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District 13, la jeune foire de street art qui a tout d’une grande

Le 04 janvier 2022, par Stéphanie Pioda

Alors que les deux précédentes éditions de la foire de street art ont été annulées, voici la troisième édition de District 13, plutôt franco-française cette année, qui confirme le mariage réussi entre le street art et Drouot.

District 13, la jeune foire de street art qui a tout d’une grande
Lobsang Durney (né en 1976), Parafito, 2021, acrylique sur toile, 81 x 65 cm (détail). Galerie Bahia Utópica, Valparaiso.

Si l’annonce de la création d’une foire d’art urbain dans l’hôtel des ventes avait surpris lors de sa création, en 2018, il faut bien avouer que la formule a fait ses preuves et que les galeries participantes y ont pris goût : « Les conditions à Drouot sont optimales – avec toute la logistique, les éclairages, les espaces de stockage, les ascenseurs —, et on y rencontre des collectionneurs que l’on ne croise pas dans d’autres foires comme l’Urban Art Fair au Carreau du Temple », détaille Édouard Mazel (Bruxelles). « Temple de l’art ancien et classique, mais aussi du second marché » pour Virginie Barrou Planquart (Val d’Oise), la maison bénéficie d’un certain prestige en tant que « plus ancien lieu de vente aux enchères au monde », pointe Claude Kunetz, de la galerie Wallworks qui rejoint pour la première fois les vingt-quatre exposants du cru 2022 avec de nouvelles pièces d’Hendrik Czakainski (entre 7 000 et 15 000 €). Ce « centre névralgique du marché de l’art sur la place de Paris, complète Mehdi Ben Cheikh, organisateur de la foire et directeur de la galerie Itinerrance, attire des collectionneurs plutôt habitués à l’art contemporain et qui s’ouvrent au street art». C’est en partie ce qui a convaincu Loup Trentin-Bosquet, de la galerie nîmoise Corps et Âmes, mais aussi Virginie Barrou Planquart ; laquelle saisit l’événement comme une occasion de se recentrer sur le marché parisien dans un contexte sanitaire mondial inquiétant, alors qu’elle enchaînait jusque-là les foires à l’international, entre Hong Kong, New York, Miami, Londres et – nouveauté en novembre dernier – Hambourg.
 

Lucas Ribeyron (né en 1988), UV028, 2019, Technique mixte (impression jet d’encre, acrylique et pastel sur papier), 70 x 100 cm. Galerie T
Lucas Ribeyron (né en 1988), UV028, 2019, Technique mixte (impression jet d’encre, acrylique et pastel sur papier), 70 x 100 cm. Galerie Taglialatella, Paris.

