Collection Pierre-Yves Le Diberder 40 ans de passion

Le 30 septembre 2016, par Anne Doridou-Heim

Cet industriel esthète et le décorateur Jean-Paul Faye ont élevé un véritable hommage à la seconde moitié du XIXe siècle. Une certaine idée du chatoyant et un goût assumé pour l’éclectisme bientôt en vente. Foisonnant.

L’entrée de l’appartement de Pierre-Yves Le Diberder, avenue Foch à Paris.

Raymond de Nicolay, commissaire-priseur chez Pierre Bergé & Associés, se rappelle comment, un jour de l’été dernier, il reçut un coup de fil de Pierre-Yves Le Diberder lui annonçant qu’il souhaitait lui confier la vente de la majeure partie de sa collection. L’industriel ajouta que s’il désirait que l’événement se tienne à Drouot, lieu cher à sa mémoire, il recherchait un support à l’international. Le partenariat avec Christie’s s’imposa naturellement, les deux maisons ayant ensemble orchestré le succès fulgurant de la vente de la collection Yves Saint Laurent  Pierre Bergé, il y a sept ans. On rappellera aussi que Raymond de Nicolay et François de Ricqlès, aujourd’hui président de Christie’s France, étaient associés dans les années quatre-vingt-dix.
 

Alfred de Dreux (1810-1860), Jeune cavalier tenant son cheval par la bride et ses chiens, huile sur toile, 56 x 46 cm. Estimation : 60 000/80 000 €
Alfred de Dreux (1810-1860), Jeune cavalier tenant son cheval par la bride et ses chiens, huile sur toile, 56 x 46 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €

Une collection mise en scène
La figure de Pierre-Yves Le Diberder est bien connue des habitués de Drouot. L’œil aux aguets, toujours discret et affable, il arpentait les salles à la recherche du nouveau coup de cœur, celui qui viendrait rejoindre les précédents. Une aquarelle de Philippe Jullian (1919-1977) décrivant une scène de vente et dédicacée «pour Yves» le rappelle aujourd’hui modestement, avec son estimation de 600 à 800 €. L’appartement de l’avenue Foch, aménagé en 1973, lui fournit l’écrin recherché pour ses trouvailles. Notre homme est alors un proche de Victor Grandpierre, le décorateur du Tout-Paris de ces années soixante-dix, auquel des personnalités aussi différentes qu’en vue font appel pour réaménager leur intérieur. Impossible de ne pas citer Élie de Rothschild à l’hôtel de Masseran, la marquise de Maillé, en son château de La Motte-Tilly, ou encore le baron Empain et la maison Dior de l’avenue Montaigne. Mais, l’industriel talentueux à la belle réussite n’oublie pas qu’il est un self-made-man d’origine bretonne et se sent légèrement intimidé par ce carnet d’adresses prestigieuses. Il choisit de faire plutôt appel à l’assistant du maître, Jean-Paul Faye, qui se mettra à son propre compte en 1975. Le choix ne pouvait se révéler plus judicieux, tant les goûts des deux hommes se révéleront en phase, toujours tournés vers le XIXe siècle où éclectisme et accumulation régnaient sans partage. Faye se déclare volontiers héritier d’Henri Samuel, qui s’était illustré après-guerre en réalisant les intérieurs du château de Ferrières pour Guy de Rothschild. Ensemble, le décorateur et l’amateur avisé parcourent les allées des Puces et visitent les antiquaires de la Rive gauche. Dans la préface du catalogue, Alexandre Pradère relate les nombreuses «virées» chez Jean-Claude Hureau à la galerie des Laques, chez Marc Révillon d’Apreval ou Maurice Thénadey quai Voltaire, mais aussi chez Alain Finard, rue de Beaune. La Rive droite est tout autant pourvoyeuse de découvertes, où leurs pérégrinations les mènent chez Étienne Levy et Jacques Kugel, auquel Pierre-Yves Le Diberder voue un grand respect. Très soucieux que les objets se répondent et ne se fassent pas d’ombre, il demandait fréquemment aux marchands de venir les présenter chez lui avant de se décider pour leur acquisition. Il en naîtra un intérieur évocateur d’une personne et d’une époque.

 

Alfred-Ernest Carrier-Belleuse (1824-1887), pendule «Les trois Grâces», terre cuite, socle en marbre vert de mer, époque Napoléon III, vers 1870, 85 x
Alfred-Ernest Carrier-Belleuse (1824-1887), pendule «Les trois Grâces», terre cuite, socle en marbre vert de mer, époque Napoléon III, vers 1870, 85 x 28 x 21 cm.
Estimation : 10 000/20 000 €

Un ensemble éclectique construit avec exigence
Pierre-Yves Le Diberder a quitté l’avenue Foch et s’est installé dans le soleil du Midi ; Jean-Paul Faye est décédé ; l’envie de chercher et de collectionner n’est plus la même. Il a choisi de conserver une partie de ses trésors, notamment des tableaux de Christian Bérard et des objets de Toula et décidé de se séparer du plus grand nombre. C’est cet ensemble hétéroclite et pourtant harmonieux, réuni par un homme qui a collectionné toute sa vie selon son cœur  et souvent en dépassant les budgets qu’il s’était fixés , qui sera proposé aux enchères le vendredi 14 octobre prochain. Tel un inventaire à la Prévert, mais ancré dans le XIXe siècle, il décline une collection de boîtes et tabatières ornées de micromosaïques fabriquées à Rome vers 1800, cinq paysages de ruines antiques dessinés par Louis-François Cassas (1756-1827), une toile de Ferdinand-Joseph Gueldry (1858-1945) peignant une régate sur la Marne à Joinville-le-Pont, en 1881, dont les rameurs pourraient se voir entraîner au-delà des 50 000 à 80 000 € annoncés, un grand vase d’Eugène Rousseau & Ernest Leveillé en verre bullé, marbré et craquelé, vers 1880-1890 (10 000/20 000 €), ou encore des gouaches napolitaines… En près de trois cents numéros, le catalogue égrène quarante années de passion et raconte à sa manière un goût libre d’une période révolue, celle  si loin et si proche  des années soixante-dix, décennie de tous les possibles et de toutes les audaces en matière de décoration. Il comprend aussi des souvenirs empruntés à d’autres, traversant les siècles  le Botero d’Alexis de Redé, les deux vues de Pompéi attribuées à Christian Kobke (1810-1848) provenant de l’appartement parisien d’Alvar González-Palacios (5 000/7 000 et 6 000/8 000 €), une jardinière monumentale en fonte laquée bleue et rouge qui aurait orné l’orangerie du château de Saint-Cloud, ici proposée entre 3 000 et 5 000 €, ou une armoire en placage de laiton et ébène en partie d’époque Louis XIV, achetée à la galerie Kugel et réputée avoir appartenu à José-María Sert (8 000/12 000 €)… Tous objets auxquels Pierre-Yves Le Diberder offrit une seconde vie en les faisant siens. En les libérant aujourd’hui, il les invite à écrire une nouvelle page de leur histoire.

 

Travail romain, vers 1790, poinçons de Vienne, 1795. Tabatière ronde en marqueterie de labradorite et monture en or, le couvercle en micromosaïque, di
Travail romain, vers 1790, poinçons de Vienne, 1795. Tabatière ronde en marqueterie de labradorite et monture en or, le couvercle en micromosaïque, diam. 8,2 cm.
Estimation : 5 000/6 000 €
vendredi 14 octobre 2016 - 14:00 - Live
Salle 5-6 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Pierre Bergé & Associés
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