Des métamorphoses pour l’au-delà

Le 22 février 2018, par Anne Foster

Le peuple Bembe, établi dans la région occidentale du lac Tanganyika, d’origine bantoue comme nombre de ses voisins, a conçu une approche du monde intéressante, structurée par des grades et transfigurations.

République démocratique du Congo statue d’ancêtre bembe, bois à patine brune épaisse et laquée, pigments et feuilles, h. 47 cm.
Estimation : 700 000/1 M€

Tous les hommes, à l’origine, se sont trouvés confrontés aux mystères de la vie ; ils hésitent entre des sentiments de peur, d’émerveillement et de vénération pour la nature qui les entoure. «L’homme primitif trouve une solution pour résoudre ces mystères à travers les rites», écrit Gustave Schindler dans la préface du catalogue de l’exposition Masks and Sculptures from the Collection of Gustave and Franyo Schindler, au Museum of Primitive Art Nelson Rockefeller à New York, en 1966. Les Bembe organisent des sociétés secrètes, se choisissent des chefs et incarnent l’esprit de l’ancêtre dans des masques et statues. «Leur expression simple et directe leur donne une vie propre qui sensibilise le spectateur au but pour lequel ils ont été créés», souligne le collectionneur qui s’intéresse à l’art africain, avec son épouse Franyo, peintre, depuis un voyage en Allemagne  leur pays natal , à la fin des années 1940. Cette statue bembe, ayant figuré dans leur collection, est fascinante à plusieurs titres. Le premier, à nos yeux d’Occidentaux, a trait à sa puissance esthétique. Depuis plus d’un siècle, l’intérêt pour les arts d’Afrique s’est porté sur les solutions plastiques que les sculpteurs avaient inventées pour rendre tangible le sacré. Il suffit de regarder la force des volumes harmonieux : la tête triangulaire, aux grands yeux en amande placés juste à la ligne séparant le front du reste du visage, plus concave, se termine par l’avancée d’une bouche ovale et ouverte laissant voir la langue. Les tresses stylisées de la coiffure et un fin collier de barbe en accentuent l’effet quasi hypnotique. Le torse allongé, sur lequel repose un bras, l’autre légèrement plié le long du corps, surmonte de fortes jambes fléchies. Les Bembe ont organisé leur monde comme un damier correspondant à des éléments naturels, et adopté une société matrilinéaire, tout en confiant la puissance politique à un chef, un ancien, le plus apte à gouverner. Le jeune Bembe doit subir un parcours initiatique et passer par plusieurs rituels de métamorphose, de la chèvre noire au léopard, symbole unifiant toutes les parties de la nature. Ce peuple a adopté les effigies funéraires d’allégories de ce que le défunt aurait aimé avoir été. Ainsi, explique Viviane Baeke dans la notice du catalogue, «dans l’art Bembe, les apparences sont assez souvent trompeuses. […] Et de fait, malgré les apparences, cette figure représente une ancêtre femme. Le sculpteur s’est en effet attaché à reproduire l’okonono, “le clitoris que les hautes dignitaires du Bùhumbwa se devaient d’élonger, pour souligner leur puissance, leur force et leur noblesse” (Pol-Pierre Gossiaux)».

mercredi 21 mars 2018 - 17:00 - Live
Salle 6 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Binoche et Giquello
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne