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District 13, une institution déjà

Publié le , par Stéphanie Pioda
Vente le 29 septembre 2019 - 16:00 (CEST) - Salle 9 - Hôtel Drouot - 75009

La District 13 International Art Fair revient à Drouot avec une sélection pointue de galeries internationales, s’inscrivant ainsi comme un solide maillon d’une chaîne structurant le marché du street art à Paris.

Futura, Sans titre, 2017, aérosol et acrylique sur toile, 228 x 142 cm (détail),... District 13, une institution déjà
Futura, Sans titre, 2017, aérosol et acrylique sur toile, 228 x 142 cm (détail), Galerie At Down.

Après plus de quarante ans d’existence, qu’est devenu le street art ? Que mettre aujourd’hui derrière cette appellation générique ? Certes, on parle de plus en plus d’«art urbain», pointant par là un glissement de vocabulaire nécessaire pour couvrir une réalité plurielle, et la difficulté de considérer un mouvement pur et dur tel que le définissaient les «-ismes» structurant l’histoire de l’art et tel qu’on l’entendait avec les avant-gardes du XXe siècle. Les auteurs du «Que sais-je ?» sur l’art urbain, publié en juin dernier (éditions  PUF), soulignent dès l’introduction cette «difficulté à cerner avec précision les contours de l’art urbain. Entre pratiques contextuelles et conceptuelles, graffitis, pochoirs d’inspiration punk rock, collages, muralisme, détournements publicitaires, ‘’artivisme’’ et ‘’hacktivisme’’, il se révèle beaucoup trop hétérogène pour qu’on puisse véritablement parler de mouvement»… Il s’agit en tout cas d’un moyen d’expression qui s’est répandu au niveau international mais restant très ouvert, comme le précise de son côté Erica Berkowitz de la Haven Gallery (Northport) : «Nos artistes ne tombent pas dans une catégorie ou un genre, car ils s’inspirent d’une multitude de subcultures, où se mêlent les influences de l’histoire de l’art et des cultures populaires.» Ce qu’illustre parfaitement l’œuvre de Zoé Byland. Girl and Bird out of Focus (3 500 €), image inspirée par l’histoire de la photographie, qui «joue avec la dualité entre le noir et la lumière dans une peinture monochrome, le flou et la mise au point, la bombe et l’acrylique» (street art versus beaux-arts). Il est important de se poser la question de cette dénomination vague de «street art» pour comprendre le positionnement d’une foire comme District 13, qui est en rupture avec les clichés éculés et souhaite dresser un portrait large de l’art urbain à l’échelle internationale. Le dénominateur principal fédère les expressions de la rue (Etnik chez GCA Gallery, Paris ; Sabek ou Mario Mankey à la Swinton Gallery, Madrid), mais certains revendiquent un décalage, comme Julio Anaya Cabanding (galerie Plastic Murs, Valence) qui investit des lieux abandonnés avec des peintures dans la pure tradition classique, tandis que d’autres s’inscrivent dans une veine plus pop (Ben Frost à la Fusion Gallery, Los Angeles) ou Pop Surrealism (Miss Van, Bruno Pontiroli ou Peca à la Fousion Gallery, Barcelone)...
Subcultures sans frontières
Ce qui différencie également District 13 des autres foires, c’est «sa force de frappe», s’enthousiasme Geoffroy Jossaume (GCA, Paris), avec à sa tête Mehdi Ben Cheikh, directeur également de la galerie Itinerrance. Celui-ci a pu mobiliser l’incontournable Shepard Fairey dès la première édition  auteur aujourd’hui de l’affiche de la foire, une sérigraphie numérotée vendue sur place et qui sera le premier prix du concours instagram #StreetandYou , et seront cette année présents aux conférences D*Face (qui signera également une monographie aux éditions Albin Michel) et Mono Gonzalez, le père du street art chilien. La sélection est très serrée, avec seulement vingt-six galeries choisies, «les plus importantes de l’art urbain et de ses subcultures», précise Mehdi Ben Cheikh, brisant les frontières géographiques pour couvrir dix pays. Ainsi, les galeries françaises et américaines côtoieront celles venues du Chili, de Tunisie, d’Italie, de Belgique, du Royaume-Uni et d’Espagne. Neuf sont des nouvelles venues (dont Haven Gallery, Bahia Utópica...), convaincues pour certaines par la première édition, par la sélection, la programmation, le lieu.

 

3 questions à
Alexandra Mazzanti
Directrice de la Dorothy Circus Gallery (Rome et Londres)

 
 
Photo Chiara Kurtovic
 

Comment s’est passée votre première participation à la foire, en 2018 ?
En tant que galerie d’art établie, active depuis environ douze ans, nous avons déjà beaucoup de clients en France. Nous avions été invités à participer à District 13, et nous pensions que rejoindre une jeune foire réunissant des galeries internationales dans le contexte de l’hôtel des ventes de Drouot était un pari gagnant. Par ailleurs, des artistes représentés par la galerie, comme Ron English, étaient déjà passés en vente à Drouot les années précédentes. En participant à cette deuxième édition, nous pouvons confirmer que la foire s’est avérée un bon investissement en termes de promotion et de ventes.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’art urbain ?
Le street art a opéré sa révolution à travers le monde ces dix dernières années, et il a contaminé toutes sortes de productions artistiques pour devenir un langage international. Je choisis des artistes qui parlent de la vie moderne et véhiculent un message d’espoir pour la société. Il y a également un changement dans le profil des collectionneurs, qui commencent de plus en plus jeunes à investir dans cette expression et à soutenir les artistes de cette génération.

