catalogues de ventes conservés à Drouot Documentation 1910 à 1970 (ventes à Paris uniquement : Drouot, Galerie Charpentier, Palais Galliera…)

Le 10 mars, à l’auditorium du Louvre, Alexandre Giquello, président de Drouot Patrimoine, a annoncé la signature d’une convention permettant aux responsables du musée travaillant sur les provenances d’accéder aux archives de la maison. Elle prévoit aussi un prix Louvre-Drouot à décerner au travail d’un jeune chercheur travaillant sur la période de l’Occupation, tout en ouvrant la possibilité de projets communs de recherche, de formation, de séminaire ou de publication. Cette annonce a été le point d’orgue d’une visioconférence, suivie par 3 500 personnes (dont la Gazette reparlera), au cours de laquelle les départements du Louvre ont présenté à la demande de Jean-Luc Martinez, président-directeur de l’établissement public, un premier bilan de leurs investigations sur les acquisitions de 1933 à 1945.
Collections en ligne
Le 22 mars, le musée doit mettre en ligne l’intégralité de ses collections, soit 480 000 fiches, qui devraient commencer à signaler les cas problématiques mis au jour grâce à ces travaux. «Les archives de Drouot, explique la documentaliste de l’Hôtel des ventes Laurence Mille, sont constituées à 98 % de catalogues des commissaires-priseurs.» Les procès-verbaux des ventes publiques sont déposés aux Archives de Paris et les catalogues à la Bibliothèque nationale en vertu du dépôt légal. «Mais une bonne partie des catalogues conservés à Drouot, poursuit Laurence Mille, présente la particularité d’avoir été annotés par les études.» Ces inscriptions indiquent le montant de l’adjudication, mais elles peuvent aussi contenir la précieuse mention des acquéreurs, voire des indications complémentaires comme les préemptions exercées par les musées. Installée dans de nouveaux équipements à l’hôtel des ventes depuis une quinzaine d’années, la documentation de Drouot n’est pas accessible au public. Ce partenariat est né de la rencontre, en 2019, d’Emmanuelle Polack, chargée depuis de la recherche de provenance au Louvre, et d’Alexandre Giquello, lors de l’organisation de l’exposition consacrée au marché de l’art sous l’Occupation au Mémorial de la Shoah, dirigée par l’historienne. «Il ne faut rien cacher», a lancé Alexandre Giquello, avouant combien il avait été surpris de constater la montée «fulgurante» des ventes publiques à Drouot à cette époque.
Ne pas oublier
Le nombre de catalogues conservés a pratiquement décuplé de 1939 à 1941, passant de 37 à 351, pour atteindre un sommet en 1942 (516) et 1943 (505) avant une chute libre. «Il faudra attendre les années 1970 et 1980 pour retrouver ce niveau», s’est exclamé le président de Drouot Patrimoine, rappelant qu’«à l’époque, les catalogues étaient réservés aux ventes les plus prestigieuses». «Il ne faut pas oublier, a-t-il ajouté, les salles pleines de machines à coudre et de matériel de couturier à vendre, tout comme ces affiches qui glacent le sang, interdisant l’entrée des Juifs dans les salles.» «À l’évidence, sous l’Occupation, des commissaires-priseurs se sont enrichis», a-t-il reconnu, mais, à l’instar du président du Louvre, il a appelé les chercheurs à «faire œuvre d’historien, sans se livrer à un jugement moral» et à prendre en compte la complexité des situations et des personnalités qui ont continué à travailler «dans cette période très trouble». Mentionnant au passage la disparition des archives de l’épuration de la chambre de la Seine, il a lancé : «Cette confrontation, nous la devons à l’Histoire mais également à ses victimes.»

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