De nouvelles enseignes
La liste des participants traduit cette contraction géographique et un recentrage sur une édition plutôt franco-française, avec un taux de renouvellement très élevé, pointant quatorze nouveaux venus. Les incertitudes liées à la pandémie ont eu raison des galeries d’Amérique du Nord, mais, « même s’il a été plus difficile de venir et d’apporter des œuvres du Chili », comme le souligne Bertrand Coustou fondateur de la galerie Bahia Utópica avec son épouse Nancy Arancibia à Valparaiso – spot international de street art dont est originaire Inti –, lui n’a rien annulé. L’enjeu est de taille face aux nombreux salons qui ont jeté l’éponge, comme il le déplore. Notons la présence de deux galeries tunisiennes, la toute jeune Central, créée en 2018, et Yosr Ben Ammar, la londonienne Graffik Gallery – spécialiste de l’œuvre de Banksy – ou la polonaise Brain Damage, la seule de ce pays à se consacrer à l’écriture graffiti et à son évolution, et qui, avant de devenir galerie, a débuté l’aventure par la publication d’un magazine (comme c’est le cas pour Graffiti art magazine en France). Même si le nombre de pays représentés s’est réduit comme peau de chagrin, on sait bien que le terrain de jeu des artistes urbains est international, entre les festivals, les murs à travers le monde qu’ils investissent et les trajectoires, à l’image de Franck Noto, alias Zest, à la galerie At Down. Retenu dans la sélection de Private Choice en octobre 2021 pendant la semaine de la Fiac, « il revient de Dubaï, a peint des fresques dans le monde entier et ses prix ont doublé en quelques années », s’enthousiasme Nicolas Pinelli de cette enseigne montpelliéraine qui présentera des œuvres réalisées spécialement pour District 13 (autour de 13 000 €). Les croisements se multiplient et le regard évolue : ainsi, les galeries transversales comme Mazel ou Taglialatella (Paris) répondent à une réalité du marché. La ligne artistique de la première fait de grands écarts qui peuvent sembler improbables entre le design d’Hubert Le Gall, les dessins de Vincent Corpet (qui était un temps chez Templon !) et ici, les peintures de C215 (autour de 8 000 €), sur un stand pensé tout particulièrement en lien avec l’esprit Drouot : Levalet détourne des instruments de musique et des objets anciens (entre 1 700 et 4 000 €), Martin Whatson appose son écriture sur des toiles anciennes (autour de 12 500 €)… Comme l’analyse Jean-Marc Scialom, expert en art urbain pour la maison Blanchet & Associés, « jusqu’à présent, les salles des ventes étaient un peu réticentes et considéraient que cet art de la rue était un mineur ; sauf que Warhol avait pris sous son aile Basquiat et Keith Haring, car il y avait pour lui une continuité entre le pop art et le street art ». Nadège Buffe de la galerie Taglialatella l’a bien compris et fera dialoguer des sérigraphies de Basquiat (30 000 €), des éditions d’Invader (entre 12 000 et 30 000 €) avec les nouvelles recherches de Kouka autour de la figure de la Marianne (entre 5 000 et 10 000 €).


 

Levalet (né en 1988), Fausse note, 2021, technique mixte, 76 x 34 x 16 cm (détail). Mazel Galerie, Bruxelles.
Levalet (né en 1988), Fausse note, 2021, technique mixte, 76 34 16 cm (détail). Mazel Galerie, Bruxelles.
L’occasion de rappeler que les multiples sont indissociables du street art

Scène émergente
Mehdi Ben Cheikh justifie sa direction artistique : « District 13 Art Fair a pour rôle de mettre des artistes qui ne sont pas encore établis dans la lumière. Au-delà des têtes d’affiche tels JonOne, Banksy ou encore Shepard Fairey, nous présentons des talents comme Lobsang Durney de la galerie Bahia Utópica, un artiste contemporain de Valparaiso qui réside à Barcelone. Dans son travail, il se concentre sur la peinture de mondes surréalistes et post-apocalyptiques, où il mélange des sujets réalistes et imaginaires pour étayer son engagement. Nous aurons également la chance de montrer Lucas Ribeyron [entre 400 et 1 500 €, ndlr] de la galerie Taglialatella, qui travaille avec pour sujet la vidéosurveillance et son système de contrôle. Il questionne le rapport ambivalent à l’image, inhérent à l’essence de sa démarche : rendre visible une distorsion de la réalité que nous subissons mais ne voyons pas. Il proposera à l’occasion de la foire un atelier de sérigraphie. » Au-delà des tendances du marché, certains artistes sortent du lot. On songe à Rnest, qui fédère une communauté autour de lui. Benoît Maitre du Lavo-matik (Paris) l’explique : « Il est unique. Ses sujets sont dans l’actualité et ses problématiques sociales transcendent la dimension artistique. Les gens adhèrent à ses dénonciations. » Sales gosses invitant à la désobéissance, jeunes filles punk frondeuses, animaux désemparés… Rnest parle d’écologie, de patriarcat et des extrémismes. Lorsqu’il met en vente ses sérigraphies sur son site Internet, il fait des sold out, certes pas aussi rapidement que Shepard Fairey (moins de cinq minutes pour quatre cents tirages…). Benoît Maitre en préserve toujours quelques-unes (autour de 120 €), à côté des œuvres uniques sur toile ou sur béton (entre 1 500 et 5 000 €). L’occasion de rappeler que les multiples sont indissociables du street art, soucieux de permettre au grand public d’acquérir des œuvres à petit prix (à moins de 300 €), ce qu’illustrera l’atelier Anagraphis (Montpellier), un éditeur de sérigraphies travaillant avec Mist, Hervé Di Rosa, Crumb, entre autres, « capable de vingt-cinq à trente passages couleur, ce qui est rare », souligne Louis Angles. Il déploie ses trésors à Drouot pour la première fois, dont une pièce rare, un portfolio réunissant douze grands artistes, dont Psykoze, JonOne, Lek, L’Atlas, Tank, O’Clock… Mais là, avec un tirage à seulement sept exemplaires, il faudra compter 7 000 €...


 

En prolongement de la foire, une vente aux enchères
 
INTI (né en 1982), Solar Flare, 2020, acrylique sur toile signé en bas à droite, contresigné et daté au dos, 130 x 89 cm. Estimation : 10
INTI (né en 1982), Solar Flare, 2020, acrylique sur toile signé en bas à droite, contresigné et daté au dos, 130 89 cm.
Estimation : 10 000/15 000 € 

L’exercice est toujours délicat et périlleux : organiser une vente aux enchères sur une foire où les galeries vendent des œuvres à prix fixe, et où les résultats peuvent décevoir faute d’enchérisseurs. Mais nous sommes à Drouot et comme le reconnaît Mehdi Ben Cheikh : « La vente aux enchères qui clôturera District Art Fair est aussi une véritable preuve de la pertinence de ce partenariat. Après Picasso, Matisse, Braque et Dalí, parmi les plus grands noms de l’histoire de l’art, ce sera au tour des artistes d’art urbain de se frotter au verdict des coups de marteau. Ce partenariat permet d’inscrire plus encore l’art urbain comme un courant incontournable de l’art contemporain. » Si certaines galeries ont accepté de placer des lots, d’autres comme At Down, n’y ont pas trouvé d’intérêt car, comme le reconnaît Nicolas Pinelli, elles ont «un public réceptif avec lequel nous vendons très bien nos artistes. » C’est pourquoi Geoffroy Jossaume, directeur de la galerie GCA (Paris) qui a repris son ancienne casquette d’expert pour cette vente orchestrée par Drouot Estimations, a préféré limiter le nombre de lots à une trentaine pour insister sur le côté clin d’œil de la vente, tout en l’ouvrant à des artistes qui ne sont pas forcément présentés sur la foire ou choisissant des œuvres qui ne dépasseront pas la barre des cinq chiffres. « Pour JonOne par exemple, il n’y aura pas des grandes pièces comme on a l’habitude d’en trouver sous le marteau. La vente ne doit pas effacer la foire », affirme celui qui a également un stand en tant qu’exposant. Quelques exemples : Cleave 06 d’Add Fuel (estimation : 7 000/9 000 €), Solar Flare d’INTI (10 000/15 000 €), Pentimento de Vhils (est. 1 500/2 000 €) ou Peace Wreath de Shepard Fairey (20 000/30 000 €). Il s’agit aussi d’être représentatif du marché dont les prix ont certes évolué depuis dix ans, mais où les œuvres de Banksy à plusieurs millions ne sont qu’un épiphénomène. « Celui qui remporterait la superbe matrice de pochoir de Shepard Fairey de 67 x 64 cm à 20 000 € ferait une belle affaire ! », s’amuse-t-il.

à savoir
District 13 – International Art Fair
Du jeudi 13 au dimanche 16 janvier
Hôtel Drouot 9, rue Drouot, Paris IXe
www.district13artfair.com




 

District 13 : tableaux contemporains
dimanche 16 janvier 2022 - 16:00 (CET) - Live
Salle 9 - Hôtel Drouot - 75009
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