Coup de frais sur les écoles nordiques

Le 24 mars 2017, par Agathe Albi-Gervy

Les salles du musée du Louvre dédiées aux peintures flamandes et hollandaises du XVIIe au XIXe siècle viennent de rouvrir. Près d’un an de travaux fut nécessaire pour les rénover et les repenser.

Gerrit van Honthorst, Le Concert, 1624, 168 x 178 cm, musée du Louvre.
© rmn-grand palais (Musée du Louvre) / Daniel arnaudet

Nous ne parlons pas ici d’un petit coup de balai ou de peinture. L’accrochage des quelque 570 tableaux, répartis dans vingt-six salles au deuxième étage de l’aile Richelieu, a été entièrement repensé. Cela pour le plus grand plaisir des visiteurs, grâce à des sections aux thématiques clairement définies et un parcours assez pédagogique. Depuis le mois d’avril 2016, les équipes se sont activées à décrocher les œuvres, les décadrer, dresser les constats d’état, effectuer les restaurations éventuelles, retrouver les cadres d’origine, moderniser tout le système de climatisation… Un travail minutieux terminé à temps pour la saison 2017, mettant à l’honneur les écoles du Nord. Ensuite, ce sera au tour des salles dédiées aux peintures du XIVe au XVIe siècle, françaises et du Nord, d’être réaménagées, à partir du mois de mai. Commençons la visite. Un conseil : empruntez au nord l’escalier Lefuel, et non l’escalator, si vous souhaitez respecter l’ordre proposé. La section dédiée à la peinture flamande, unifiée par des cimaises d’un moderne «noir de vigne», ont subi peu de modifications majeures, excepté la création d’une salle consacrée à Jacob Jordaens. Le but : créer une trilogie dans laquelle Rubens, Van Dyck et Jordaens se succèdent.
Chez les Hollandais, un parcours repensé
 C’est du côté de la Hollande, à l’ouest et au sud de l’aile Richelieu, que les modifications les plus importantes ont été réalisées. L’organisation des salles, couleur «terre d’ombre», a été entièrement repensée, ce qui ne représente pas une mince affaire, la collection des maîtres hollandais étant beaucoup plus riche que celle des Flamands. Le parcours mêle des salles monographiques et d’autres thématiques, ou encore géographiques. Le néophyte appréciera la lecture simplifiée par de nettes répartitions. «En rassemblant un certain nombre d’œuvres précédemment dispersées, l’idée a été de mettre en lumière ce qui fait la spécificité et l’originalité de la collection du Louvre, sans nécessairement chercher à tracer une histoire linéaire et complète de la peinture hollandaise du XVIIe siècle», précise dans Grande Galerie, le journal du Louvre Sébastien Allard, directeur du département des peintures. L’acception de certains thèmes est parfois si étendue qu’elle rend cependant difficile son identification, comme dans la salle des portraits, où sont accrochés des paysages avec quelques silhouettes dans le lointain. Le thème de la salle suivante est d’un intérêt particulier et offre l’occasion d’évoquer les spécificités des collections hollandaises, liées à leur histoire : des donations et acquisitions successives, mais, surtout, une origine royale. C’est ainsi que les peintres hollandais actifs en Italie font désormais l’objet d’une salle entière, reflétant le penchant de Louis XVI, prédominant à la fin du XVIIIe siècle, pour les paysages romains antiques et romantiques.

 

© musée du Louvre Antoine Mongodin 2017
© musée du Louvre Antoine Mongodin 2017

Des propositions nouvelles
Plus loin, une autre section en dit long sur l’histoire du goût : celle des peintures exotiques de Frans Post, premières images du Nouveau Monde livrées par un Européen. Offertes en 1679 à Louis XIV, elles évoquent la région brésilienne de Pernambouc, territoire néerlandais jusqu’en 1654. L’idée siégeant à la conception de ces deux sujets est en elle-même tout à fait novatrice au Louvre. Elle satisfera sans doute un public averti qui demande à être surpris et cherche à enrichir ses connaissances. Ces mêmes visiteurs apprécieront l’idée des conservateurs de confronter sur une même cimaise, dans la salle dédiée à Isaack van Ruisdael et à son cercle, le Buisson du maître avec la Hutte des charbonniers, de Théodore Rousseau. Deux cents ans séparent ces deux paysages, mais il est ici rappelé, toujours dans un but pédagogique, que les artistes du XIXe siècle complétaient leur expérience sur le motif par une formation au musée. «Nous avons cherché à établir des liens entre la collection des peintures hollandaises du XVIIe siècle, particulièrement les paysages de Ruisdael et d’Hobbema, et la peinture française du XIXe siècle, de façon à inciter le visiteur à circuler de l’une à l’autre et à être attentif aux correspondances», explique Sébastien Allard. Les Vermeer ayant déménagé dans les salles d’expositions temporaires, les voici remplacés par un Ruisdael fraîchement restauré et par un Rousseau qui retrouve le Louvre après un long dépôt au musée départemental des Peintres de Barbizon, entre 2004 et 2016. Au moins deux bonnes raisons de visiter ce parcours rafraîchi avec succès.

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