Des images et des hommes – Bâmiyân vingt ans après

Le 30 mars 2021, par Emmanuel Lincot
Pascal Convert, falaise de Bâmiyân.
© Courtesy Pascal Convert, galerie Éric Dupont

Anniversaire de la destruction du Bouddha de Bâmiyân oblige, Guimet se devait d’en célébrer la mémoire. Une visite virtuelle nous est offerte dans les collections pour partie rassemblées par la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA) et le grand archéologue Joseph Hackin (1886-1941). Rétrospectivement, cette destruction devait annoncer la mort du commandant Massoud suivie, deux jours plus tard, de l’anéantissement des Twin Towers de New York : pas un mot sur cette généalogie d’événements qui ont pourtant fait basculer le monde dans une ère nouvelle. L’exposition se limite à une salle, et si la lecture des cartels est instructive, le visiteur, aux commandes de son ordinateur, en sort avec la frustration d’un pis-aller. Mais ne boudons pas notre plaisir. Car l’œuvre photographique de Pascal Convert, exclue de la FIAC en 2017, nous rappelle que la magie du lieu, même en distanciel, opère encore. Dans les vitrines, quelques objets évoquent l’étape déterminante que fut Bâmiyân dans l’épopée de la Croisière Jaune (1931-1932), organisée par André Citroën. Des sculptures gréco-bouddhiques rappellent aussi que le site, à l’époque de l’empire Kouchan (Ier-IIIe siècles de notre ère), fut un haut lieu de la culture bouddhiste en Asie centrale. Des légendes très anciennes associaient le Bouddha à l’histoire de Salsal, un héros roturier s’éprenant d’une princesse, Shamana, dont l’amour maudit les métamorphosera en pierre : le mythe d’une dyade comparable à celle d’Orphée et Eurydice narrée par Ovide, dans son contexte arabo-persan. Et le lieu d’une passion érotique qui ne pouvait trouver grâce aux yeux des talibans. D’autant que l’ethnie ici majoritaire est celle des Hazaras, chiites, alors que les talibans, essentiellement constitués de Pachtounes, sont sunnites. Rappelons enfin que c’est à la découverte de Bâmiyân que le musée Guimet doit pour partie ses collections afghanes et une forte présence française dans le domaine de l’archéologie en Afghanistan, qui ne s’est depuis jamais démentie. 

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