De la lumière avant tout

Le 07 juillet 2018, par Anne Foster

Essentielle dans la peinture américaine, l’atmosphère lumineuse est vue comme un jeu esthétique et un don divin. Lorsque Miller visite, en 1893, la Chicago World Fair, il découvre les impressionnistes. Bientôt, il se retrouve à Paris.

Richard Edward Miller (1875-1943), Jeune femme à l’éventail, près de la fenêtre ensoleillée, huile sur toile signée en bas à gauche, 100 x 80 cm.
Estimation : 120 000/150 000 €

Le modèle occupe le centre de la composition. Cette jeune femme, assise devant sa coiffeuse, est perdue dans ses pensées. Son profil finement modelé se détache sur un fond vibrant de jaune et de vert, un store à moitié descendu derrière la fenêtre ouverte. Dans l’ombre de la pièce, la jupe, aux volants soulignés d’outremer, se pare de chatoiements pastel, bleutés et mauves, de touches de vert à peine perceptibles. Le corsage de brun foncé, éclairé de blanc et des perles d’un sautoir vert amande, souligne la carnation du décolleté et la rousseur des cheveux. Les jeux lumineux, leurs effets sur la palette, sont en effet le véritable objet du tableau. Le sujet est récurrent dans l’œuvre de Richard E. Miller : une femme assise dans un intérieur, dans un jardin. Elle peut être blonde, brune ou rousse, comme ici. Ce qui intéresse l’artiste, c’est la lumière scintillante, qui se pose éphémère ici ou là. La touche se fait légère, les tons froids et chauds façonnent la composition. C’est la grande leçon de peinture apprise à Giverny. Né à Saint-Louis, dans le Missouri, Miller a étudié à l’école d’art de sa ville, une division de la Washington University fondée en 1879 sur le modèle des beaux-arts français. Il admire le mouvement alors en vogue dans le pays, le tonalisme que l’on pourrait presque appeler peinture en camaïeu , dont l’un des principaux représentants est James Abbott McNeill Whistler. L’influencent également les artistes de l’école d’Hudson, auteurs de paysages sublimes, et le mouvement qui en découle, le luminisme américain, proche d’une certaine manière de l’impressionnisme. Le jeune homme peint alors des paysages, des œuvres un peu dans l’esprit de Barbizon. En 1898, il embarque pour la France et s’inscrit à l’académie Julian, où il retrouve nombre d’artistes compatriotes qui l’introduisent dans la petite colonie américaine de Giverny, attirée par Claude Monet. Parmi eux, Theodore Earl Butler, qui épousera successivement les deux belles-filles du maître, Suzanne et Marthe Hoschedé. Miller allège alors sa palette, se concentre sur la nature ou le modèle vu à travers les effets lumineux à différentes heures du jour, créant ainsi des harmonies de tonalités ; la gamme froide des bleus s’associe aux verts et violets pour se diluer dans les teintes chaudes ou nacrées. Il reprend ainsi dans son œuvre l’idée de série, comme celle des «Meules» de Monet, mais centrée autour de la femme. Il décline ainsi le même modèle, vêtu de la même jupe, assis devant une fenêtre. Un motif qu’il continuera à explorer après être reparti aux États-Unis en 1914, s’installant d’abord à Pasadena, en Californie, ensuite à Provincetown, Massachusetts, où il décédera en 1943, ayant transmis l’impressionnisme à une autre génération de peintres américains.

samedi 21 juillet 2018 - 14:30
Brest - Hôtel des ventes, 26, rue du Château - 29200
Thierry - Lannon & Associés
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