Dans l’œil des enchères

Le 07 juillet 2017, par Claire Papon

Le 27 juin, le Conseil des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques présentait son rapport d’activité de l’année 2016. Bilan, analyses, prospectives… les enseignements à en tirer sont nombreux.

Jean Dubuffet (1901-1985), Cafetière, tasse et sucrier II, 21 septembre 1965, vinyle sur toile, 60 x 73 cm (détail). Collection Ann et Jim Christensen.
Drouot-Richelieu, 17 mai 2017. Binoche et Giquello OVV.
Adjugé : 763 800 €

Impact de la loi Macron du 6 août 2015, veille sur le secteur non régulé des enchères, évolution de la formation des futurs commissaires-priseurs, développement de la médiation du commissaire du gouvernement du Conseil, bilan de l’observatoire de l’économie des enchères… On comprend pourquoi le rapport du CVV affiche une silhouette replète. Les éditions se suivent et se ressemblent ? Pas si sûr. Ce nouveau millésime livre une analyse intéressante de trois tendances pluriannuelles : l’évolution du marché des enchères d’art contemporain, la garantie de prix dans les ventes publiques, la transformation du marché traditionnel des ventes courantes. Plus qu’à un retournement du marché de l’art d’après-guerre et contemporain, il semble que l’on assiste à une période d’essoufflement. Et ce, malgré une baisse en 2016 de 35 % de ce secteur aux États-Unis par rapport à 2015, liée à une contraction de l’offre d’œuvres du très haut de gamme et à des adjudications proches des fourchettes d’estimation. L’explication viendrait de la profusion d’offres d’art plastique postérieur aux années 1980, rendant plus difficile l’identification des plus importantes dans un segment où l’on parle de démarches individuelles et non plus d’écoles ou de mouvements. Est en cause également la confiance en partie érodée dans la valeur de marché des œuvres réservées à des initiés, et où l’imbrication est étroite entre marchands, grandes galeries et collectionneurs. Élitiste, ce marché souvent opaque suscite l’attentisme ou la prudence de certains collectionneurs. Si les ventes aux enchères permettent de construire la cote d’un artiste, les prix sont aussi sujets à correction, qui impactent le marché de l’art contemporain surtout quand il s’agit d’œuvres majeures.
Garantie de prix ou aléa des ventes ?
Peu pratiquée semble-t-il en France, où elle a été introduite par la loi du 20 juillet 2011, la garantie de prix a été en revanche régulièrement employée par Sotheby’s et Christie’s au cours des dix dernières années. Le principe ? La maison de ventes  ou un tiers  garantit au vendeur que son bien sera vendu au moins au prix convenu. Si celui-ci n’est pas atteint, le bien est vendu, l’OVV versant la différence au vendeur ou achetant elle-même l’objet avant de le céder ultérieurement aux enchères. Gage de sécurité pour le vendeur, ce mécanisme est l’objet d’une vive concurrence entre les opérateurs, qui y voient le moyen de conquérir de nouveaux clients et de les fidéliser. Si un tel mécanisme incite le commissaire-priseur à pousser les enchères, il peut aussi avoir un effet perturbateur puisqu’il supprime l’aléa attaché à la vente publique. Affaire à suivre… Trois chiffres, enfin, sont à retenir concernant le troisième thème étudié par le CVV : l’évolution du marché des ventes courantes. Leur montant est passé de 423 M€ (hors frais) en 2003 à 171 M€ en 2008, puis à 75 M€ en 2016. Moyen d’achalandage pour les professionnels, les ventes non cataloguées, moins nombreuses (moins de 4 800 l’an dernier, contre 5 700 en 2013), doivent faire face à un changement de goût de la clientèle, une désaffection des jeunes, une baisse du pouvoir d’achat et à la concurrence des autres circuits de vente. Un constat sombre, mais riche d’enseignements. 

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