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Drawing Now entretient sa forme

Publié le , par Céline Piettre

«Ne pas s’endormir sur ses lauriers.» Telle pourrait être la devise de Drawing Now, et de ses 72 galeries, à l’occasion d’une édition en partie remaniée. L’objectif : présenter au mieux les dernières tendances du dessin contemporain.

Art Spiegelman (né en 1948), Lead Pipe Sunday, 1990, crayon de couleur et feutre... Drawing Now entretient sa forme
Art Spiegelman (né en 1948), Lead Pipe Sunday, 1990, crayon de couleur et feutre sur papier, 77 x 57 cm.
COURTESY GALERIE MARTEL


Essoufflé Drawing Now ? «Absolument pas. L’énergie est toujours là», nous répond Carine Tissot, la directrice de ce (plus si) jeune salon parisien. À l’heure de sa 12e édition, il s’offre une remise en forme en réorganisant ses allées. Deux nouveaux secteurs, Insight et Process, prennent place au sous-sol du Carreau du Temple, autrefois réservé aux artistes émergents. Ils viennent s’ajouter à la section générale et au parcours Master Now lequel donne une visibilité, au sein d’une dizaine de stands, à des pièces historiques, signées cette année Johann Korec, Juan Miró ou Richard Long. Si Insight a vocation à faire découvrir des artistes moins connus en France ou au parcours singulier comme chez Paris Beijing, la Chinoise Bingfeng Shao, qui a commencé à dessiner à l’âge de 60 ans , Process accueillera des formats plus expérimentaux. «L’idée est de mettre en avant des artistes s’inscrivant dans le champ du médium par des voies un peu détournées», précise Carine Tissot. Comme Alain Josseau (Claire Gastaud), qui construit ses dessins à partir d’images de films. L’amélioration de la grille de lecture des espaces est le principal argument avancé par la direction pour justifier un tel lifting. Une équipe de médiation viendra ainsi soutenir ce désir de clarté. L’année dernière, nous dit-on, un galeriste étranger avait fait chou blanc avec une proposition pourtant pertinente, mais vraisemblablement mal comprise par les visiteurs… L’équipe de Drawing Now revendique depuis longtemps cette importance des échanges. Fondée par la mère, Christine Phal, et dirigée par la fille, Carine, l’affaire familiale n’hésite pas à mélanger les genres quand il s’agit de business. En témoigne le Drawing Hotel, inauguré en 2017, rue Richelieu, qui offre à ses clients la possibilité d’admirer les œuvres de la collection d’entreprise et de visiter des expositions au sous-sol. Pas question non plus de nier la dimension marketing de ce remaniement. «Un salon, de médium d’autant plus, se doit de se renouveler et d’innover.» Encore faudra-t-il en rôder la mécanique. Candidate pour le secteur général, Modulab, de Metz, se voit finalement proposer un stand dans Process, avec des œuvres pourtant «classiques». «Nous allons en profiter pour créer un dispositif de monstration spécifique, qui reprend le principe de la réserve», explique la galeriste Aurélie Amiot. Car il est difficile de faire la fine bouche : à Drawing Now, les ventes, avec une moyenne de 5 000 € par pièce, sont presque toujours au rendez-vous, comme nous le confirme la galerie Martel, consacrée à la BD. Le 9e art est d’ailleurs l’invité de cette édition, célébré à travers une exposition qui en explore les affinités avec l’art contemporain, sous le commissariat du directeur artistique Philippe Piguet et en partenariat avec la Cité de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême.
Territoires diversifiés
Si Drawing Now parle couramment anglais son nom de baptême lui a d’ailleurs valu quelques critiques acerbes de la part des défenseurs de la langue française , son rayonnement international connaît des limites. Bien implantée en Europe de l’Est et en Europe centrale, la foire se heurte à la barrière atlantique, que tend à dépasser un partenariat de longue date avec le Drawing Center de New York. Nouvelle formule, nouveaux objectifs… Le relooking passera donc par une ouverture «à des territoires plus diversifiés», ainsi que l’annonce Joana P.R. Neves, nommée à cet effet directrice artistique pour l’international. La jeune critique d’art d’origine portugaise, qui réside aujourd’hui à Londres après avoir codirigé la galerie Chantal Crousel à Paris, fera office de porte-parole du salon à l’étranger. «Je suis actuellement à New York dans ce but même !», nous confie-t-elle lors d’un échange de mails. «Il ne s’agit pas de se lancer dans une prospection débridée, ni de conquérir un marché spécifique (anglo-saxon en l’occurrence) qui n’a peut-être pas besoin de nous, mais plutôt d’importer d’autres réseaux ainsi que d’autres conceptions du dessin.» Une volonté qui se concrétise dans les faits par la première participation de la galerie new-yorkaise Catinca Tabacaru, et de la portugaise Filomena Soares une enseigne «de très haut niveau» qui vient rejoindre sa compatriote Baginski. Au-delà des exposants étrangers eux-mêmes (dont la proportion s’élève à 39 %), le salon pourra compter cette année sur la venue du conservateur en chef du musée national de Prague Adam Budak, nouveau membre du comité de sélection, et de Michelle White de la Menil Foundation (Houston), qui ouvre bientôt un institut de dessin. La conservatrice participera à un «talk» aux côtés de Kate MacFarlane, du Drawing Room de Londres, et de Brett Littman, directeur du Drawing Center. Mais trouver sa place sur la scène mondiale n’est pas seulement une question de réseau. D’après Joana Neves, «il est indispensable de proposer de vrais espaces de découverte». C’est ce nouveau regard que le salon désire insuffler avec Insight et Process. «Les foires se doivent d’accompagner, voire de provoquer parfois, ces changements de perspective». À savoir : s’ouvrir à l’art non occidental, aux contre-cultures, à l’expérimentation… Une sacrée gymnastique.

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