Pourriez-vous donner quelques exemples d’évolution de la cote d’artistes que vous représentez ?
Beaucoup ont fait l’objet d’une croissance exponentielle, en particulier dans le monde du Pop Surrealism, un mouvement qui était au départ identifié comme une niche et décrié par les critiques d’art. Pointons un artiste comme Mark Ryden, considéré comme le fondateur du mouvement, dont les œuvres sont passées de 10 000/20 000 € à 250 000 € ; de même, pour Marion Peck, le prix des œuvres a été multiplié au moins par dix en une décennie. Ensuite, des artistes comme Ron English ou Seth, qui se sont démarqués par une imagerie personnelle et un langage visuel propre, ont beaucoup de succès. La totalité des œuvres des dernières expositions de Seth, Millo, Javier Calleja, Hikari Shimoda et Kazuki Takamatsu a été à chaque fois vendue, ce qui a bien évidemment une incidence sur l’évolution de la cote…

Le Chili et Montpellier
Ainsi s’offre l’occasion de réelles découvertes pour le public français, notamment avec des artistes qui exposent pour la première fois à Paris, comme Sonac (galerie Mazel, Bruxelles), ou autour de la très dynamique scène chilienne. «Valparaiso est une ville devenue un spot incontournable du street art au niveau mondial, dont est originaire INTI par exemple, tout comme Juan Brito, que nous présentons à la foire (entre 2 000 et 4 000 €) et qui vit en Norvège depuis plus de vingt ans», nous apprend Bertrand Coustou, codirecteur de Bahia Utópica (Valparaiso). Sa sélection comporte également des œuvres de Un Kolor Distinto (de 200 à 500 €), signature d’un couple travaillant ensemble depuis quinze ans, au style surréaliste mêlant les thèmes de l’amour, du couple, de la musique, de la nature, de l’écologie et des sujets de société». Un ouvrage vient de paraître sur ce duo qui a réalisé la plus grande fresque du Chili. Jennifer Rizzo, de Hashimoto Contemporary (New York, San Francisco), est très «enthousiaste de présenter un solo show de Penny, artiste plébiscité aux États-Unis, à un nouveau public. Les spectateurs sont tout de suite touchés par la complexité de son travail, et ceux qui ne sont pas familiers sont toujours bluffés d’apprendre qu’il travaille au pochoir» ! Mais des artistes historiques seront de la partie, tel Futura sur le stand de la galerie At Down (Montpellier), qui est également fière de présenter, pour la première fois, une collaboration d’Atlas et Nasty, «deux artistes majeurs de la culture graffiti», proclame Nicolas Pinelli (City Kingz Fotmat, 4 300 €). «Ils font partie de la génération qui a vu naître et se développer le graffiti en France dans les années 1980. Après plus de vingt ans d’activisme dans la rue et un travail d’atelier conséquent, ils collaborent ensemble pour la première fois sur toile.»

 
Shepard Fairey (né en 1970), Knowledge + Action, 2019, matrice de pochoir, pochoir de peinture aérosol et collage de papier sur papier signé et daté en bas au milieu, pièce unique, 50,8 x 65,4 cm (détail). Estimation : 12 000/18 000 €, vente aux enchères District 13, salle 9 - Drouot-Richelieu, dimanche 29 septembre, à 16 h.
 

Le long terme
D’autres galeries reviennent avec les mêmes artistes que l’année dernière, une façon de promouvoir sur le long terme, comme l’explique Adeline Jeudy (galerie LJ, Paris) : «Swoon est l’artiste principale que nous avons bien vendue, essentiellement des pièces pas trop grandes, à moins de 6 000 €. Andrew Schoultz reste en revanche encore un inconnu pour beaucoup à Paris, mais nous travaillons dur à faire mieux connaître son travail ! D’où la nécessité de le montrer à nouveau cette année, d’autant qu’il aura un solo show à la galerie en octobre, pendant la FIAC, et bientôt un mur dans le programme de peintures murales Boulevard 13, dans le XIIIe arrondissement.» District 13, installée au cœur de la marketplace qu’est Drouot, participe d’un maillage dessinant le marché à Paris et tous les acteurs de l’art s’y retrouvent ; une vente aux enchères clôturera l’événement, prolongeant le lien entre les deux partenaires (JoneOne, Levallet, Shepard Fairey, Rero... estimations de 600 à 18 000 €). Les organisateurs ont à cœur de renforcer l’attractivité de Paris et de revendiquer la ville comme épicentre du marché du street art. La machine est en marche !

À voir
District 13 – International Art Fair,
Hôtel Drouot 9, rue Drouot, Paris IXe.
Du mercredi 25 au dimanche 29 septembre 2019.
www.district13artfair.com
dimanche 29 septembre 2019 - 16:00 (CEST) - Live
Salle 9 - Hôtel Drouot - 75009
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