Gazette Drouot logo print

Dans les yeux d’Artaud

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Son regard saisissant était déjà apparu dans nos pages. C’était le 20 janvier de l’année dernière (Gazette 2017 n° 3, page 30), et cet Autoportrait d’Antonin Artaud (1896-1948) avait été choisi pour illustrer le Zoom en régions consacré à la dispersion d’un ensemble de ses œuvres appartenant à son neveu, le 28 janvier 2017...

Dans les yeux d’Artaud
Antonin Artaud (1896-1948), Autoportrait, fusain sur papier, vers 1920, 16,4 x 10,6 cm.
Adjugé : 131 246 €

Son regard saisissant était déjà apparu dans nos pages. C’était le 20 janvier de l’année dernière (Gazette 2017 n° 3, page 30), et cet Autoportrait d’Antonin Artaud (1896-1948) avait été choisi pour illustrer le Zoom en régions consacré à la dispersion d’un ensemble de ses œuvres appartenant à son neveu, le 28 janvier 2017 à Compiègne. La vacation avait été un succès les institutions agissant à plusieurs reprises par le biais de la préemption , à l’exception de ce dessin.
Il réapparaissait donc dans une vente dédiée aux avant-gardes et, cette fois, était couronné de 131 246 €. Autour de lui, un lot de trente-cinq cartes postales autographes, adressées entre 1916 et 1933 à sa famille, étaient envoyées à 12 500 €, et le
Portrait du docteur Édouard Toulouse (21 x 13,7 cm), dessiné au crayon en 1920, retenait 22 499 €. Cet éminent spécialiste a été essentiel pour le jeune Artaud, et pas seulement sur le plan médical. C’est Antoine-Roi Artaud, un armateur marseillais à l’esprit ouvert, qui lui adresse son fils, conscient de ses problèmes psychologiques et décidé à l’aider à les surmonter. Le médecin est alors le directeur de l’asile de Villejuif et, ainsi que l’écrira son épouse, Jeanne, «comprit en voyant Artaud qu’il avait devant lui un être tout à fait exceptionnel, de cette race qui donne des Baudelaire, des Nerval ou des Nietzsche». Le couple accompagnera l’artiste et favorisera ses débuts littéraires et théâtraux, lui ouvrant les pages de sa revue mêlant sciences et littérature, Demain. Des lettres autographes concluaient cet épisode artaudien et apportaient un nouvel éclairage sur cette personnalité complexe et attachante. D’autres noms des avant-gardes du XXe siècle l’entouraient, dont ceux de Sonia Delaunay (voir page 86) et de Marcel Duchamp, à l’univers bientôt décrypté par le musée des beaux-arts de Rouen (du 14 juin au 24 septembre). À la demande du galeriste Michael Freilich, le photographe Victor Obsatz (né en 1925) réalise en 1953 un portrait de l’artiste dans son appartement new-yorkais qui fera date. Une double exposition se produit par hasard, créant une superposition montrant Duchamp de profil et de face, souriant et enjoué. L’image qui en résulte plaît bien sûr beaucoup au modèle, et deviendra l’une de ses plus connues et les plus recherchées. Une version en deux tirages dont l’un inversé de façon inhabituelle présentés sous un même encadrement fixait 15 000 €.

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne