Corps de garde

Le 28 mai 2020, par Anne Doridou-Heim

L’unité rapprochée des Cent-Gardes de Napoléon III était toute dévolue à l’empereur et à sa famille. La collection Debaecker raconte son histoire prestigieuse et dévoile sa face intime.

Mannequin de Cent-Garde
(1856-1870) et son équipement complet, casque, soubreveste, tunique, épaulettes, ceinturon en buffle blanchi, culotte en peau, gants à crispin en daim blanc, bottes en cuir noir, fusil-lance Treuille de Beaulieu, modèle 1854 et sabre-lance Treuille de Beaulieu, h. 220 cm.
Estimation de l’ensemble : 40 000/50 000 € (vendu en plusieurs lots, équipement par équipement, avec faculté de réunion)

L’homme a fière allure ! Dans son fastueux uniforme de grande tenue de service, il porte beau une tunique bleu-de-ciel avec épaulettes et aiguillettes dorées, une culotte en peau de daim et la fameuse soubreveste dite «cuirasse de palais», sans manches et richement brodée des armes impériales ; côté accessoires, le casque en acier est orné d’un plumet rouge sur le cimier de cuivre à crinière blanche, les gants blancs, dits «à la Crispin», étant munis de hautes manchettes de cuir.
Ce garde n’est pas n’importe quel officier, ni son uniforme n’importe quelle tenue militaire 
: il s’agit de l’un des membres de l’unité des Cent-Gardes de Napoléon III. Parmi les conditions imposées pour entrer dans ce corps d’élite, le cavalier devait mesurer au minimum un mètre soixante-dix-huit, deux centimètres s’ajoutant même après 1858. On imagine sans mal sa prestance et son succès auprès du public, surtout de la gent féminine ! Dans ses Veillées normandes publiées en 1867, Marie Le Harivel de Gonneville, comtesse de Mirabeau, rapporte l’intérêt suscité auprès d’une jeune provinciale en visite dans la capitale : «Une seule chose excita son admiration, ce fut un cent-garde ! Elle avait envie de descendre de l’omnibus pour l’examiner de plus près, mais son mari lui promit de lui en montrer d’autres, absolument semblables, et il l’assura même que c’était une de ces curiosités qu’on peut voir à Paris sans rien payer»… Un garde élevé à la hauteur d’un monument parisien, c’est dire son aura. Si l’on ne connaît pas le nom de ce bel officier, l’on peut citer ceux de certains de ses collègues. Ils s’appelaient Favier, Masse, Bernie, Junqua (recruté pour sa haute taille, plus de deux mètres) ou Parnet. Tous défilaient en rang serré et impeccables sous les ordres de leur chef, le colonel Lepic tout d’abord – fils du général éponyme qui s’illustra sous Napoléon Ier –, puis, à partir de 1856 et jusqu’aux dernières heures de l’Empire, le colonel Verly. Il est rare que l’histoire se souvienne des noms des soldats en dehors des faits de nature héroïque, mais cette unité était tellement prestigieuse que chacun de ses membres était identifié.

 

 



