Des paradis exotiques en panoramique

Le 15 juillet 2016, par Anne Foster

Les explorations du Pacifique enflamment l’imagination des manufacturiers tel Joseph Dufour, qui l’édite pour «instruire et plaire, procurer une nouvelle jouissance à la fantaisie».

Manufacture Dufour.
Les Sauvages de la mer Pacifique (1804), d’après un dessin de Jean-Gabriel Charvet (1750-1829), panoramique de 18 lés (sur 20), 200 x 55 cm chaque lé.
Estimation : 60 000/80 000 €

Composé de vingt lés, ce papier peint panoramique est l’une des gloires de la manufacture Dufour, établie en 1797. Il fut présenté à l’exposition des produits de l’industrie en 1806, avec un manuel  publié chez Moiroux et conservé à la bibliothèque municipale de Mâcon  dont le titre complet est le suivant : «Les sauvages de la mer pacifique, tableau pour décoration en papier peint. Composé sur les découvertes faites par les capitaines Cook, de la Pérouze (sic) et autres voyageurs, formant un paysage en nuancé, exécuté sur vingt lés ou largeurs de papier de vingt pouces, sur quatre-vingt-dix de hauteur». Il s’agit de la première apparition publique d’un grand ensemble de papier peint. Conçues pour décorer une même pièce, les feuilles peuvent aussi être commandées «isolément ou réunies en deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, dix ou douze parties et plus, selon l’intention d’un propriétaire, ou à cause de la distribution des appartements que l’on veut décorer», vante la plaquette publicitaire de la manufacture. Le panoramique, présenté prochainement à Biarritz, comprend 18 lés sur les 20 de l’édition originale ; manquent le n° 1 Habitans de Nootka, visités dans le mois de mars de l’année 1778, à 49 degrés de latitude nord, 233 longitude est, et le n° 17, Habitans de Sainte-Christine, la plus peuplée des îles Marquises. Il offre une véritable leçon de géographie de ces îles lointaines, connues du public par la publication de livres de voyages comme ceux de Jean-François de La Harpe, en 32 volumes, et du Troisième Voyage du capitaine Cook, expédition durant laquelle il fut mis à mort le 17 janvier 1779, lors de son second mouillage dans la baie de Kealakekua, île d’Hawaï. Ici, le dessin nous livre une vue paradisiaque de la Nouvelle-Calédonie, à la nature abondante qui octroie généreusement ses fruits tel ce régime de bananes récoltées par une Indigène sur les recommandations du chef assis avec un panier rempli et son chien qui regarde les pirogues partir à la pêche. Jean-Gabriel Charvet, peintre qui exécuta les études initiales, avait voyagé jusqu’en Guadeloupe où il séjourna quatre ans, de 1773 à 1777, et put observer la faune et la flore locales. Certaines scènes relatent des événements historiques comme la mort de Cook, vue en arrière-plan du lé 9, ou campent des personnes bien réelles comme le roi des îles Pelow et la plus jolie de ses femmes, Ludée, du lé 20. Ce papier peint invite en raccourci à un long voyage dans l’océan Pacifique et ses multiples îles, sans prendre la mer…

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