Des chantlers remarquables au Carrousel du Louvre

Le 28 octobre 2016, par Virginie Chuimer-Layen

La 22e édition du Salon international du patrimoine culturel ouvre ses portes dans une atmosphère rendant hommage aux édifices patrimoniaux, grâce aux savoir-faire historiques et innovants.

Maison Lucien Gau, détail création de lustre en bronze pour église du bourg à Saint-Laurent Médoc, architecte Michel Trillaud, hiver 2016.
© photos Philippe Roy


Après les thèmes de la transmission en 2014 et du «patrimoine et modernité» en 2015, les «chantiers remarquables du patrimoine» sont à l’honneur cette année. En abordant ce sujet, dont l’appellation n’est en rien une labellisation, le salon entend souligner la vitalité des multiples acteurs, œuvrant dans de hauts lieux de patrimoine sacré ou profane, ancien ou contemporain. Les tailleurs de pierre, les couvreurs, les campanistes, les graveurs, les doreurs à la feuille, pour ne citer qu’eux, s’emploient à conserver et réhabiliter des sites «classés» ou «inscrits» aux Monuments historiques, ou encore des édifices protégés «Patrimoine XXe siècle», subissant les affres du temps. À ce stade, une petite piqûre de rappel s’impose. Un monument historique «classé» est protégé à l’échelle nationale, alors qu’un édifice «inscrit» l’est à l’échelon régional, le premier statut étant supérieur au second, en termes de protection juridique. Le «patrimoine XXe siècle» est, quant à lui, un label visant «des réalisations architecturales ou urbanistiques à l’intérêt remarquable, appartenant au patrimoine culturel du XXe siècle». Aucune protection particulière à leur égard, mais une valorisation à travers des événements promotionnels de la part des pouvoirs publics.

Des artisans de valeur souvent distingués
Sur le salon, 340 exposants, provenant de treize pays et dix-neuf régions françaises, symbolisent le dynamisme de ces filières, ayant à cœur de présenter, aux yeux de tous, leurs savoir-faire uniques, symboles de la grandeur de leur territoire. «La France est un terreau de métiers d’art, historiquement riche, nous explique Serge Nicole, ancien président du syndicat Ateliers d’Art de France, propriétaire du salon. Ceux-ci constituent un secteur économique à part entière et incarnent l’excellence de nos savoirs.» Utilisant des matériaux de qualité au service de gestes répétés et précis, ces anges gardiens du patrimoine travaillent dans l’ombre, de manière presque confidentielle, afin de pérenniser la durée de vie de ces écrins de prestige. En France, beaucoup d’entreprises artisanales sont labellisées «EPV», Entreprise du patrimoine vivant. Ce gage de maîtrise et d’innovation reconnaît le caractère d’exception de savoir-faire «liés aux activités manufacturières emblématiques du patrimoine de la France». Certains artisans sont également auréolés du titre de «meilleur ouvrier de France» obtenu sur concours, comme l’atelier Meyer, «meilleur ouvrier de France depuis trois générations», spécialisé en Alsace, dans la conservation et la restauration de peintures anciennes et bois doré, ou encore Céline Belz, brodeuse d’art bretonne, alias Brodeline. Toutes ces certifications leur confèrent une image supérieure vis-à-vis des institutions et des prescripteurs.

 

Atelier de Sonia, conservation et restauration de tableaux, huile sur toile, école espagnole du XVIIIe siècle en cours de réintégration chromatique, 6
Atelier de Sonia, conservation et restauration de tableaux, huile sur toile, école espagnole du XVIIIe siècle en cours de réintégration chromatique, 65 x 55 cm, collection privée.© Atelier de Sonia

… au service de bâtiments et d’ouvrages d’exception
Du toit jusqu’aux sols, de nombreuses filières sont convoquées dans des sites emblématiques anciens ou contemporains. Présente au Carrousel du Louvre, la verrerie Saint-Just fabrique du verre soufflé à la bouche. «Dernière entreprise française détentrice de ce savoir-faire», selon ses propres termes, elle a contribué à la réfection thermique du palais des Ducs, à Dijon, du château de Lunéville ou encore du château de Versailles, en créant des vitres en verre feuilleté aplani. En Bretagne, des châteaux privés, tels que le domaine de Goudemail à Lanrodec, ne jurent que par l’excellence du ferronnier Joël Baudoin, spécialiste de la réfection et création de portails à l’identique. «Premier campaniste de France», l’entreprise Bodet Campanaire, née en 1868, restaure des cloches anciennes, usées, comme celle de la cathédrale Notre-Dame de Paris, en 2013. En 2015, l’ornemaniste Jean-Pierre Lebureau a redonné une nouvelle jeunesse à la tour de l’horloge de la gare de Lyon du XIXe siècle, en recréant, à l’identique, un superbe blason en zinc peint. L’intérieur de ces prestigieuses architectures mérite tout autant d’attention. L’atelier Sonia s’attache à la rénovation de «tous support et couche picturale» sur des tableaux souvent classés Monuments historiques. «Nous avons récemment rentoilé le Portrait de Pie VI du XIXe siècle, au musée de l’Opéra Garnier, et restauré une œuvre de Nicolas Poussin, pour un collectionneur privé», nous explique la directrice, Sonia Demianozuk. À l’heure actuelle, côté bâti du XXe siècle, l’atelier U3A Ursula Biuso, architecte du patrimoine, membre de la compagnie des architectes de copropriétés, rénove, avec ses équipes, la couverture et la façade en brique, béton et mosaïque, du collège Jean-Jaurès, à Saint-Ouen, patrimoine protégé, créé dans les années 1930.

