facebook
Gazette Drouot logo print

Défilé bestial à Versailles

Le 02 novembre 2021, par Marie-Laure Castelnau

Exotiques ou domestiques, symboles de pouvoir ou de richesse, objets d’étude ou de curiosité, les animaux du roi sont à l’honneur à la cour aux XVIIe et XVIIIe siècles. 

Défilé bestial à Versailles
Alexandre-François Desportes (1661-1743), La Mort d’un chevreuil, huile sur toile, château de Versailles, détail.
© Château de Versailles, Dist. RMN. © C. Fouin

Entre chiens et chats, antilopes et éléphants, paons et singes, perroquets et chevaux, nous voici plongés au cœur du plus grand et du plus beau bestiaire du monde : celui du château de Versailles. Car, sous l’Ancien Régime, des milliers d’animaux de compagnie y ont séjourné et accompagnaient les souverains partout, dans leurs antichambres, leurs salons, leurs jardins, ou à la chasse. La plupart d’entre eux ont été immortalisés par des artistes célèbres tels Jean-Baptiste Oudry, François Boucher ou François Desportes. L’ambition de cette exposition, installée au premier étage de l’aile nord, est de dévoiler l’histoire de « cette autre vie », parallèle à celle de la Cour. Les commissaires, Alexandre Maral et Nicolas Milovanovic, tous deux très engagés dans la protection des animaux, ont rassemblé plusieurs chefs-d’œuvre de la peinture animalière et invitent à « regarder les bêtes pour ce qu’elles sont comme le voulaient les rois, contre le discours cartésien en vogue, des êtres sensibles, et non des machines », souligne Catherine Pégard, présidente de l’Établissement. Dans le palais du Roi-Soleil, on n’a jamais douté que les animaux avaient une âme. Précurseurs de cette approche, de célèbres figures versaillaises comme la princesse Palatine ou Marie Leszczynska ont défendu leur cause. Beaucoup de peintres ont souhaité les humaniser et ont représenté leurs expressions d’anxiété, de tendresse, de nonchalance, comme l’antilope face à trois chiens imaginés par Oudry. Grâce aux prêts de plus de cinquante collections françaises ou étrangères, quelque 300 œuvres, dessins, gravures, tapisseries, peintures, objets d’art, sculptures, racontent cet engouement. Au fil de trois sections majeures, l’animal est présenté comme objet d’étude et de collection, attribut politique et symbolique, et recherché pour sa compagnie. Accueilli dans le vestibule de la chapelle royale par les majestueux chevaux du char du soleil, le visiteur est invité au cœur du bosquet du labyrinthe, détruit en 1774, et son fascinant bestiaire de plomb, tous deux restitués. Au milieu du parcours, la mythique ménagerie de Louis Le Vau, anéantie au début du XXe siècle, dans laquelle les animaux exotiques servaient d’attraction mais aussi d’objet d’étude, a été ressuscitée. Laurent Salomé, directeur du musée, précise : « Dans la grandiose chorégraphie de la Cour, des figurants inattendus jouaient un rôle essentiel », fournissant d’innombrables anecdotes. Comme cette tendresse inavouée de Louis XIV pour ses carpes, qu’il tenait à nourrir de sa main, la chute mortelle de l’éléphante de Louis XV dans le grand canal, ou encore la passion du Bien-Aimé pour les chats, tout particulièrement pour son angora blanc qui, installé sur la cheminée du cabinet du conseil, pouvait écouter les ministres et le roi débattre de la politique du royaume. Jean-Baptiste Oudry a aussi immortalisé, dans un portrait officiel, le chat noir du souverain, surnommé « Le général » : une œuvre unique qui pour la première fois met en scène, non un chien, mais un chat royal, dont le nom est inscrit en lettres d’or. Dans une scénographie spectaculaire, entre treillages, forêts, bassins, écuries et chenils, l’exposition, fort documentée, séduit, et parfois même bouleverse. Laurent Salomé nous met en garde : à force de croiser tous ces regards d’animaux, « le trouble pourrait survenir et l’imaginaire engendrer ses hybrides et ses métamorphoses » !
 

« Les animaux du roi »,
châteaude Versailles (78), tél. 
: 01 30 83 75 05,
Jusqu’au 13 février 2022.
www.chateauversailles.fr

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne