Des marionnettes très spirituelles

Le 13 avril 2018, par Philippe Dufour

Témoignages d’une expérience artistique mêlant avant-garde et tradition populaire, quatorze marionnettes créées vers 1927 par Marie Vassilieff seront bientôt sous les feux des projecteurs. Genèse d’une aventure hors du commun.

Marie Vassilieff (1884-1957), Le Roi, pour la pièce Le Château du Roi (1927-1928), marionnette avec pieds en tissu, carton, broderie, boutons en nacre, h. 74 cm.
Estimation : 2 000/3 000 € 

Si le Montparnasse des arts a compté bien des figures hautes en couleur, celle de Marie Vassilieff demeure sans doute la plus flamboyante. En quelques années, la jeune fille de bonne famille, débarquée de Russie en 1905, s’est métamorphosée en peintre avant-gardiste, sous influence cubiste. Elle se fait également remarquer par sa personnalité hors du commun, débordante d’énergie et de générosité. Dès 1911, l’artiste fonde l’Académie russe de peinture et de sculpture au 54, avenue du Maine, avant d’ouvrir sa propre école d’art. Pendant la Première Guerre mondiale, elle organise une cantine, où pour quelques centimes se nourrissent ses compagnons de bohème, désormais privés de tout revenu. À cette même époque, Vassilieff commence à fabriquer des poupées-portraits reprenant les traits de personnalités parisiennes, comme Henri Matisse, Pablo Picasso ou Paul Poiret, qui contribueront à accroître sa renommée dans des cercles plus mondains. Ainsi, en juillet 1920, l’écrivain Marie Dormoy note dans la revue Art et décoration, sous le titre «Poupées nouvelles» : «Quant à Marie Vassilieff, ses poupées sont de véritables œuvres d’art… Elle accuse un caractère, souligne une hérédité, crée des personnages doués de sentiments et de passions.» D’étonnantes qualités qui n’échapperont pas à un certain Claude Duboscq. Issu d’une famille bourgeoise des Landes, cet héritier séjourne régulièrement à Paris et se passionne pour l’art de son temps, en particulier pour les étranges créations de la plasticienne russe.
Les fruits d’une collaboration exceptionnelle
Dans un bel élan idéaliste propre à l’entre-deux-guerres, Claude Duboscq a un rêve : bâtir à Onesse-Laharie, son village natal, un théâtre où les artistes les plus novateurs pourront travailler, tout en faisant participer les habitants du lieu. C’est chose réalisée en 1927, sous l’appellation du «Théâtre du Bourdon». Et parmi les premières représentations, il y aura des pièces jouées par des marionnettes. S’il se réserve l’écriture des dialogues et la composition de la musique, Duboscq sollicite Marie Vassilieff pour réaliser les figurines et leurs costumes. Pour ces deux êtres très croyants, il s’agit plutôt de réaliser une sorte de «guignol chrétien», ainsi que le précisent les programmes des représentations. La peintre se rappellera plus tard de la genèse de cette aventure : «Une amitié absolument idéaliste s’établit entre nous. Je lui donnais l’idée de composer un ballet religieux. Il le comprit, et avec son génie original, créa un ballet magnifique, qu’il appela le “Divertissement Sacré”». Celui-ci se composait principalement des pièces Pauv’clair et Avant-pendant-après. Lors de la vente du samedi 21 avril à Saint-Jean-de-Luz, sera dévoilé un ensemble de quatorze marionnettes (estimées chacune entre 2 000 et 3 000 €), provenant de la descendance de Claude Duboscq. Parmi elles, douze personnages de la pièce Le Château du Roi, tels que l’ange, l’enfant, l’architecte, le musicien… tous délivrant un message évangélique à destination d’un public éminemment populaire.

samedi 21 avril 2018 - 02:30 - Live
Saint-Jean-de-Luz - 8, rue Dominique-Larréa, Z.A. Layatz - 64500
Côte Basque Enchères Lelièvre - Cabarrouy
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne