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Cubiste avant tout personnel cependant

Publié le , par Anne Foster

Vers 1911, grâce à Apollinaire, Louis Markous devient Marcoussis et cubiste. Il restera fidèle à la version plus «classique» de ce  style, sans négliger d’illustrer des publications surréalistes.

Louis Markous, dit Louis Marcoussis (1883-1941), Verre et bouteille, 1929, huile... Cubiste avant tout personnel cependant
Louis Markous, dit Louis Marcoussis (1883-1941), Verre et bouteille, 1929, huile sur toile, 46 x 38 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €

Ses parents le destinaient à une carrière juridique, le jeune Markous préfère le dessin… Il quitte en 1901 Varsovie pour s’inscrire à l’académie des beaux-arts de Cracovie. Entré dans l’atelier de Stanislawski, il s’intéresse alors à l’art français moderne. Deux ans plus tard, il se retrouve à Paris, où il fréquente quelques mois l’académie Julian. Loin de la peinture académique, il découvre l’œuvre de Cézanne, s’intéresse aux théories de Seurat, et sa palette s’ouvre à des coloris francs, proches des Fauves. Même s’il est issu d’une famille polonaise aisée, l’artiste a besoin de travailler pour subvenir à ses besoins en France. À l’instar de nombre de ses confrères, il accepte de fournir des dessins humoristiques. Il intègre vite la vie de bohème des peintres et poètes de Montparnasse et de Montmartre. Parmi eux, Guillaume Apollinaire, lui-même d’origine polonaise, qui le présente à Braque et Picasso et francise son nom en lui suggérant celui d’une bourgade de la banlieue parisienne, associée à Jean-Jacques Rousseau. Dans les années 1750, le philosophe, quittant la capitale, lui dédia quelques vers : « Se faire un asile/Inabordable aux noirs soucis/Tel qu’à mes yeux est Marcoussis !» Le plus important pour le jeune peintre est d’avoir trouvé son style, cubiste certes, mais cependant très personnel. Il garde la perspective relevée, la frontalité et la superposition d’aplats de formes géométriques, ainsi que nombre de sujets, comme les guitares, les journaux pour leurs lettres décoratives, les verres, bouteilles et carafes… De ses premières inclinations picturales, il garde un sens aigu de la puissance des couleurs. Dans cette toile de 1929, il parvient à donner de la profondeur, un sens de la perspective grâce aux jeux subtils de ses teintes : le blanc et le noir servant de fond pour mettre en avant la bouteille, les bleus rythmant la surface selon une diagonale entrecoupée de deux verticales, les deux taches rouges, les divers rectangles de verts et des ocres réchauffés d’orange plus ou moins soutenu. La matière, comme grumeleuse par endroit, donne du volume. La composition pourrait paraître confuse, mais tout cet agencement géométrique coloré sert à accompagner le regard vers le sujet : un verre et une bouteille. Il est peint durant la période, entre 1927 et 1931, où Marcoussis puise d’autres inspirations, notamment chez Paul Klee ou dans le surréalisme de Joan Miró : ce qu’il nomme, pour les œuvres brossées à Kérity en Bretagne, «une sorte de surréalisme architectonique».

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