Coysevox virtuose

Le 01 juin 2021, par Carole Blumenfeld
 

Cette nouvelle somme magistrale aux 2 668 notes balaie nombre de contresens hérités du XIXe siècle sur l’auteur de La Renommée du Roi et de La Duchesse de Bourgogne en Diane, en proposant, outre le catalogue raisonné, de retracer le parcours d’Antoine Coysevox (1640-1720) au travers de deux prismes, deux écritures très différentes. Dans la première partie de l’ouvrage, Alexandre Maral présente l’artiste officiel, premier sculpteur à diriger l’Académie. Or, le conservateur de Versailles n’envisage jamais les commandes royales comme un art de la contrainte auquel Coysevox se serait plié de bonne grâce, mais fait la part belle, dans son analyse des travaux du sculpteur, à la formidable émulation et au fourmillement de possibilités offertes par ces structures de création uniques qu’étaient les chantiers confiés à Charles Le Brun, « génial concepteur de formes », puis à Jules Hardouin-Mansart. Ce postulat, fondé sur une connaissance fine du fonctionnement de la Surintendance des Bâtiments du roi et de la gestion des grandes commandes, permet de mieux comprendre l’extraordinaire diversité des interventions du « sculpteur du règne », aussi habile dans la sculpture ornementale que dans la grande statuaire, aussi doué dans le travail du marbre et de la pierre, du plomb et du stuc mais aussi de la cire et de la terre. Dans la seconde partie, les quelque 200 pages que Valérie Carpentier-Vanhaverbeke consacre à Coysevox portraitiste sont éloquentes. La conservatrice du Louvre « raconte » l’histoire de chaque buste en retraçant sa réception jusqu’à aujourd’hui, et invite à voir ces petits détails qui rendent compte de l’état d’esprit du sculpteur face à son sujet. L’art du portrait est chez lui une respiration entre deux projets collectifs, pour pousser plus avant sa quête de réalisme et sa recherche sur la singularité des caractères. On songe volontiers à la phrase de La Bruyère en tête des Caractères : « On pense les choses d’une manière différente, et on les explique par un tour aussi tout différent. » Coysevox ne ramène pas ses modèles à leur position, il les en émancipe, hommes et femmes d’ailleurs.

Alexandre Maral et Valérie Carpentier-Vanhaverbeke, Antoine Coysevox (1640-1720).
Sculpteur du Grand Siècle, éd. Arthena, 580 pages, 976 illustr., 139 €.
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