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Collection du Docteur Paul des Marez, l’argenterie en héritage

Le 25 novembre 2021, par Caroline Legrand

Paul Des Marez partageait sa passion pour l’argenterie avec les commissaires-priseurs Sandrine et François Dupont. Ces derniers disperseront prochainement la première partie de sa collection à l’hôtel Drouot. 

Collection du Docteur Paul des Marez, l’argenterie en héritage
Paris, 1774-1775. Aiguière en argent du maître orfèvre Nicolas Lefèvre, reçu en 1759, h. 25,5 cm, poids 989 g.
Estimation : 12 000/15 000 

Cette vente sera particulière à plus d’un titre pour Sandrine et François Dupont. Elle s’annonce tout d’abord comme un retour aux sources pour ces commissaires-priseurs qui, jeunes diplômés, firent leurs armes il y a plus d’une vingtaine d’années dans les salles de l’Hôtel Drouot. Ils y reviennent aujourd’hui à la suite de l’installation de leur bureau parisien dans le 6e arrondissement (27, rue de Tournon), et à la faveur de l’ouverture de Drouot à de nouvelles maisons de ventes. C’est en janvier 2001 qu’ils firent le choix de s’installer à Morlaix, reprenant alors l’étude bretonne de Gérard Boscher. Ce véritable «ténor du marteau» leur fit découvrir et apprécier sa grande spécialité, l’orfèvrerie ancienne. Un héritage qui devint bien vite un choix de cœur, une passion, partagée bientôt avec le docteur Paul Des Marez (1929-2020). Habitué de l’hôtel des ventes de Morlaix depuis des années – comme en témoigne l’écuelle couverte en argent exécutée à Albi vers 1730 par l’orfèvre Jean II Vieussieux (2 500/3 000 €), acquise le 2 mars 1998 à l’étude Boscher Oriot –, il les suivit durant tout leur parcours, prodiguant de précieux conseils et témoignant toute sa confiance en leur dévoilant en 2010 sa collection dans son entièreté : «En nous ouvrant les portes de son appartement bruxellois, Paul Des Marez nous a offert de précieux instants de partage, d’échanges et de délicate complicité. Son intérêt pour l’orfèvrerie n’avait d’égal que sa curiosité», se souvient Sandrine Dupont.
 

Écuelle couverte, Paris 1752-1753 (Antoine Plot, reçu en 1729), 13 x 31,3 cm, poids 968 g. Présentoir en argent, Paris, 1764-1765 (Jean-Lo
Écuelle couverte, Paris 1752-1753 (Antoine Plot, reçu en 1729), 13 31,3 cm, poids 968 g. Présentoir en argent, Paris, 1764-1765 (Jean-Louis Morel, reçu en 1748), diam. 25,5 cm, poids 564 g.
Estimation : 4 000/5 000  (l’ensemble)


Cardiologue et collectionneur
Paul Des Marez est encore un jeune étudiant en médecine à l’université de Liège, à laquelle il s’inscrit au sortir de la guerre, quand il commence à courir les antiquaires. Son premier achat ? Une fourchette de Mons, modèle au violon – du XVIII
e siècle déjà –, acquise chez un brocanteur de Tilff, en Wallonie. Après ses années de spécialisation, entre 1951 et 1955, à l’hôpital de Bavière, à Liège, il exerce comme cardiologue et médecin interne, entre Mons et Liège, durant les cinq années suivantes. Au début des années 1960, il se fixe définitivement à Bruxelles. Parallèlement à l’avancée de sa carrière, sa passion pour l’argenterie grandit. Cet érudit donne vite sa préférence au XVIIIe. «Le siècle des Lumières l’étonnait. Tant de créativité, de richesse d’artisanat, de recherche de formes, de qualité d’exécution et de grands maîtres», explique son ayant droit, très proche du collectionneur. Le goût français et son indissociable art de vivre l’accompagnaient dans chacune de ses demeures. Le XVIIIe siècle est en effet une époque particulièrement florissante pour l’argenterie. Le temps des grandes fontes, sous Louis XIV, étant révolu, les commandes d’argenterie reprennent de plus belle sous la Régence et le règne de Louis XV. Devenant utilitaires, ces pièces se diversifient tout en affichant une richesse décorative à la hauteur du prestige des commanditaires.
 

La collection Paul Des Marez
en trois questions… à son ayant droit

Quels facteurs ont motivé ce choix de l’argenterie chez le docteur Des Marez ?
Dans les années 1950, peu d’ouvrages étaient à la disposition des collectionneurs. C’est en partie la raison qui a poussé cet insatiable chercheur à se diriger vers cette catégorie d’objets, mais c’est surtout l’argenterie civile qui l’attirait. Depuis 1952, dans de petits carnets au papier jauni (en réalité des agendas), il référençait la moindre pièce, chacune «frappée» d’un numéro d’inventaire renvoyant à une description détaillée. Les poinçons du nouvel arrivant étaient alors dessinés avec précision, le plus souvent identifiés, à l’image d’Alexis III Loir, issu d’une célèbre dynastie d’orfèvres parisiens [auteur de la paire de flambeaux ci-contre, ndlr]. Les décors et techniques étaient méticuleusement décrits, la provenance, la date d’achat, les dimensions et le poids notés afin de parfaire le pedigree de l’objet. Cette passion s’accordait aussi parfaitement avec son sens du partage et son plaisir de recevoir des amis autour d’une bonne table élégamment dressée de timbales, écuelles, jattes, candélabres et autres cuillères à ragoût.

Où achetait-il ces pièces ?
Au début de sa collection, c’est chez les marchands avertis ou les brocanteurs éclairés qu’il achète ses premières pièces, se laissant guider par leurs conseils. Mais, très vite, «sentant bien» les objets, il va prendre son autonomie et fréquenter de plus en plus les salles des ventes. Par fidélité auprès des marchands devenus ses amis au fil des décennies, il continuait à pousser régulièrement la porte de leur galerie. Non seulement, il ne ratait aucune de leurs expositions mais il repartait immanquablement avec une nouvelle acquisition qui allait prolonger son voyage, au sens propre comme au figuré.

 
Paris 1750-1751 et 1753-1754. Paire de flambeaux en argent par Alexis III Loir, reçu maître orfèvre en 1733, h. 27,3 cm, poids 1 600 g. Es
Paris 1750-1751 et 1753-1754. Paire de flambeaux en argent par Alexis III Loir, reçu maître orfèvre en 1733, h. 27,3 cm, poids 1 600 g.
Estimation : 15 000/20 000 

Quel type d’objets recherchait-il ?
Le XVIIIe siècle était l’époque qu’il affectionnait le plus. En pèlerin–explorateur, il courait les salles de ventes à la recherche sinon du mouton à cinq pattes, du moins de l’objet qui lui offrirait un temps de recherche et de réflexion, et surtout le bonheur de la mise au jour d’un maître orfèvre ou d’une petite ville non encore identifiée. Bien sûr, chacune de ces pièces a son histoire. Elles étaient certes pour la plupart tombées dans l’oubli, mais dès lors qu’elles ont trouvé place dans les vitrines de Paul, elles sont devenues compagnes d’excursion. Le temps n’avait plus de prise, des décennies après leur acquisition, elles le faisaient encore voyager, transformées en souvenirs. C’est en passeur d’histoire que Paul Des Marez a très vite voulu se positionner. Sa collection, il voulait la faire vivre autant que la partager. Savoir qu’après lui d’autres collectionneurs reprendraient le makila lui apportait une grande joie !