340 exposants, provenant de treize pays et dix-neuf régions françaises, symbolisent le dynamisme de ces filières, ayant à cœur de présenter, aux yeux de tous, leurs savoir-faire, symboles de la grandeur de leur territoire.

Économie et métiers d’art, le dilemme
En France, ces chantiers semblent bénéficier d’un contexte financier favorable, si l’on en croit le baromètre de l’Admical (Association pour le développement du mécénat industriel et commercial), publié en mai dernier. En 2015, le budget du mécénat culturel a augmenté de 2 %, par rapport à 2014, soit environ 525 M€, dont 35 % toujours alloués à la «préservation du patrimoine bâti et paysager». On note également une hausse de 14 % d’entreprises mécènes, par rapport à l’année précédente. Pour exemple, le château d’Azay-le-Rideau, bijou de la renaissance du Val de Loire, fait l’objet, depuis 2015, d’une campagne de crowdfunding pour la restauration de sa couverture, de ses façades et certaines de ses sculptures, dont la fondation Banque populaire Val de Loire est le plus beau soutien. Certains avis sont toutefois plus nuancés. «Même si les métiers d’art sont revalorisés, certains financements ne sont pas au rendez-vous et la concurrence est parfois rude», nous confie la Maison du vitrail. «Les chantiers sont réguliers, mais nous avons connu de meilleures périodes, durant lesquelles nous touchions tout type de clientèle», ajoute l’atelier de restauration de peinture Isabelle Clément. En somme, une situation acceptable, méritant d’être améliorée. Certaines entreprises, à ce sujet, préconisent une plus grande médiatisation de leurs ouvrages, jugés trop «invisibles». «L’éducation nécessaire du public et des institutions, explique Label Mosaïque/atelier Stéphane Perez-Spiro, doit passer par plus de salons, de conférences, de forums sur le Net, mais aussi une participation de tous les médias.»

 

Atelier Jean Sablé, trompe-l’œil, peinture décorative et art mural, vue de l’école Jean Sablé, Versailles. DR
Atelier Jean Sablé, trompe-l’œil, peinture décorative et art mural, vue de l’école Jean Sablé, Versailles.
DR

Une plateforme riche de rencontres
Là est tout l’enjeu du Salon international du patrimoine culturel, ne cessant de favoriser le dialogue entre tous les acteurs concernés, depuis ses origines. Architectes prescripteurs, décorateurs, associations, fondations, écoles, artisans d’art, institutions, tous participent à la création d’un réseau indispensable pour l’activité des filières engagées. La fondation du Patrimoine, présente au Carrousel du Louvre, valorise «le patrimoine de proximité, plus modeste, ou méconnu, non protégé par l’État». L’association Petites Cités de Caractère® fait de la sauvegarde du patrimoine un levier de développement territorial. De nombreuses conférences et remises de prix sont organisées, comme la bourse d’études «métiers d’art» de la fondation pour les Monuments historiques, ou encore le prix du concours René Fontaine des Maisons paysannes de France. Enfin des films  dont ceux présentés, en avril dernier, lors du Festival international du film des métiers d’art (FIFMA) , sont projetés, et de multiples démonstrations devant le public, organisées durant l’événement. Un rendez-vous incontournable pour tous les professionnels du secteur.

Le SIPC
en dates
1994
Naissance du Salon international du patrimoine culturel
2009
Reprise du Salon par le syndicat Ateliers d’art de France
2014
Le Salon fête son 20e anniversaire sur le thème de la transmission
2015
25 000 visiteurs, record de fréquentation du Salon
À VOIR
Salon international du patrimoine culturel, Carrousel du Louvre,
99, avenue de Rivoli, Paris I
er, tél. : +33 (1) 44 01 08 30.
Du 3 au 6 novembre 2016.
www.patrimoineculturel.com - www.ateliersdart.com
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