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De Qianlong à la Révolution française, l’histoire et ses témoignages artistiques

Publié le , par Caroline Legrand
Vente le 04 octobre 2020 - 14:00 (CEST) - Château d'Artigny, 92, rue de Monts - 37250 Montbazon

La 32e édition de la « garden party » s’est fait attendre cette année, mais elle aura bien lieu le 4 octobre au château d’Artigny. Et des œuvres d’exception rappelant la valeur accordée aux arts par les grands de ce monde y seront dévoilées. 

Chine, époque Qianlong (1736-1796). Vase en forme de grenade à quatre faces en porcelaine... De Qianlong à la Révolution française, l’histoire et ses témoignages artistiques
Chine, époque Qianlong (1736-1796). Vase en forme de grenade à quatre faces en porcelaine émaillée polychrome et or des émaux de la famille rose dits « fencai », marque de Qianlong à six caractères en zhuanshu, h. 20,4, l. col 9,9 cm.
Estimation : 400 000/600 000 



Incontournable, le nom de Qianlong est la garantie d’objets d’art somptueux – et fort recherchés. Avec la volonté d’inscrire son règne dans la lignée des plus grands de l’histoire de la Chine, l’empereur mandchou a donné les moyens aux ateliers impériaux de produire des peintures, porcelaines et autres créations de prestige s’inspirant des productions des dynasties passées, tout en cherchant à perfectionner leurs techniques. Le vase de forme grenade, symbole bouddhiste de prospérité et d’abondance, présenté à Artigny avec une estimation de 400 000/600 000 € (voir page de gauche), en est un exemple des plus parlants, et constitue l’une des plus belles trouvailles des Rouillac père et fils. Son décor d’une grande complexité – présentant sur chaque face un médaillon rond orné d’un couple de cailles ou de pies sur des rochers agrémentés de pivoines, de bambous célestes, de pruniers en fleur, fleurs de pêcher ou cerisiers fleuris – renvoie aux origines de la peinture chinoise. Dit « de fleurs et d’oiseaux », il évoque en effet le style académique de l’époque des Song du Nord, notamment sous le règne de Huizong (1101-1125), lequel appréciait particulièrement les sujets naturalistes et poétiques ; artiste lui-même, il aurait également inventé le fameux « or mince de la calligraphie », dont s’inspirent sans doute les rinceaux émaillés or de ce vase. Quant aux émaux « fencai » apparus à la fin du règne de Kangxi, ils sont nés de la curiosité des Chinois pour les arts européens et des échanges entre les deux continents à cette époque, où le tout jeune atelier impérial de la Cité interdite pratique la peinture d’émaux sur cuivre sous la direction du jésuite Jean-Baptiste Gravereau. Apparaissent aussi de nouvelles couleurs, dont, à partir du pourpre de Cassius, celles de la remarquable famille rose, particulièrement bien maîtrisées par Tang Ying, le directeur des fours impériaux de Jingdezhen qui bénéficiait de toute la confiance de Qianlong. Avec ses motifs de cailles, symboles de paix, et de pies, présages de bonheur, ce vase fut le cadeau de mariage idéal offert, le 9 octobre 1930, à Jean Richard et Marie-Louise Thomassin, tous deux descendants d’officiers de l’armée française et dont la famille tourangelle a jusqu’alors conservé cette pièce.
 

Louis Gauffier (1762-1801), La Cueillette des oranges ou Réunion de famille d’un diplomate accrédité en Italie sous le Directoire, 1797-17
Louis Gauffier (1762-1801), La Cueillette des oranges ou Réunion de famille d’un diplomate accrédité en Italie sous le Directoire, 1797-1798, toile signée et datée, 69 99 cm.
Estimation : 40 000/60 000 