Les «cariatides»de l’empereur
Dès décembre 1852 et afin d’asseoir son pouvoir, le tout nouvel empereur se montre soucieux de renouer avec les fastes de son oncle, même déchu. Aussi, très vite souhaite-t-il recréer la Garde impériale. Une autre raison le guide : exilé à plusieurs reprises en Grande-Bretagne, il garde forte impression des célèbres life guards chargés de la protection du souverain. Un exemple qui le pousse à décréter la formation, le 24 mars 1854, de l’escadron des Cent-Gardes à cheval. Un corps d’élite dont les hommes sont – ainsi que leur nom l’indique – au nombre de cent et tout spécialement dévolus à la sécurité ainsi qu’au service d’honneur de sa personne et de sa famille. L’escadron, dépendant du grand maréchal du palais des Tuileries, est directement rattaché à sa maison militaire. Soumis à une stricte discipline, triés sur le volet après que leur passé eut été scruté dans les moindres détails, irréprochables du matin à la nuit avancée, ces gardes étaient en service commandé. Avant tout, ils devaient se montrer imperturbables quoi qu’il arrive, d’où leur surnom de «cariatides» du Palais. Une anecdote affirme qu’un jour l’impératrice Eugénie en gifla un pour le forcer à réagir, avant de s’excuser le lendemain : bien évidemment, celui-ci demeura de marbre… Cette vie avait aussi ses côtés agréables. Forts de leurs succès féminins, de leur préséance sur tous les autres corps de l’armée, dotés d’une solde confortable, les Cent-Gardes couraient les salons, les cafés et les spectacles – une invitation à une soirée au théâtre du Palais de Compiègne en témoignera ici parmi d’autres souvenirs – lorsqu’ils n’étaient pas en mission. Une réussite qui suscitait jalousies et railleries. Mais ils se montraient avant tout d’une fidélité à toute épreuve, accompagnant Napoléon III sur tous les terrains, en temps de paix comme de guerre, dans les fastes comme dans la défaite. Ils seront faits prisonniers avec leur empereur lors de la capitulation désastreuse de Sedan, le 2 septembre 1870. Beaucoup devront rejoindre la vie civile, alors que certains seront affectés dans d’autres corps de l’armée.
Dans l’intimité d’un corps d’élite
Ce mannequin complet de son grand uniforme, de son armement et nanti d’une estimation de 40 000/50 000 € sera, selon les vœux du collectionneur, vendu pièce par pièce (dix lots en tout) avant d’être proposé avec faculté de réunion. «Didier Debaecker est un nom bien connu des amateurs de militaria ; s’il se sépare aujourd’hui d’une partie de sa collection, c’est parce qu’il a décidé de l’orienter uniquement vers le Premier Empire», précise Arnaud Gouvion de Saint-Cyr, l’assistant de Jean-Claude Dey. La vacation présentera un autre objet fort rare  : la trompette de l’escadron exécutée par Adolphe Sax (1814-1894), célèbre facteur d’origine belge d’instruments de musique et génial inventeur… du saxophone. Elle s’apprête à sonner le retour en grâce de l’escadron pour 40 000/50 000 €. Ce sont ensuite des souvenirs évoquant l’intimité de ces hommes d’élite qui sera évoquée, au travers de photographies, de documents et autres objets personnels, et ce pour quelques centaines d’euros. Des choses modestes, certes, mais essentielles, car elles leur confèrent une part d’humanité. Ainsi des effets personnels du colonel Albert Jacques Verly (1815-1883), fidèle parmi les fidèles, fait baron d’Empire en 1867 et commandeur de la Légion d’honneur en 1869, dont la carrière fut brutalement stoppée par la chute de l’Empire. L’apparition d’une paire d’épaulettes (1 500/2 500 €), d’un ceinturon (600/800 €) ou d’une paire de bottes encore parfaitement cirées (1 500/2 000 €), lui ayant appartenu, ne devrait pas laisser de marbre les amateurs nostalgiques de cette époque révolue. Et puis – last but not least , sachez que la majorité des objets de la collection Debaecker a été reproduite dans l’ouvrage Cent-Gardes pour un empereur, l’escadron d’élite de Napoléon III, qui est selon les spécialistes le plus complet des livres consacrés à ce thème.

 

à savoir
Les Cent-Gardes sont les dignes héritiers des gardes du corps de prestige dont l’existence a émaillé toute la royauté française, depuis la Garde écossaise de Charles VII ou les fameux Cent-Suisses institués sous Louis XI.


Les Cent-Gardes
en 5 dates
24 mars 1854
Création de l’escadron des Cent-Gardes à cheval

1856-1870
Commandement du colonel Verly

17 mars 1858
Augmentation du nombre des gardes à 150, ainsi que de la taille minimum imposée : 1,80 m

1859
Participation à la campagne militaire d’Italie

Octobre 1870
Dissolution, après la chute de l’Empire
à savoir
Collection Debaecker Vendredi 12 juin. Salle Favart, vente publique régulée. Ader OVV. M. Dey assisté de M. Gouvion de Saint-Cyr.
vendredi 12 juin 2020 - 14:00 - Live
Salle des ventes Favart - 3, rue Favart - 75002
Ader
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