Des pièces élégantes et utiles
Au cœur de cette collection, 167 objets estimés entre 50 et 20 000 €, principalement français et provenant d’une trentaine de juridictions différentes, rivaliseront d’élégance. Les courbes assouplies mais encore sages du style Régence se reconnaîtront dans une jatte polylobée en argent, exécutée à Angers en 1717-1719 par l’orfèvre Nicolas Bedane, uniquement ornée sur le pourtour d’une moulure de filets et d’une doucine à canaux ainsi que, en son centre, des armoiries de la famille Hersart (2 000/3 000 €). Dans le même esprit, notons une paire de flambeaux au décor sobre à pans moulurés, réalisés à Rochefort en 1711-1713 par Jacques Tostée (3 500/4 000 €). Place ensuite à la richesse décorative du style rocaille avec les volutes, guirlandes feuillagées, coquilles et cartouches Louis XV d’une aiguière de l’orfèvre Nicolas Lefèvre (12 000/15 000 €) ou encore avec les larges côtes torses en ailes de chauves-souris et la coquille rehaussée de joncs, de fleurons et de volutes d’une petite verseuse marabout de l’orfèvre abbevillois Pierre-Claude de Poilly, prévue à 3 500/4 500 €. Paul Des Marez faisait sien l’adage «joindre l’utile à l’agréable». Ses pièces de prédilection, les jattes – servant à l’origine à présenter des fruits, des crèmes ou compotes – et les verseuses, avaient leur place sur sa propre table, afin de partager avec ses amis sa passion mais aussi des mets raffinés et du bon vin. «Ne vous fiez pas à son apparence frêle, prévient son ayant droit, il était fin gourmet et excellent chasseur. Les retours de battues s’organisaient autours de tablées abondamment garnies. Quoi de plus agréable, que des ragoûts ou civets présentés dans des jattes chantournées, que du Bourgogne s’écoulant d’un bec verseur ciselé ?» Au XVIII
e siècle, les récipients verseurs se déclinent en de nombreuses formes, voyant se côtoyer les aiguières, pichets, verseuses, théières, cafetières et autres chocolatières au gré des évolutions culinaires et des découvertes exotiques. Importé d’Abyssinie en France au XVIIe siècle, le café, dont la consommation dépasse celle du thé au XVIIIe, provoque l’apparition d’un récipient adéquat, le plus souvent tripode, couvert et au bec placé haut afin que le marc reste au fond. 2 000/2 800 € sont ainsi à prévoir pour une cafetière de ce type réalisée à Lille en 1771-1772 par Antoine Joseph Gelez, à côtes torses et décor de coquilles. Bien que les Espagnols l’aient découvert au XVIe siècle, le chocolat ne passa quant à lui les frontières françaises qu'en 1615, avec le secours d'Anne d'Autriche, avant de devenir la boisson fétiche du siècle suivant. À l’instar de la chocolatière balustre fabriquée à Reims vers 1727 dont on attend 3 000/3 500 €, son récipient présente un manche latéral en bois noirci, une forme haute et un fond plat mais surtout un trou percé dans le couvercle afin de faire passer le manche d’un moussoir en bois servant à mélanger vigoureusement le lait, la pâte de chocolat émiettée et l’eau bouillante. Tout un art… qui nécessite les bons ustensiles !

 

Portugal (?), XVIIIe siècle. Nécessaire de barbier en coffret gainé de galuchat vert et à décor de cartouches rocaille en argent, contenan
Portugal (?), XVIIIe siècle. Nécessaire de barbier en coffret gainé de galuchat vert et à décor de cartouches rocaille en argent, contenant un peigne, un miroir et six rasoirs en écaille rehaussé d’une monture en argent ciselée de volutes, 27 12 cm.
Estimation : 2 000/3 000 
Exposition du 23 au 25 novembre (hôtel des ventes de Morlaix),
du 30 novembre au 3 décembre (27, rue de Tournon, Paris VIe)
et du 4 au 6 décembre (Hôtel Drouot)

lundi 06 décembre 2021 - 14:00 (CET) - Live
Salle 16 - Hôtel Drouot - 75009
Dupont & Associés
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