Un message politique
Utiliser les arts à des fins politiques : un savoir-faire dans lequel Louis XIV a pu donner l’exemple à Qianlong, comme en témoigne le médaillon à son effigie orné de vingt diamants que le Roi-Soleil a offert au grand corsaire malouin Alain Porée (voir l'article 
Un présent royal pour un corsaire de la Gazette n° 32, page 22). Il en fit fabriquer quatre cents de ce type, dont seuls trois sont aujourd’hui connus, y compris celui-ci, estimé 60 000/80 000 €. Mais revenons sur la sélection de porcelaines présentée lors de cette vente, cette fois pour quelques pièces issues des fours de Sèvres. Fondée par Louis XV et Madame de Pompadour, la manufacture mit ses talents au service des rois, puis de Napoléon Ier, tout comme de celui des partisans de la Révolution française. Ainsi, un cabaret – assortiment de tasses et pièces pour servir les boissons – était destiné au service de bouche de l’Empereur. En porcelaine dure, à décor polychrome et or de cartouches ornés de scènes figurées à l’antique de style pompéien, par Christophe Ferdinand Caron en 1803-1804, il est proposé complet de ses dix-sept pièces à 20 000/30 000 €. Datées quant à elles de 1794 et estimées 15 000/20 000 €, une tasse « litron » et sa soucoupe en porcelaine tendre arborent des ornements – dus au peintre Guillaume Noël – des plus explicites : le ruban tricolore entoure les deux pièces, qui présentent dans des médaillons les symboles révolutionnaires et maçonniques – faisceau de licteur, bonnet phrygien, compas, œil, piques croisées ou livre de sciences ouvert. Seuls deux autres modèles du même type sont connus, l’un au musée parisien Carnavalet et le second à celui de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg.
 

François Levaillant (1753-1824), Histoire naturelle des oiseaux de paradis et des rolliers, suivie de celle des toucans et des barbus, Par
François Levaillant (1753-1824), Histoire naturelle des oiseaux de paradis et des rolliers, suivie de celle des toucans et des barbus, Paris, chez Denné le jeune (et) chez Perlet, [1801]-1806, deux volumes grand in-folio, 114 planches illustrées d’après des gouaches de Jacques Barraband, dos ornés de grands fers « à l’oiseau » dessinés par Bozérian Aîné, reliures du temps attribuables à l’atelier de Bozérian Aîné.
Estimation : 40 000/60 000 €
Sèvres, 1794. Tasse « litron » et sa soucoupe, première grandeur, en porcelaine tendre à fond beau bleu, filets or et ruban tricolore, déc
Sèvres, 1794. Tasse « litron » et sa soucoupe, première grandeur, en porcelaine tendre à fond beau bleu, filets or et ruban tricolore, décor de médaillons à symboles révolutionnaires et maçonniques, marque « RF Sèvres », marque du peintre Guillaume Noël et marque en or du doreur Henry François Vincent dit le Jeune, h. 6,8, diam. soucoupe 13,5 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €


Le pouvoir de la connaissance
Pierre Paul Rubens fut diplomate auprès du roi d’Angleterre Charles I
er. En l’honneur d’icelui, le peintre réalisa une Allégorie avec saint Georges et le dragon dans un paysage, conservée au château de Windsor, dans laquelle le souverain prend les traits de saint Georges. Une réplique de l’atelier du maître flamand sera présentée à cette vente, à 60 000/80 000 €. Direction l’Italie ensuite, où Louis Gauffier, lauréat du prix de Rome, s’installe en 1784. Il y passera sa vie, dans le Latium puis en Toscane, fréquentant un milieu cosmopolite et cultivé d’artistes, mais aussi de grandes familles russes, françaises ou britanniques. Il en laisse des portraits dans un style néoclassique très « conversation pieces ». Sur la toile de 1797-1798 gardée jusqu’à nos jours dans la famille d’Alexandre Marie Gosselin de Sainct-Même (1746-1820) – administrateur des Subsistances militaires de l’armée d’Italie (40 000/60 000 €, voir photo ci-contre) –, Gauffier dépeint dans une composition en frise une réunion familiale en plein air au charme méditerranéen. Accentué par la présence de l’oranger dans son pot à l’antique, voilà un bonheur de vivre à l’italienne et l’image rousseauiste d’une famille parfaite ! Le siècle des Lumières est bien évidemment aussi celui de la soif de connaissance. Ainsi l’Histoire naturelle des oiseaux de Buffon – dont une édition originale est ici attendue à 60 000/80 000 € – a-t-elle révélé une science nouvelle, mais encore une nature à la beauté insoupçonnée. Parmi ses émules, l’ornithologue François Levaillant a écrit suite à son voyage en Afrique l’Histoire naturelle des oiseaux de paradis et des rolliers, suivie de celle des toucans et des barbus (40 000/60 000 €). Les deux tomes sont ornés de cent quatorze illustrations imprimées en couleurs par Langlois – via le procédé alors révolutionnaire dit « à la poupée », permettant un seul passage sous presse – d’après des gouaches aquarellées de Jacques Barraband (1768-1809). Quand le savoir et le beau ne font qu’un.

dimanche 04 octobre 2020 - 14:00 (CEST) - Live
Château d'Artigny, 92, rue de Monts - 37250 Montbazon
Rouillac
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